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La revanche d'une blinde

« "Le matin, il est blindé" : plongée au cœur de la ligne de bus [...] reliant Corbeil-Essonnes à Viry-Chatillon. »
(Dylan Dupray, sur leparisien.fr, le 6 février 2026.)

 

FlècheCe que j'en pense


Je vois d'ici les gardiens du bon usage (pas ceux de la révolution islamique, n'ayez crainte !) sortir l'artillerie lourde :

« Il semble bien que les utilisateurs de cette expression dans [les métros, les grands magasins sont blindés] veulent signifier que lesdits contenants sont "remplis de gens à la capacité maximum". Bingo, pile la définition de bondé ! » (Adèle Bréau, Je dis ça, je dis rien, 2013).
« Non, les bus ne sont pas blindés (= à l'épreuve des balles), mais extrêmement remplis de passagers, donc bondés » (Gabriel Grossi sur son blogue, 2015).
« On disait autrefois que le métro ou le bus est bondé aux heures de pointe. Maintenant, tout le monde dit qu'il est blindé, comme un char de l'armée. À l'origine, quelqu'un a sans doute fait un jeu de mots [...] qui s'est propagé » (Marco Wolf, Ces mots qui nous manipulent, 2018).
« On peut concevoir que l'adjectif bondé, de forme proche, a aidé à donner le sens de "plein" à blindé. [Mais cet emploi est] incorrect » (Françoise Nore, Toutes ces fautes à ne plus faire, 2023).

L'Académie elle-même n'a pas hésité à décocher un tir d'avertissement depuis son site Internet :

« On évitera de faire [de blindé] un équivalent de plein, rempli, débordé, que l'on parle d'un lieu, d'un agenda ou d'une personne. Si donc un restaurant n'a pas une vitrine munie de plaques d'acier, on ne dira pas, quelle que soit sa fréquentation, qu'il est blindé » (rubrique Dire, ne pas dire, 2013).

Que ne s'est-elle gardée de s'engager, sans plus de munitions, sur un terrain aussi miné !

À l'origine est le substantif blinde (emprunté au XVIIe siècle de l'allemand Blinde, déverbal de blenden « rendre aveugle »), surtout employé au pluriel comme terme technique d'art militaire pour désigner des pièces de bois soutenant les fascines d'une tranchée. De là le sens premier du verbe blinder, à savoir « couvrir de blindes (une tranchée ou un ouvrage fortifié) pour mettre les occupants à l'abri de la vue et des projectiles de l'ennemi » : « Toute nostre tranchée avoit esté blindée » (Georges Guillet de Saint-George, 1678). Par extension, poursuit le Dictionnaire historique, blinder signifie « protéger de manière à amortir le choc des projectiles », spécialement « entourer (un navire, puis un véhicule) d'une cuirasse, d'une armure de plaques de métal », avec les progrès des techniques de fortification : « Des bateaux plats blindés, à l'épreuve de la balle » (Didier Grégoire Trincano, 1768), « Blinder de fer les navires » (Adolphe d'Eichthal, 1875), « Un train d'artillerie, suivi d'une dizaine de voitures blindées, montait vers la Bastille » (Roger Martin du Gard, 1936).

Dès le tournant du XIXe siècle, le verbe est attesté (surtout au passif et au participe passé employé comme adjectif) hors des champs de bataille, avec deux valeurs principales : « couvrir, garnir » (souvent avec un complément introduit par de indiquant la nature du revêtement, de la carapace) et « protéger, endurcir, rendre insensible » (souvent avec un complément introduit par contre indiquant le danger, le péril). Comparez :

« Les loges d'enhaut [d'un théâtre] étoient blindées de transparents en cartouches et en camajeau » (Gazette de Cologne, 1760), « Fallait-il être blindé contre les idées libérales pour préférer la colonne Vendôme à une école ! » (Le Figaro, 1832), « Se blinder le larynx et la poitrine d'une double écharpe » (Louis Dépret, 1868), « Vous êtes si bête que vous seriez capable de me donner le mal de mer. Heureusement, je suis blindée » (Jules Noriac, 1869), « Pour supporter le pain allemand, il faut avoir un estomac blindé » (Pierre de Pardiellan, 1871), « Il fallait être blindé de caoutchouc [pour affronter les intempéries] » (Gaspard de Cherville, 1873), « Les femmes fortes, dont l'abdomen est blindé de couches graisseuses » (Dr Phelippeaux, ex-chirurgien de la marine, 1876), « [Chaque citoyen] était blindé d'une couche d'ignorance de plusieurs centimètres d'épaisseur » (Jehan de Bouteiller, 1877), « Il arriva, respectueux, blindé de ses lunettes, la tête nue » (Jules Lermina, 1881), « Elle avait pris un air hautain, un air de dévote grasse, de dévote inabordable, cuirassée de principes, blindée de vertu » (Maupassant, 1886), « Le coup de ce matin m'a blindé contre tous les autres, va, si rudes qu'ils soient » (Georges Sauton, 1888) (1), « Il était blindé, on ne l'étonnait plus » (Marcel Prévost, 1897), « Je suis le paravent, un paravent blindé de procédure ; et je vous jure qu'il faudra déchaîner une sacrée brise pour l'abattre » (Huysmans, 1903).

Le blindage ayant longtemps consisté à assembler une grande quantité de pièces de bois, de tronçons de cordages et (ou) de sacs remplis de matières propres à amortir le choc des projectiles (2), il était écrit que l'idée d'abondance, de profusion mais aussi de bourrage percerait dans certains des emplois figurés du verbe :

« On ne rencontrait dans les rues que gens dont les oreilles étaient bourrées, blindées de balles de coton, façon hygiénique [...] d'amortir le brouhaha [des travaux] » (Fortunat Mesuré, 1854), « De ridicules Et de formules Il [= un notaire] est blindé, harnaché, cuirassé » (Louis Protat, 1863), « Nous sommes emmitouflés, fourrés, bardés, cuirassés et blindés, le tout au moyen de fourrures plus ou moins précieuses » (Louis Ghémar, 1868), « Il doit être blindé de principes ! » (Édouard Pailleron, 1868), « Il est blindé de bonnes intentions » (Jules Richard, 1870), « [Des astronomes] blindés de résolutions viriles et de calculs géométriques » (Pierre Giffard, 1874), « [Gil-Pérès] bourrait ses poches [d'exemplaires de romans proscrits en France]. Et il passait dans la salle du buffet… passant aussi les brochurettes dont il était chargé, bourré, blindé ! » (Jules Claretie, 1885), « On les [= des hauts fonctionnaires] a bourrés d'honneur, blindés de plaques en brillants, farcis de bijoux précieux » (Eugène Chesnel, 1887), « [Des adolescents] blindés de grec, truffés de science » (Le Patriote algérien, 1889), « Le critique autoritaire, [...] blindé de principes » (journal La Marseillaise, 1889), « Tout bon partisan de la révolution sociale devra s'abreuver d'huile de ricin et se blinder [= se gaver, se bourrer] de rigollots [des médicaments] pour le plaisir d'engraisser la cagnotte » (journal La Petite Gironde, 1894), « Blinder [= remplir, bourrer] de pièces de deux sous des malles à doubles parois » (Albert Bataille, 1897), « [Il] reconnut le maillot blindé de médailles du baigneur » (Marc Elder, 1913), « Il était d'ailleurs blindé de théories » (journal Jean qui rit, 1914), « Un professeur blindé de diplômes » (Le Courrier de Saône-et-Loire, 1921), « Le père Hugo, ruisselant de santé, blindé d'épargne et d'heureux placements, débordant d'égoïsme sanguin... » (Gaëtan Bernoville, 1924), « Il est débordant de civisme, blindé de dignité, caparaçonné d'honneurs » (Robert de Flers, 1927), « [Un] américain, blindé de préjugés » (Pierre Bertsch, 1929), « Sa soutane était toute plaquée blindée de crottes et de bouse » (Céline, 1936), « Contre le pilonnage de la propagande, il n'est pas d'abri plus sûr que celui des faits précis, abri blindé de chiffres » (André Maurois, 1939).

Cette nuance, l'Académie la reconnaît de longue date à un verbe de sens proche comme barder (proprement « couvrir un cheval d'une barde [pièce d'armure composée de lames de fer] » et, par analogie, « couvrir un combattant d'une armure ») :

« Fig. et fam., Être bardé de cordons, Porter plusieurs décorations de divers ordres. Être bardé de ridicules, En avoir beaucoup » (Dictionnaire de l'Académie, 1798-1935).
« Fig. Garnir en quantité, couvrir à profusion. Un homme bardé de décorations, de principes. Un texte bardé de références » (Ibid., 1992). (3)

Mais, allez savoir pourquoi, elle s'obstine à la refuser à blinder, malgré la caution de plus d'un auteur issu de ses propres rangs ! « Rendre insensible aux attaques, apprendre à résister aux épreuves », voilà le seul sens figuré qui a droit de cité à l'article « blinder » de la dernière édition de son Dictionnaire. Deux poids, deux blindages...

De leurs côtés, les dictionnaires usuels s'accordent d'ordinaire pour ajouter à la valeur figurée de « protéger, endurcir » celle de « s'enivrer ». « Le pronominal argotique puis familier se blinder "s'enivrer" et le participe passé adjectivé blindé "ivre" sont d'origine obscure, note toutefois le Dictionnaire historique. Il faut peut-être y voir une altération de dans les brindes "ivre", bien attesté dès le XVIIIe siècle, de brinde "toast, verre bu à la santé d'un ami". » Une piste autrement pertinente se trouve pourtant à quelques pages de là : « Au pronominal, se bourrer signifie "s'enivrer", "beaucoup manger, remplir le ventre (d'un aliment)" et "s'enrichir". En construction absolue, il exprime l'idée d'aller très vite. » Vous l'aurez compris, blinder s'est inscrit dans le sillage de bourrer, dont il a repris la plupart des acceptions populaires. Jugez-en plutôt :

blindé (d'alcool) pour « bourré (d'alcool), ivre » :

« Il est expressément défendu de se raidir la nuit. On peut se blinder à son aise en plein jour » (journal L'Ordre de Paris, 1879), « Je me suis blindé hier soir avec un type » (journal Gil Blas, 1888), « Des gosiers blindés d'alcool » (Camille Bias, 1890), « Ton calvados […], c'que ça vous blinde ! » (Jean Drault, 1893), « Ce dernier qui [...] avait déjà sucé pas mal de môminettes [fut bientôt] consciencieusement blindé » (Les Pieds nickelés, 1910), « Nous étions bardés, blindés, tordus, bourrés » (Maurice Fombeure, 1935), « J'étais à moitié blindé » (René Fallet, 1947), « Nous avons continué à boire copieusement et, blindés à mort, nous nous sommes endormis » (Pierrette Bruno, 1965), « Je suis blindé de pinard » (Paul de Sinety, 1998) ;

blindé (d'argent) pour « bourré (d'argent), riche » :

« [Les grands seigneurs] sont farcis, bourrés, blindés, cuirassés de titres, de valeurs » (Emanuelli, 1874), « Fonder des boulangeries et des minoteries dans tous les arrondissements ? Ce serait détruire tout le petit commerce du pain, car ce pot de terre ne pourrait lutter contre le pot de fer de la Ville, blindé de millions pris à tout le monde » (Ernest Brelay, 1888), « Blindé de pièces d'or, festonné du million, le cœur d'Eugénie n'était plus accessible [sous] ce doublage métallique » (Louis-Adrien Levat, 1891), « Il se sert de la République Pour se blinder de billets d'mill' » (journal Le Prolétaire rouennais, 1892), « [Les barons qui] avaient tenu le pays sous leurs semelles blindées de pièces de cent sous » (journal La République sociale, 1892), « Les gens blindés de billets de banque » (Paul de Pontsevrez, 1894), « Je le savais blindé d'or sonnant, qu'il avait amassé dans ses nombreuses pérégrinations » (Nadra Moutran, 1903), « Bourgeois blindé de pognon » (L'Action tarnaise, 1911), « Si [les balles] s'aplatissent, sans les perforer, sur quelques politiciens blindés de pièces de cent sous, il paraît difficile qu'elles puissent protéger longtemps encore, malgré leurs cottes de mailles dorées, tous [leurs] affiliés » (Jacques Berger, 1913), « [Le directeur] est blindé de cinq ou six millions » (La Croix du Nord, 1926), « L'homme blindé d'argent » (Gérard Aumont, 1926), « Je paierai comme tout le monde. — Diable, tu es blindé aux as ? » (René Valentin, 1954), « [Elle] était revenue de la métropole blindée de tunes » (Géraldine Beigbeder, 2011) et, absolument, « Les "English" sont toujours blindés et on peut les barbotter sans rien risquer » (Arnould Galopin, 1903), « On m'prend pour Crésus, on croit que j'suis blindé » (Doc Gynéco, 1996), « Mes élèves n'en démordent pas, eux, si je suis aussi bien sapé, c'est forcément que je suis "blindé" » (Nicolas Revol, 1999), « Elle pense qu'un artiste c'est forcément un type "blindé de chez blindé" » (Marco Koskas, 2013) ;

- plus largement, blindé (de nourriture, de monde, de rendez-vous, de fautes, d'informations...) pour « plein à craquer, rempli à l'excès, saturé » :

« Entièrement les joues blindées [...]. Ils étaient fadés en substances, ils étaient plutôt pansus ! » (Céline, 1936), « [Des lettres] blindées, gavées, débordantes de mille menaces... » (Id., 1936), « [Ils sortirent] un dossier blindé, comme ils dirent. Tout y figurait, en effet » (Pierre Accoce et Jean-Daniel Pouget, 1972) (4), « [J'étais] repu, revigoré, blindé de Chambolle-Musigny » (Alexandre Astruc, 1975), « Un emploi du temps blindé comme un coffre-fort de la Banque de France » (Pascal Surget, 1997), « Le bus est déjà blindé de monde » (Mouss Benia, 2003), « Être blindé de cours (être surchargé de cours) » (Le Langage SMS, 2007), « Une mère qui ne sait pas que blindé signifie plein à craquer » (Ève de Castro, 2010), « Je suis blindé, je peux plus rien avaler là » (Guillaume Nicloux, 2010), « Dans les vestiaires, c'est blindé, impossible de faire quoi que ce soit » (Rachid Santaki, 2012), « Un auto-stoppeur aux poches blindées de drogues » (Jean-Paul Dubois, 2014), « C'est blindé de matos. Que de la marque, en plus ! » (Philippe Lafitte, 2015), « [Des vêtements] blindés de produits chimiques » (Hélène Binet et Louise Pierga, 2020), « Une vieille feuille de brouillon déchirée blindée de fautes » (Cécile Chabaud, 2021), « Son frigo blindé de Coca, de sauces » (Nicolas Laquerrière, 2022), « [Nous] avons bien du mal à tirer notre valise tellement nous l'avons blindée » (Natacha Pilorge, 2022), « [Un flan] blindé de vanille » (Nicolas Haelewyn, 2023), « Le restaurant est blindé d'Italiens » (Stéphane Guillon, 2024) ;

blinder pour « foncer », à toute blindée (ou, plus fréquemment, à toute blinde) pour « à toute allure, très vite » :

« Je blinde à toute berzingue » (Antoine Dumayet, 1967), « Kebra blinde truffe baissée vers le coupe-gorge local » (Tramber et Jano, 1982) ; « [Une femme] débouche du coin "à toute blinde" » (Jean Birgé, 1947), « Les hommes et les femmes pressés repartent à toute blinde... » (François Simon, 2007), « Ils remontent la rue à toute blindée » (Facebook, 2026). (5)

Sans doute se trouvera-t-il des esprits bien armés pour nous expliquer que blindé a pris en argot ici le sens de « ivre » parce que « plus rien ne semble pouvoir atteindre celui qui se trouve dans cet état » (rubrique Dire, ne pas dire du site Internet de l'Académie, 2013) ou parce que l'alcool mettrait « à l'abri de la maladie, suivant l'opinion vulgaire » (Lazare Sainéan, L'Argot des tranchées, 1915), là le sens de « riche » parce que « posséder de l'argent en grande quantité, c'est s'assurer une protection contre l'adversité » (L'Avenir, 2019). D'autres soutiendront plutôt que blindé se dit pour « ivre » par référence à « l'allemand blind : aveugle, ivre au point de ne plus voir son chemin » (Robert Giraud, L'Argot du bistrot, 1989), pour « riche » par allusion à la « blinde, mise faite au poker avant la distribution des cartes » (Larousse en ligne) (6) et, nous l'avons vu en introduction, pour « plein, rempli » par confusion avec bondé. Quand ils seraient en béton armé, ces arguments ne pèsent pas lourd, me semble-t-il, à côté de l'analogie avec bourrer.

Voilà donc un mauvais procès fait à ce malheureux blinder, dont l'évolution sémantique n'a rien que de très naturel. Il n'en demeure pas moins vrai que la riche polysémie de son participe-adjectif, propice aux jeux de mots les plus plaisants : « Je ne crains pas les balles ! Quand je suis saoul, je suis blindé ! » (Feydeau, 1906), « Plus besoin d'être blindé pour devenir propriétaire » (publicité pour un promoteur immobilier, voir l'image ci-dessous, 2016), peut donner lieu aux ambiguïtés les plus dommageables : un type blindé est-il très occupé, particulièrement endurci, plein comme une outre, riche comme Crésus ou... affublé du costume d'Iron Man ?


(1) On notera avec Philippe Gréa (La Théorie de l'intégration conceptuelle, 2013) que, dans cet exemple comme dans ceux du type « Ses échecs répétés l'ont blindé » (Dictionnaire de l'Académie), la relation causale habituellement admise dans le domaine de la guerre est inversée, « les obus de l'ennemi n'[ayant] généralement pas pour conséquence de blinder un char ».

(2) « Ces bâtimens [= des navires] sont blindés (couverts et garnis) avec des sacs de laine » (Édouard Lapène, 1839), « Je trouvai mon belvédère blindé avec des sacs de terre » (Alexandre Dumas, 1861), « La caserne encore incomplètement blindée en sacs de farine » (Édouard Thiers, 1871), « L'Institut a blindé de sacs de terre les fenêtres de la bibliothèque Mazarine » (Théophile Gautier, 1871), « Ils ont [entassé dans leur appartement] des sacs de sable pour blinder les fenêtres » (Alexandre de Lamothe, 1872), « Les fenêtres sont blindées de sacs de son et de matelas » (Paul Margueritte, 1897), « On dut barricader les ouvertures, les blinder, les matelasser » (Albert Chérel, 1917).

(3) Même son de cloche dans le TLFi : « Barder, fréquemment employé à la forme passive, finit par ne plus signifier que "avoir en abondance" », dans le Grand Larousse : « Couvrir à profusion (en particulier de décorations) ; remplir, bourrer de » et chez Hanse : « Barder (couvrir d'une barde, armure du cheval de guerre ou tranche de lard ; couvrir à profusion, bourrer de) ».

(4) Dans blinder un dossier, un contrat, blinder exprime à la fois l'idée de « remplir, compléter (avec toutes les informations requises) » et celle de « rendre solide, étayer ». De là la notion de « préparation optimale » que Gréa perçoit dans « Hautement préméditée, bien pensée dans les recoins, [bref,] l'arnaque blindée, le coup du siècle » (Daniel Pennac, 1990) – autre exemple : « Je croyais avoir tout blindé dans ma tête : j'avais repassé le coulage de la dalle dans tous les plis » (Anne F. Garréta, 2017).

(5) Signalons encore d'autres emplois figurés de blindé, au sens de « borné, qui a l'esprit corseté » : « L'homme content de lui, logique, blindé dans son sens borné » (Jules Gaudard, 1887), « C'était plus la peine d'insister… Parler à des engelures pareilles ?… Ils étaient encore plus blindés que tous les gogs de tout Asnières ! » (Céline, 1936), au sens de « lourd » : « Mon canotier si blindé [...]. Il pesait bien ses deux livres... » (Céline, 1936), « La porte semble être blindée, tellement elle est lourde » (Margot Porcheron, 2019), etc.

(6) « BLINDE ou BLIND : Signifie aveugle, les joueurs de Poker qui font la mise sous la main sont ainsi désignés (Argot des joueurs) » (Charles Virmaître, Dictionnaire d'argot, 1894), « Le joueur placé à la droite du donneur se blinde d'une certaine somme avant d'avoir vu son jeu, c'est-à-dire avance devant lui, sur le tapis, une certaine somme » (La Grande Encyclopédie, vers 1900).
 

 

Flèche

Ce qu'il conviendrait de dire


À vous de voir.

 

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H
Article très intéressant, certes, mais (beaucoup) trop long. Ça me rappelle ce commentaire que Geneviève STRAUS fit à son ami Marcel (PROUST) au sujet de la Recherche du temps perdu et alors qu'il ne la terminera que beaucoup plus tard : "C'est trop long Marcel, c'est trop long ..."
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C
Belle analyse... comme d'habitude sur votre site. J'ai tenté de « gratter » l'importation du mot germanique en français et j'ai fini par identifier une série de mentions des 'blindes' lors des relations francophones du fameux siège de d'Ostende (1601-1604), un des plus longs de l'Histoire. Cette opération semble avoir marqué une date dans l'utilisation de tranchées de combat, contre les grenades à main et un usage intense de l'artillerie. La récurrence du mot 'blindes' atteste de l'importance des protections de surface pour des ouvrages qui devaient durer longtemps. <br /> Cela dit, il me semble que le mot a ensuite pendant trois siècles presque exclusivement désigné des couvertures de surface et l'occultation de points fragiles (sens d'aveugle). Il n'y a presque pas de glissement de sens vers la protection renforcée contre les projectiles, c'est la base même du mot. En revanche, le glissement tardif (mi XXe siècle) vers "remplissage" me semble plus abusif et résultant d'une perte de sens du mot d'origine. Sans doute l'argot a-t-il joué un rôle, mais une pièce blindée ne l'est que parce qu'on a rempli les embrasures de fenêtres pour la rendre 'aveugle', pas parce qu'elle est pleine ! Les termes 'bondé' ou 'bourré' sont sans doute nettement plus pertinents, pour autant qu'on s'intéresse à la cohérence des mots dans le temps.
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