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« Louis, le fils aîné du couple Jubillar, aurait formulé le souhait de témoigner au procès en appel de son père » (paru sur closermag.fr, le 6 février 2026.)
« Mort de Delphine Jubillar : son mari Cédric "formule des aveux de culpabilité", selon son avocat » (paru sur tf1info.fr, le 6 juillet 2026.)
Ce que j'en pense
Loin de moi l'intention de me prononcer sur les derniers rebondissements de cette sinistre affaire qui défraie la chronique judiciaire depuis près de six ans. Je me contenterai de saisir l'occasion qui m'est ici donnée de faire un sort au verbe formuler, dont l'emploi recèle plus d'une subtilité.
« Ce mot, écrivaient les frères Bescherelle en 1843, est technique dans toutes ses acceptions ; c'est une néologie que de dire avec Boiste : Formuler sa pensée » (Dictionnaire usuel de tous les verbes français). Il est vrai que formuler, rare avant le milieu du XVIIIe siècle, n'était jusque-là donné que comme terme de jurisprudence (formuler un décret, un jugement), de mathématique (formuler une règle, un calcul algébrique) et, surtout, de médecine (formuler un remède, une ordonnance et, absolument, formuler), avec le sens didactique de « mettre en formule (= forme déterminée suivant laquelle on est convenu d'exprimer une chose), faire d'après une formule, un modèle » (1). Mais voilà que Louis-Nicolas se ravise deux ans plus tard et enregistre l'emploi nouveau sans plus barguigner : « Figuré. Articuler, développer, énoncer en détail. "Formulez vos griefs ; je suis prêt à répondre" (Auguste Marseille Barthélemy, 1844) », lit-on dans son Dictionnaire national (1845). C'est que notre verbe, tout prosaïque qu'il est, s'est subitement et largement installé dans l'usage général. Pour preuve ces exemples datant de la première moitié du XIXe siècle :
« Cherchez ce qui est juste, formulez-le en loi » (Marc-René-Marie de Voyer de Paulmy d’Argenson, 1831), « Formuler vos vertus en humble circulaire » (revue La Mode, 1831), « Permettre à la raison de formuler ses jugemens » (Natalis de Wailly, 1832), « Le Journal des débats [...] formule des conclusions moins obscures » (Le Courrier de l'Europe, 1832), « Si toutefois ces mots peuvent formuler des aperçus [mentaux] aussi difficiles à distinguer » (Balzac, 1832), « Formulez votre proposition ! » (Baptiste Capefigue, 1833), « Pourquoi ne pas formuler la Loi de ce travail créateur ? » (Clarisse Vigoureux, 1834), « [Platon] formule un système » (Revue de Rouen et de Normandie, 1834), « — Sire [...], je demande à servir dans l'infanterie ! — Formulez votre demande [et] remettez-la à Villemur » (Alexis Sabatier, 1836), « Je n'ai aucun intérêt à formuler une opinion quelconque » (Sand, 1837), « Formulez clairement votre pensée » (Id., 1843), « L'inconnue s'avisa de formuler un souhait » (Edmond Burat de Gurgy, 1838), « La pensée peut être habile à formuler des paroles que le cœur n'approuve pas » (Georges Touchard-Lafosse, 1844), « Que demandez-vous [...] ? Formulez vos conditions » (Alexandre Dumas, 1846).
Deux observations s'imposent. D'abord, la définition de Louis-Nicolas Bescherelle a de quoi surprendre, pour qui s'avise de la comparer avec celle de Pierre-Claude-Victor Boiste (plus exactement, celle de l'académicien Charles Nodier, réviseur de l'édition publiée en 1834 du Dictionnaire de Boiste) : « Formuler sa pensée, la réduire en formule, à une expression générale » ou avec celle de Victor-Augustin Vanier : « Exprimer une idée succinctement » (Journal grammatical, 1834) (2). Ici, l'idée de concision ; là, celle de développement... L'embarras des lexicographes et des grammairiens ne porte pas, du reste, sur le seul emploi nouveau. Le sens de la première attestation connue (et semble-t-il isolée) du verbe formuler – « Dessus ay formule une complainte [= plainte en justice] » (Jean Boutillier, Somme rural, 1393 [édition de 1479]) – est également sujet à débat : « Donner un modèle » (selon La Curne de Sainte-Palaye), « Rédiger selon une formule quelconque » (selon Charles de Pougens), « Énoncer avec précision » (selon Godefroy), « Énoncer avec la précision de la formule » (selon le Dictionnaire du moyen français). De là à se demander si ce qui passait pour un néologisme, au XIXe siècle, ne relève pas plutôt de l'archaïsme...
Ensuite, il ne vous aura pas échappé que, parmi les exemples d'emplois étendus, il en est certains où formuler apparaît dans des syntagmes impliquant une parenté avec le langage juridique et administratif (formuler en loi, en humble circulaire ; formuler une plainte, des griefs...) et d'autres, de plus en plus nombreux, où la motivation étymologique du verbe tend à se perdre (formuler sa pensée, une opinion, un souhait...).
En voilà assez pour décider les défenseurs du bon usage à sonner la charge contre ce vocable d'apothicaire à l'étrange fortune :
« Votre langage sent la pharmacopée par le fréquent et insipide emploi des mots formule, formuler : vous formulez vos pensées, vous formulez vos systèmes, vos programmes, etc., comme les apothicaires formulent leurs recettes » (dialogue anonyme publié dans le journal L'Invariable, 1838).
« Je maudis ces auteurs dont le vocabulaire Nous encombre de mots dont nous n'avons que faire [...] ; Des corrupteurs du goût activent la licence, Formulent leur pensée en style de Purgon » (Jean-Pons-Guillaume Viennet, académicien, Épître à Boileau, 1855).
« On se bornait à dire autrefois : exprimer sa pensée ; on dit volontiers aujourd'hui : la formuler. Pourquoi ? c'est que l'image contenue dans exprimer, c'est-à-dire presser, faire sortir par pression, n'est plus sentie maintenant. De métaphorique, la locution est devenue abstraite. Alors on trouve une autre image, formuler, c'est-à-dire jeter l'idée dans le moule d'une forme rigide et mathématique. Aussitôt notre imagination entrevoit le tableau noir de l'algébriste sur lequel se détache la ligne blanche d'une rigoureuse équation. Avec le temps, cette métaphore s'usera et s'effacera à son tour » (Maxime Gaucher, Causerie littéraire, 1879).
« [Parmi] les "perles" que j'ai extraites du roman La Geôle de Paul Bourget : "Je ne serais pas autorisée à formuler contre elle un grief quelconque." Formuler signifie : s'exprimer avec la précision d'une formule. On abuse étrangement de ce mot. Il fallait dire : exposer un grief » (Joseph Poitevin, dans L'Esprit français, 1933).
« On a pu remarquer que le verbe formuler évince peu à peu le verbe exprimer [...]. Les bons écrivains énoncent ou expriment, voire disent (tout simplement) leur pensée : ils laissent aux savants le soin d'employer des "formules" scientifiques, et aux gens inhabiles dans leur langue la manie de mettre une "formule" toute faite sur leurs sentiments » (André Thérive, Querelles de langage, 1937) (3).
« [Le verbe formuler est] faux et prétentieux lorsqu'on l'applique à des expressions d'opinions courantes, aux déclarations improvisées de Monsieur Tout le Monde » (Cahiers de l'Académie canadienne-française, 1968).
D'autres se font les avocats du diable pour mieux souligner la distinction de sens à établir entre formuler et exprimer :
« On abuse aujourd'hui de ce mot formuler, on l'emploie indifféremment pour exprimer, énoncer. Mais il est bien des cas, pourtant, où il trouverait sa place. On dira très bien de quelqu'un de dogmatique et de tranchant : "Il formule ses opinions en articles de loi." Exprimer, enfin, ne remplace pas formuler dans certains cas où l'on appuie sur le sens. M. Royer-Collard n'exprimait pas ses jugements, il les formulait » (Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, 1868).
« Formuler une objection, sa pensée est un néologisme, acceptable, peut-être, dans le sens d'exprimer sa pensée avec la précision d'une formule. Mais ce n'est pas ainsi qu'on l'entend habituellement : on l'emploie, à tort, comme synonyme d'exprimer et de former » (Claude-Marie Vincent, Le Péril de la langue française, 1910).
« Il ne convient pas de protester contre formuler, qui est excellent, pourvu qu'on lui donne un sens plus précis et plus fort qu'à exprimer » (Philippe Martinon, Comment on parle en français, 1929).
« Le verbe formuler, malgré les réserves que suscite la diffusion de ses emplois, tend à prendre la valeur générale de "exprimer" dans un grand nombre de syntagmes dans la langue d'aujourd'hui [...]. Cependant, conformément à la définition donnée par l'Académie, on n'emploiera le mot que s'il y a l'idée d'exprimer "avec [clarté et] précision" ; on ne dira pas : il formula quelque phrase vague » (Dupré, Encyclopédie du bon français, 1972).
Mais rien n'y fait. Et l'on ne compte plus les exemples, jusque sous de bonnes plumes, où l'idée même de « précision » (Académie, Littré, Hanse, Dupré, Girodet), de « concision » (Dupré, TLFi), de « netteté » (Hanse, TLFi), de « clarté » (Académie) a disparu :
« Un soupir vaguement formulé en paroles » (Baudelaire, 1851), « [Le clergé ne put] que formuler vaguement le programme moderne » (Auguste Comte, 1852), « On osait à peine formuler de vagues soupçons » (Ponson du Terrail, 1868), « Un projet sans consistance, formulé vaguement » (Mirepoix, 1887), « Sa bouche formulait des paroles vagues, sans aucun sens » (Edmond de Goncourt, 1889), « [Quelque chose] ne pouvant même pas être vaguement formulé » (Pierre Loti, 1892), « Vouloir la paix, pour lui, ce n'était pas formuler une vague déclaration de principe » (Léon Blum, 1937), « Cette distinction formulée en termes peu clairs » (Abel Rey, avant 1940), « Cet espoir, quoique assez vaguement formulé » (Pagnol, 1960), « Formuler des demandes (à voix haute ou dans son for intérieur) » (André Corten, 1995), « [Il ne se contente] pas de formuler un vague désir » (Dominique Fortier, 1997), « Formuler des prophéties obscures » (Mikaël Hirsch, 2016), « On ne peut que formuler de vagues conjectures » (Julien Soulié, 2021). (4)
Toujours prompts à suivre l'air du temps ou à plaider les circonstances atténuantes, les dictionnaires usuels emboîtèrent le pas aux contrevenants et ouvrirent leurs colonnes à l'acception la plus large : « Exprimer, avec ou sans précision » (Grand Robert), « Exprimer de façon quelconque » (Grand Larousse), « Énoncer, exprimer » (TLFi). Même Hanse, qui écrivait encore en 1949 que « le bon usage tâche de maintenir le sens de "énoncer d'une façon précise, avec la netteté d'une formule" » (Dictionnaire des difficultés grammaticales et lexicologiques), finit par jeter l'éponge à son tour :
« On formule une ordonnance médicale, un théorème, un décret, un acte notarié, mais aussi, dans le sens de "énoncer, exprimer", une demande, une plainte, une réclamation, une prière, une objection [...]. L'idée de "rédiger selon une forme déterminée, précise et nette" est donc souvent abandonnée » (Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, 1987).
La messe est dite, et le verdict, sans appel, selon les formules consacrées.
Venons-en à présent à la distinction entre formuler et former, mots de racine et de sonorité proches. L'affaire, à en croire le procureur Girodet, serait entendue :
« Former des vœux, des souhaits, les concevoir (qu'on les exprime ou non).
Formuler des vœux, des souhaits, les exprimer, les énoncer expressément, de façon précise, oralement ou par écrit » (Pièges et difficultés de la langue française, 1981). (5)
Autrement dit, reformule Dupré, former – qui désigne dans un sens figuré l'acte consistant à donner une forme à une opération intellectuelle – « s'applique au stade de la conception, de l'élaboration (former un projet, un raisonnement, une objection), quand formuler désigne au contraire le stade de l'expression [écrite ou orale (6)] ». Las ! l'unanimité, à y bien regarder, n'est pas davantage réalisée sur ce sujet que sur le précédent. Jugez-en plutôt :
« On formule un jugement (on le met en formule), mais on forme, on exprime des souhaits, des vœux » (Marcel Travey, dans le journal La Réforme des Charentes, 1925).
« On forme une objection quand on se borne à l'exprimer simplement et on la formule quand on la fait avec des développements » (Jean Boisson, Les Inexactitudes et les singularités de la langue française, 1930).
« Doit-on dire former des vœux ou formuler des vœux ? L'un et l'autre sont admis, avec cependant pour chacun une acception bien déterminée. Former des vœux signifie, ou concevoir en son esprit quelque souhait, ou le concevoir et l'exprimer. Formuler des vœux consiste à énoncer des vœux avec précision, avec la netteté d'une formule, en les détaillant minutieusement [...]. De plus, former des vœux a une allure plus simple, plus directe, alors que formuler des vœux semblerait plutôt précieux » (Le Fichier français de Berne, 1965).
« On forme un projet (on le conçoit) ou un souhait (on l'exprime) mais on formule des griefs ou des jugements (on les énonce d'une façon précise) » (Jean-Pierre Saïdah, Savoir bien écrire, 1976).
Vous aurez noté le retour en grâce de l'idée, chère à Bescherelle, selon laquelle formuler aurait davantage à voir avec développer, détailler qu'avec la notion de concision. Mais c'est surtout sur le sens à donner au verbe former (quand son objet direct désigne une opération intellectuelle) que porte le désaccord : « concevoir par l'esprit, en pensée » ou déjà « exprimer, faire connaître » ? Quand l'Académie serait appelée à la barre, elle ne nous serait d'aucune aide sur ce coup-là. Comparez : « Former une plainte, l’exposer selon les formes requises » (neuvième édition de son Dictionnaire, 2000) et « Par extension, [Formuler] signifie Exprimer avec précision. Formuler des plaintes » (huitième édition, 1935). Exposer, exprimer... Avouez que la nuance est ténue.
Le malaise s'épaissit à la lecture de l'article « former » du Grand Larousse :
« Classique. Exprimer ce que l'on a conçu ; formuler, présenter en forme : Former une question, une difficulté (Académie, 1694). Un notable dommage, Dont je formay ma plainte au juge du village (Racine, 1668). »
Et que penser de ces exemples plus anciens :
« Mult dreit jugement orent, ceo respondent, formé » (Guernes de Pont-Sainte-Maxence, vers 1174), « Se fourmerez vostre demande [à la court] » (Guillaume de Machaut, 1349), « [Il] avoit formé une complaincte ceans contre l'arcevesque de Reins » (Nicolas de Baye, 1403), « [Il] forma la demande pareille a la tienne » (Alain Chartier, vers 1430) ?
Reconnaissez, là encore, que la différence avec « Dessus ay formule une complainte » ne saute pas aux yeux. Le doute est d'autant plus légitime que l'on relève sous la plume du même Boutillier cette formule : « Difficile chose est de faire et former telle demande par escript. » Et quel sens croyez-vous que Godefroy donne ici à former ? Je vous le donne en mille : « formuler », pardi !
On le voit, la confusion entre les deux verbes ne date pas d'hier. Elle est aujourd'hui tellement répandue, se désole à bon droit André Thérive, que formuler (des vœux, des souhaits...) en vient plus souvent qu'à son tour à remplacer former (des vœux, des souhaits...) « dans le sens de les concevoir, même in petto » :
« On en est quitte pour formuler à part soi une petite restriction mentale » (Stanislas de Guaita, 1891), « Quel autre vœu formuler en secret que celui [du départ de l'ennemi] ? » (Le Courrier de Sézanne, 1901), « Je vous demande [...] de formuler en pensée le vœu sacré de lutter pour mettre fin au militarisme » (Louis-Frédéric Rouquette, 1916), « Il vaut mieux la [= telle condition] formuler en pensée seulement » (Christophe-Louis Légasse, 1923), « Elle ne cessa de songer à [...] formuler, en son for intérieur, toutes les hypothèses » (Edmée Bauer, 1946), « Sans prétendre, même dans le secret de ma pensée, formuler l'espoir précis de me compter jamais parmi vos élus » (Maurice Garçon, 1947), « En dépit de toutes les objections qu'on peut formuler à part soi » (Jean Dutourd, 1986), « En pensée, elle formule le souhait de reculer dans le temps de quelques secondes » (Patrice Cazeault, 2021).
De vœux à aveux, il n'y a qu'un pas qui nous sépare du banc des accusés. Quid de formuler des aveux ? Gageons que Louis-Nicolas Bescherelle, partisan des développements détaillés, n'y trouverait rien à redire. Il n'est pas le seul : « [On les frappait] jusqu'à ce qu'ils en vinssent à formuler un aveu » (Xavier Marmier, 1867), « [Pourquoi] l'avait-il choisie pour formuler des aveux aussi considérables ? » (Hubert Nyssen, 1985), « Sous la pression, il formule des aveux plus circonstanciés » (Rémy Bijaoui, avocat, 1994), « [Là], l'individu ne peut que formuler des aveux impossibles ailleurs » (Yann Queffélec, 2013). Force est toutefois de reconnaître que l'usage recourt plus volontiers à « avouer, faire des aveux, passer aux aveux » (Grevisse, Le Français pratique, 1979). De là à condamner le tour avec formuler sans autre forme de procès...
(1) « Faire de nouveaux timbres pour formuler les papiers et parchemins destinez à l'usage et à la distribution publique de la generalité [= circonscription administrative] d'Orléans » (Arrest du Conseil d'Estat, 1716), « Chaque nation a sa méthode pour prescrire les remèdes, [sa] manière de formuler » (Pierre Demours, 1740), « Formuler, faire, composer les formules des remèdes et des ordonnances » (Dictionnaire de Trévoux, 1752), « Tous les livres enseignent la méthode de formuler ces medicamens » (Antoine Louis, 1765), « La chambre syndicale [...], où s'y formuloient les modes d'imposition les plus utiles à la classe privilégiée » (Courier de Provence, 1790), « La manière de dresser, de formuler des actes [notariés] » (Louis-Simon Auger, 1825), « Terme de médecine et de pharmacie. Rédiger une ordonnance de médecine selon les règles et avec les termes de l'art. En jurisprudence, rédiger (un acte, un jugement...) en la forme accoutumée. En termes d'algèbre, donner la formule qui exprime le résultat général d'un calcul » (Dictionnaire de l'Académie, 1835), « Sur ce point, il serait inutile de formuler une règle mathématique » (Mérimée, 1837).
(2) Et aussi, plus près de nous : « Par extension. Énoncer avec la concision et la netteté d'une formule » (TLFi), « Exprimer sous la forme de formule, de manière concise et ramassée » (Dupré), « [Exprimer] par le moyen d'une formule, donc d'une phrase brève, simple, lapidaire » (Thérive, Procès de langage, 1962). On peut encore citer l'historien Joseph Salvador : « On se propose [avec le verbe formuler] de concentrer une doctrine, un système, l'esprit de tout un gouvernement, d'une philosophie, d'une religion, dans une expression concise, sans le moindre volume » (La Question religieuse au XIXe siècle, 1860).
(3) Le voici pris en flagrant délit d'inconséquence : « La foi de notre auteur [reste] difficile à formuler » (Entours de la foi, 1966).
(4) Autres exemples où formuler est employé au sens large de « exprimer (de façon quelconque) » : « — Mais que ferez-vous ensuite ? murmura-t-elle, cherchant une transition pour arriver à l'offre qu'elle n'osait formuler » (Zola, 1883), « Ayant vu du coin de l'œil son congé qui se formulait sur la bouche à demi ouverte de son chef, il prit carrément la parole » (Courteline, 1893), « Si je ne formule plus ma prière, en connaîtrez-vous moins pour cela le délirant souhait de mon cœur ? » (Gide, 1909), « Son regard me posait malgré lui une question à laquelle j'aurais été bien en peine de répondre, puisqu'il refusait de la formuler » (Bernanos, 1936), « Enfin son fils formulait les mêmes souhaits que tout le monde » (Éric-Emmanuel Schmitt, 2000).
(5) Signalons ici la remarque pertinente de Robert : « On peut former (des vœux, etc.) dans le fond de son cœur sans les exprimer, sans les formuler par écrit ou oralement », qu'illustre fort à propos cette citation de Georges Duhamel : « Voilà bien de ces résolutions que, si j'étais raisonnable, je m'abstiendrais de former et surtout de formuler » (Inventaire de l'abîme, 1944).
(6) Sur ce point, Dupré n'est pas clair. Pourquoi envisage-t-il l'opposition entre former un vœu et formuler un vœu, à l'article « formuler » de son Encyclopédie, sous le seul rapport de l'expression écrite : « Le premier syntagme signifi[e] l'attitude affective qui ne se traduit pas nécessairement sous la forme écrite [quand le second] implique une rédaction précise », alors qu'il note à l'article « former » : « Si je forme des vœux pour que quelqu'un échoue dans une entreprise, je ne vais certainement pas formuler ces vœux devant lui » ?

Ce qu'il conviendrait de dire
La même chose ? Dans le doute, mieux vaut encore s'en tenir aux formules consensuelles :
Louis Jubillar aurait exprimé le souhait de témoigner. Cédric Jubillar fait des aveux ou passe aux aveux.