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« Kate Middleton évoque sa guérison dans une vidéo inspirante. »
(paru sur purepeople.com, le 9 janvier 2026.)
(photo Wikipédia.)
Ce que j'en pense
Avez-vous remarqué comme l'adjectif inspirant n'a pas bonne presse sur les sites et les forums de langue ? « L'affreux inspirant [est un] copié-collé de l'anglais inspiring (source d'inspiration) » (2019), « On commence à entendre inspirant dans son acception anglaise : exhaltant [sic], enthousiasmant, motivant... » (2022), « Inspirant employé au sens de "exaltant, enthousiasmant" est bel et bien un anglicisme » (2025). Inspirant fleurerait l'emprunt sémantique à plein nez ? Mon petit doigt me souffle que nous serions bien inspirés d'y regarder de plus près.
Commençons par ce constat : l'emploi de inspirant comme adjectif n'est accompagné d'aucune mention d'anglicisme dans les dictionnaires que j'ai consultés. Sans doute me rétorquera-t-on que c'est précisément parce que l'acception suspecte n'y a pas ses entrées. C'est, me semble-t-il, aller un peu vite en besogne. Car enfin, dans la mesure où la plupart des définitions de inspirant se résument, depuis Bescherelle (1846), à « qui est propre à inspirer », vous m'accorderez que c'est vers inspirer qu'il convient de se tourner.
Laissons de côté le sens physiologique du verbe (« faire entrer de l'air dans ses poumons ») pour nous intéresser plus particulièrement à l'une de ses constructions. Inspirer quelqu'un se dit, dans le domaine religieux, pour « animer d'un souffle divin » : Dieu inspira Moïse et les prophètes ; dans le domaine artistique ou littéraire, pour « donner l'inspiration, le souffle créateur [ce souffle ayant d'abord été considéré comme un don des dieux] » (selon le Grand Robert), « communiquer (à un poète, un artiste, un créateur) l'inspiration, l'enthousiasme, l'élan de la création » (selon le Grand Larousse), « animer d'un élan, d'un enthousiasme créateur ; par extension, donner l'idée, fournir la matière, constituer le sujet d'une œuvre de l'esprit » (selon le Dictionnaire de l'Académie) : Les Muses inspirent les poètes, Montmartre a inspiré de nombreux peintres ; et dans le domaine psychologique, pour « exercer une action, une influence sur quelqu'un » : « La meute des amis de Catilina, secrètement inspirés par César » (Robert Dreyfus). C'est à la deuxième série d'acceptions que le TLFi rattache les emplois de l'adjectif inspirant : « [La grâce] ou excitante, ou assistante, sollicitante, inspirante » (Apologie de Fabrice de La Bassecourt, 1618), « [Le] génie, qui est la divinité inspirante, découvrante » (René Louis de Voyer de Paulmy d'Argenson, 1740), « Ô plaines de la Grèce ! [...] Lieux toujours inspirans, toujours chers au génie » (Jacques Delille, 1782), « Éveille-toi, ma harpe ! [...] Ne me refuse pas tes accords inspirants » (Pierre Baour-Lormian, 1827), « Sa liaison avec Diderot, esprit si inspirant et si facile, devait fortifier encore plus ce goût pour les lettres » (Abel-François Villemain parlant de Rousseau, 1840), « [L'École des beaux-arts] rappelle les exemples inspirants des morts et des vivants » (Le Petit Parisien, 1896), « [Telle expression] a-t-elle été dite pour la première fois par un peintre à son modèle peu inspirant ? » (Colette Guillemard, 1991). Et pourtant...
Ce que le TLFi ne dit pas ou ne voit pas, contrairement à d'autres spécialistes, c'est que inspirer quelqu'un a également pris, par affaiblissement progressif de la portée créatrice de l'inspiration, le sens de « intéresser et donner l'occasion à quelqu'un, à son imagination, à ses capacités intellectuelles de s'exercer facilement » (selon le Larousse en ligne, seul dictionnaire à ma connaissance à consigner cette acception « intermédiaire ») et, dans la langue familière, de « tenter (au sens de "éveiller le désir, l'envie de faire quelque chose"), plaire à, exercer un attrait sur », souvent attesté en tournure négative : « Cette promenade ne m'inspire pas, ne me dit rien » (Grand Robert), « Cela ne m'inspire guère, ne me tente guère, présente peu d'attrait pour moi » (Grand Larousse), « Le sujet de l'examen ne m'inspirait pas, ne m'intéressait pas. Ce rendez-vous n'a pas l'air de l'inspirer, de le tenter » (Larousse en ligne), « Cela ne m'inspire guère, ne m'attire guère, ou ne me dit rien qui vaille » (Dictionnaire de l'Académie) (1). De là les emplois de l'adjectif inspirant aux sens plus ou moins atténués de « qui suscite l'intérêt et nourrit la réflexion, l'imagination », « qui donne envie », « plaisant, attrayant, enthousiasmant » :
« C'est un spectacle véritablement inspirant de voir le pavillon tricolor [...] flotter sur cette terre antique » (Le Journal de Paris, 1799), « Son jeu [est naturel], sa gaîté vraiment inspirante » (L'Écho du commerce, 1804), « [Un squelette] présentait aux convives cette inscription : "Buvez, mangez et réjouissez-vous ; car peut-être demain vous serez comme moi." Ce bénédicité n'avait rien de très inspirant » (Journal des gourmands et des belles, 1806), « Les circonstances où il écrivait n'avaient rien de bien inspirant » (Georges Cuvier, 1813), « Rien [...] de bien inspirant ni de bien sympathique dans toutes ces conversations » (Sainte-Beuve, 1829), « Ces bruits [du vent et de l'eau] sont autrement inspirants que la marche cadencée d'une patrouille » (Joseph-Alexis Walsh, 1838), « Il faut aussi dire [...] Que le théâtre était très inspirant » (Augustin Creuzé de Lesser, 1838), « Parler d'un catalogue, c'est peu inspirant » (Sainte-Beuve, 1858), « Se résigner au terre à terre, au petit trantran quotidien [...] : comme c'est gai et inspirant ! » (Henri-Frédéric Amiel, 1866), « Un peignoir très inspirant » (Henry de Fleurigny, 1892), « [Son éloquence] s'exerçait d'ailleurs dans un genre qui n'était guère inspirant : l'éloge funèbre des tyrans » (Édouard Thouvenot, 1896), « Très inspirantes aussi, les lettres de Joubert à Molé » (Gabriel Pailhès, 1900), « Un souvenir, un exemple inspirant » (Petit Larousse, 1906), « Ce juriste engagé dans une carrière politique lui paraissait bien austère, bien peu inspirant » (Henri Vast, 1919), « Le lieu pourtant n'était pas inspirant » (René Benjamin, 1924), « Pas inspirant, le guerrier » (Gisèle Parry, 1930), « Le modelé des hanches, les effluves inspirants » (Albert Simonin, 1953), « C'est un endroit très inspirant, un vrai lieu de théâtre » (Christine Rivoyre, 1955), « [Tel livre] est très beau, très inspirant » (Henri Pourrat, 1957), « [Un chien] renifle ici et là un macadam peu inspirant » (Claude Mauriac, 1959), « [Le boxeur Joe] Frazier est bien peu inspirant » (Jean Dutourd, 1977), « La comédie des villes est inspirante » (Marc Lambron, 2010), « Familier. Ne pas être inspirant, ne pas inspirer quelqu'un, ne pas l'enthousiasmer, ne pas le tenter » (Larousse en ligne, de nos jours). (2)
Mais voilà que l'Académie vient souffler le trouble, en restreignant dans la dernière édition de son Dictionnaire l'emploi de inspirant au seul contexte de la création (artistique ou intellectuelle) : « Qui est propre à inspirer les facultés créatrices (s’emploie surtout dans des tours négatifs). Ce sujet n’est guère inspirant. » Passons sur l'exemple proposé – particulièrement peu inspiré – pour souligner l'inconséquence des Immortels : pourquoi refusent-ils à inspirant ce qu'ils accordent sans broncher à inspirer ? Dieu seul le sait.
Toujours est-il que notre adjectif connaît depuis le début des années 2000 environ un regain d'intérêt aussi inattendu qu'éclatant. Tellement éclatant que des critiques n'ont pas manqué de se faire jour. Les uns déplorent l'affaiblissement de sens : « [À l'origine,] le mot avait de la grandeur. Et maintenant ? On le jette aux quatre vents : un lieu inspirant, un leader inspirant, un projet inspirant... » (Brice Duthion, 2025), « Autrefois, être inspiré, c'était s'élever. [Aujourd'hui,] le mot est fatigué, galvaudé, surjoué, essoré » (Julia de Funès, 2025). On peut, certes, regretter cette évolution, mais il paraît d'autant plus vain de chercher à s'y opposer qu'elle remonte – n'en déplaise aux esprits chagrineux et soupireux (si l'on m'autorise ces archaïsmes) – à plus de... deux siècles ! Les autres, nous l'avons évoqué en introduction, y voient un anglicisme rampant : disons plus objectivement que, si l'anglais inspiring ne semble pas avoir... inspiré l'évolution sémantique de l'adjectif inspirant, il a sans doute contribué à sa large diffusion sous nos latitudes, à la faveur de la mode récente du développement personnel et du coaching tous azimuts. D'autres, enfin, dénoncent l'imprécision du mot : « L'adjectif inspirant, qui peut s'appliquer aussi bien à une pensée ou un livre qu'à une garde-robe ou un podcast, est idéal pour tous [ceux qui veulent] faire du neuf avec du vide » (Samuel Piquet, Dictionnaire des mots haïssables, 2023), « Comment un mot aussi flou et vide de sens [a-t-il] pu enfumer tant d'esprits ? [...] Certes, il y a des gens, des livres, des films qui vous portent au-dessus de vous-même et, en ce sens, qui vous inspirent. Mais lorsque c'est le cas, que vous inspirent-ils au juste ? » (Gilles Dal, dans Le Soir, 2021). Que l'on me permette ici de dissiper un malentendu : la bonne question, en l'espèce, n'est pas « Que vous inspirent-ils ? » mais « En quoi vous inspirent-ils ? ». Rappelons en effet que l'adjectif inspirant a davantage à voir avec inspirer quelqu'un (dans son acception artistico-littéraire) qu'avec inspirer quelque chose à quelqu'un (dans son acception psychologique « faire naître chez quelqu'un une émotion, un sentiment, une disposition ») (3). J'en veux pour preuve le fait que inspirer, dans le second cas, peut s'employer en bonne ou en mauvaise part, contrairement à inspirant, qui a toujours une valeur positive.
Voilà donc un mauvais procès intenté à ce malheureux adjectif, dont le seul tort me semble être d'avoir accédé, du jour au lendemain, au rang de tic de langage, de mot à la mode qu'il est de bon ton de glisser dans la conversation en prenant un air inspiré. De là à parler de victime expi(r)atoire...
(1) La documentation offre plusieurs exemples de cette acception curieusement absente du TLFi : « L'avarice ne l'inspirait point » (Julie Delafaye-Bréhier, 1824), « L'auteur ne nous a rien appris de nouveau sur les vins de Perse [...], qui ne l'ont guère inspiré » (Recueil agronomique, 1827), « Quant au tabac en poudre [...], il ne m'inspire pas » (Auguste Marseille Barthélemy, 1844), « Ton visage ne m'inspire pas du tout » (Léon Rossignol, 1866), « La figure de M. Tarafaud ne m'inspire pas » (Charles Joliet, 1873), « Je crains que le sujet ne m'inspire point » (Valentine Herment, 1880), « La vue du petit îlot [...] ne m'inspire guère » (Pierre Giffard, 1881), « Ce n'est pas de ma faute si ma femme ne m'inspire pas ! » (Armand Silvestre, 1887), « Tel qui se voit pendu jamais ne se jettera à la rivière. La noyade ne l'inspire point » (Paul Valéry, 1926).
(2) Force est de reconnaître qu'il n'est pas toujours aisé de savoir à quelle acception on a affaire, même en tenant compte du contexte. « Le spectacle inspirant de la nature » (Chateaubriand, 1802) : sens plein ou déjà atténué ?
(3) Même son de cloche chez le linguiste Robert Galisson : « Inspirant dériv[e] de inspirer "donner le souffle créateur" » (Des mots pour communiquer, 1983).

Ce qu'il conviendrait de dire
C'est selon votre inspiration...