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« L'humoriste a expliqué avoir longtemps vécu dans la peur [...]. "Mes parents l'ont appris récemment et s'en sont voulus de n'avoir rien vu." »
(Thelma Susbielle rapportant les propos d'Artus, sur voici.fr, le 11 décembre 2025.)
Ce que j'en pense
Comment ne pas commencer la nouvelle année par un billet consacré à la bête noire de nos chères têtes blondes (mais aussi de leurs aînés) ? Je veux parler de l'accord du participe passé, et plus particulièrement de celui des verbes pronominaux. Faut-il accorder voulu dans Ils s'en sont voulu ? Non, répondent invariablement les spécialistes de la langue :
« La locution verbale s'en vouloir a un participe passé invariable : ils s'en sont voulu de leur maladresse. [Mais on écrira :] ils s'étaient voulus aimables » (Philippe Lasserre, dans Défense de la langue française).
« Elle s'en est voulu (participe invariable) de ne pas l'avoir écouté » (Hanse).
« Elle s'en est voulu, ils s'en sont voulu. Le participe est invariable » (Le Bescherelle pratique).
« Se vouloir. Participe passé variable dans : ils se sont voulus tels, invariable dans : elle s'en est voulu » (Irène Nouailhac, Le Pluriel de bric-à-brac).
« S'en vouloir, éprouver du regret, se repentir. Je m'en veux de lui avoir menti. Elle s'en est voulu d'avoir négligé ce conseil » (neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie).
Las ! l'accord n'en finit pas de se répandre, jusque sous des plumes que l'on croyait mieux averties :
« Je m'en serais voulue toute la vie de n'être pas la première à complimenter Votre Excellence » (Jean-Baptiste Pellissier, 1834), « Je m'en suis voulue de vous avoir laissé aller » (Léon Bochet, 1884), « Dire pourtant que nous nous en sommes voulus pendant vingt ans » (Paul Arène, 1886), « Je m'en suis voulue de vous avoir perdu de vue » (Albert Boissière, 1911), « Elle s'en était voulue, à le voir silencieux, si triste » (Victor Margueritte, 1922), « Comme je m'en suis voulue de l'avoir mal jugée ! » (Henri-Georges Jeanne, 1934), « Comme s'ils s'en étaient voulus mutuellement de ne pouvoir être un secours l'un pour l'autre » (Ève Dessarre, 1951), « Elle s'en est voulue du manque de fermeté de sa voix » (Suzy Doleyres, 1983), « Elle s'en était voulue alors de ne pas avoir réagi immédiatement » (Sylvain Bemba, 1984), « Elle s'en était voulue aussitôt de cette demi-vérité » (Henry Cuny, 1986), « Les paysans s'en seraient voulus de paraître dans cette cour » (Patrick de Gmeline, 1989), « Elle s'en était voulue d'avoir posé la question » (Suzanne Bernard, 1990), « J'ai eu beau me défendre, je m'en suis voulue » (Bénédicte Gorrillot, 1997), « [Je] m'en suis voulue de ne ressentir ni regret ni inquiétude » (Naïm Kattan, 1999), « Je m'en suis voulue » (Paule Noyart, 2002), « Elle s'en serait voulue de laisser deviner à sa mère combien elle l'embarrassait » (Marie Desplechin, 2003), « Je m'en suis voulue, je m'en veux, de n'avoir pas appelé » (Ségolène Royal, 2007), « Dans le train, je m'en suis voulue » (Tristan Garcia, 2008), « Elle s'en serait voulue si un malheur lui arrivait » (Jean-François Coatmeur, 2010), « Je m'en suis voulue de constater combien ma perception de cet homme avait changé » (Jean-Marie Blas de Roblès, 2010), « Aude s'en était voulue de n'avoir pas osé lui demander de [...] » (Janine Boissard, 2018), « Je m'en étais voulue de me sentir soulagée » (Alexandra Matine, 2023), « Les pauvres paysans s'en seraient voulus longtemps, s'ils avaient laissé mourir l'enfant » (Florence Hinckel, 2025).
Tous ces gens font-ils preuve de mauvaise volonté ou ont-ils sincèrement oublié que, les verbes pronominaux se comportant en réalité comme si l'auxiliaire était avoir, l’accord du participe ne se fait avec le pronom qui précède que quand celui-ci lui tient lieu de complément d'objet direct ? Or, qu'on le veuille ou non, il ne se trouve dans cette affaire aucun COD à l'horizon. L'analyse est en effet la suivante : ils s'en sont voulu, c'est-à-dire ils en ont voulu à eux-mêmes (et non pas ils en ont voulu eux-mêmes, qui n'a pas de sens) ; le pronom s' est donc complément d'objet indirect du participe passé, sur l'accord duquel il n'a aucune influence. L'invariabilité de voulu est de rigueur.
Et le pronom en, me demanderez-vous, à quoi se rapporte le pronom en ? À rien en particulier, répondent en substance les Le Bidois. Même vague son de cloche chez Goosse : « En a une valeur imprécise dans en vouloir à quelqu'un » (Le Bon Usage) et chez René Georgin : « En est-il pronom ou adverbe et quelle est sa fonction dans les gallicismes [comme] en vouloir à quelqu'un ? Il serait vain d'essayer [de le déterminer] » (Consultations de grammaire, 1964, et Comment s'exprimer en français ?, 1969). D'aucuns croient pourtant avoir mis le doigt sur le mot qu'il est censé remplacer :
« Bossuet nous donne lui-même le véritable sens de en dans l'expression en vouloir à quelqu'un : "Qu'on veut de mal à ces foibles yeux" » (Bescherelle, Grammaire nationale, 1834), « On a d'abord dit vouloir du mal, vouloir mal à quelqu'un [1], puis on a supprimé mal, substantif employé ici dans un sens partitif, et on l'a remplacé par le pronom en, qui s'est bientôt construit avec le verbe vouloir sans qu'auparavant on eût fait figurer dans la phrase le substantif dont il tenait la place » (Éman Martin, Le Courrier de Vaugelas, 1876), « En est employé sans relation à ce qui précède ; il tient lieu de du mal par syllepse » (François Collard, Cours de grammaire française, édition de 1878). (2)
L'affaire se complique quand on interroge Dupré : « La construction de en vouloir à... avec un complément par de indiquant la cause de la rancune est originellement un pléonasme, mais on ne peut plus l'éviter aujourd'hui, en étant devenu une sorte de préfixe indispensable pour donner ce sens à vouloir », lit-on dans son Encyclopédie du bon français (1972). Est-ce à dire que le pronom en représentait à l'origine, non pas le mal souhaité, mais la cause de la rancune ? C'est en tout cas l'avis de Jean-Paul Jauneau : « [Dans en vouloir à], en signifie "de cela" ; c'est donc un pronom neutre complément circonstanciel, qui indique la cause du ressentiment (= à cause de cela) » (N'écris pas comme tu chattes, 2011). Le doute est d'autant plus permis qu'il se trouve de nombreux exemples où le complément (du) mal se maintient en présence du pronom en : « Ne mal nel en vodrai » (Le Lai du cor, vers 1180, manuscrit de la fin du XIIIe siècle), « Si luy en vouloit tant de mal qu'on ne le vous saroit dire » (Les Cent Nouvelles nouvelles, vers 1466), « Ledict cardinal commença à en vouloir mal à la Bordaisiere » (Pierre de La Place, 1565), « Ne m'en voulez point mal, je vous supplye » (Brantôme, avant 1614), « Mais il ne laissa à continuer de m'en vouloir du mal et de m'en faire la mine » (Marguerite de France, avant 1615), « Je ne t'en voudrai pas pour cela plus de mal » (Molière, Le Dépit amoureux, 1656). Comprenne qui... voudra.
Là n'est pas, du reste, le seul écueil que nous réserve la locution verbale en vouloir à (quelqu'un ou quelque chose [3]). Doit-on écrire, à l'impératif : ne m'en veux pas, ne m'en voulez pas ou ne m'en veuille pas, ne m'en veuillez pas ? Selon Grevisse, « l'expression en vouloir à, prise négativement, a, dans la langue soignée, un impératif [historiquement] modelé sur le subjonctif [à l'instar des verbes avoir, être et savoir]. Mais, dans la langue courante, les formes [analogiques du présent de l'indicatif] n'en veux pas à..., n'en voulons pas à..., n'en voulez pas à... sont fréquentes ; elles se rencontrent souvent aussi dans la langue littéraire » (Le Bon Usage, 1955). Est-il besoin de préciser que d'autres spécialistes se montrent nettement moins consensuels ? Jugez-en plutôt :
« Le verbe en vouloir, qui signifie "haïr", a un impératif lorsqu'il est accompagné de la négation : ne m'en veux pas, qu'il ne m'en veuille pas, ne lui en voulons pas, ne m'en voulez pas, qu'ils ne m'en veuillent pas » (P.-J. Galland, Cours complet d'instruction, 1825), « Faites comme vous voudrez, mais ne m'en voulez pas » (Charles-Jean Delille, An introduction to the french language, 1834), « Locution vicieuse : Oh ! ne m'en voulez pas ! Locution correcte : Oh ! ne m'en veuillez pas ! » (Louis Platt, Dictionnaire du langage vicieux, 1835), « [On dit :] Veuille bien, je te prie, me rendre ce service. Mais avec le pronom en, qui donne au verbe vouloir une signification particulière, on dit à l'impératif : Ne m'en veux pas, ne lui en voulons pas, ne leur en voulez pas » (Louis-Nicolas Bescherelle, Le Véritable Manuel des conjugaisons, 1842), « L'impératif est incontestablement veuille, veuillons, veuillez ; c'est à tort que quelques écrivains ou grammairiens, tirant dans ce verbe comme dans presque tous les autres l'impératif du présent indicatif, ont écrit : Ne m'en veux pas, etc. Ces formes sont barbares » (Bernard Jullien, Cours supérieur de grammaire, 1849), « Ne m'en veuille pas... C'est là, il ne peut y avoir de doute, le véritable impératif. Les autres formes sont récentes [4] et à peine intelligibles » (Littré, Dictionnaire, 1863), « Dans la locution en vouloir à quelqu'un [...], on dit plus souvent : ne m'en voulez pas » (Karl Ploetz, Französische Chrestomathie, 1878), « Tout le monde dit couramment : Ne m'en veux pas ! Ne m'en voulez pas ! Ce n'en est pas moins une faute grossière et qui suffit à juger de l'instruction d'un homme » (Bienstock et Curnonsky, Le Musée des erreurs, 1925), « On dit couramment ne m'en veux pas, ne m'en voulez pas. Hors ce cas, dont la correction est d'ailleurs très contestable, vouloir n'a pas d'autre impératif correct que veuille, veuillons, veuillez » (Philippe Martinon, Comment on parle en français, 1927), « Ne m'en veux pas, ne m'en voulez pas, tournures fautives pour : ne m'en veuille pas, ne m'en veuillez pas » (Jean Boisson, Les Inexactitudes et singularités de la langue française, 1930), « L'impératif de vouloir est veuille, veuillons, veuillez. Il est vrai que certains dictionnaires et certaines grammaires ont la complaisance d'admettre veux, voulons, voulez, pour ne pas faire honte aux personnes qui ne savent pas leurs conjugaisons, mais la gent puriste n'admettra jamais cette tolérance » (Abel Hermant, dans Le Temps, 1937), « Un seul verbe offre deux séries de formes différentes à l’impératif, c’est vouloir. La forme modelée sur le subjonctif est surtout usitée comme formule de politesse, à la 2e personne du pluriel, veuillez. La forme modelée sur l'indicatif, que critiquait à tort Littré [...], est aujourd'hui la plus employée, surtout avec la négation, dans le sens dérivé "en vouloir à quelqu'un" : ne m'en veux pas, ne lui en voulez pas » (Albert Dauzat, Grammaire raisonnée, 1947), « On doit admettre que ne m'en veux pas et ne m'en voulez pas sont actuellement d'un usage constant, et qu'on s'opposerait à des écrivains respectables en s'obstinant à marquer ces formes comme des fautes » (Charles Muller, dans La Classe de français, 1954), « [On relève chez Choderlos de Laclos] un barbarisme : ne m'en voulez pas » (Laurent Versini, Laclos et la tradition, 1968), « On dit fort bien et beaucoup plus souvent : Ne m'en veuille pas, ne m'en veuillez pas » (Hanse, Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, 1983 ; Académie, Courrier des internautes, 2013), « Avec en vouloir ("garder rancune"), on aura donc : ne m'en veux pas, ne lui en voulez pas (et non ne m'en veuille pas, ne lui en veuillez pas) » (Michel Massian, Et si l'on écrivait correctement le français ?, 1985).
On le voit : partisans des deux camps n'ont cessé de s'opposer depuis le début du XIXe siècle, sans autre argument que celui d'autorité. Il faut se tourner vers ceux qui, à l'instar de Grevisse, considèrent que les deux séries de formes sont aussi correctes l'une que l'autre pour espérer voir émerger une distinction d'emploi entre ne m'en veuillez pas et ne m'en voulez pas :
« Malgré leur fréquence à peu près égale, il nous semble qu'il existe une différence de signification assez nette entre les deux constructions [de en vouloir à quelqu'un] : le ton de veux, voulez est plus familier, ces formes expriment le désir avec plus de netteté et d'une façon beaucoup plus directe ; le locuteur se comporte en général comme s'il était sûr qu'on lui pardonnera. Rien de cela avec veuille, veuillez : la demande se fait poliment et avec une certaine soumission, comme si le locuteur n'osait pas espérer ce qu'il demande » (Peter Wunderli, L’Impératif de vouloir, 1970), « Au sens négatif, on dit, dans la langue châtiée : Ne m'en veuille pas, ne m'en veuillez pas (à côté [des formes plus courantes] Ne m'en veux pas, ne m'en voulez pas) » (Thomas, Dictionnaire des difficultés de la langue française, 1971), « [Pour l'expression en vouloir à], il semble préférable d'adopter la série veux, voulons, voulez, qui se réfère à la nuance active du verbe vouloir, alors que veuille ne se réfère guère qu'à la nuance passive de vouloir bien » (Dupré, Encyclopédie du bon français, 1972), « Ne m'en veuille (familier, veux) pas ; ne m'en veuillez (familier, voulez) pas » (Petit Robert, 1986), « On a ainsi ne lui en veux pas trop, ne m'en voulez pas, à côté des formes plus élégantes ne m'en veuille pas, ne m'en veuillez pas » (TLFi, 1994), « N'en déplaise à Littré [...], on dit couramment aujourd'hui : ne m'en veux pas, ne m'en voulez pas, ne lui en voulons pas. Il est vrai que l'on dit parfois, de façon plus distinguée et souvent par politesse : ne m'en veuillez pas » (Michel Pougeoise, Dictionnaire de grammaire, 1998), « Dans l'expression soignée, on peut se servir de la première forme, plus soutenue : ne lui en veuille pas, ne lui en veuillons pas, ne lui en veuillez pas » (Larousse en ligne, de nos jours).
Dans les faits, il n'est pas rare de surprendre nos bons écrivains en flagrant délit d'hésitation, quels que soient le registre de langue et l'intention visés :
« Ne m'en veuillez pas de n'avoir point savouré ce blanc-manger », mais « Ne m'en veux pas de fuir » (Hugo, Pierres et Hernani) ; « Ne m'en veuillez pas si j'espère encore », mais « Ne m'en voulez pas d'avoir été femme » (Balzac, Vautrin et Modeste Mignon) ; « Ne leur en veuillons pas trop de nous être trompés sur elles », mais « Ne m'en veux pas du moins » (Sainte-Beuve, Correspondance et Poésies) ; « N'en [= ne m'en] veuille jamais, chère adorée », mais « Ne m'en voulez pas si mes réponses sont tardives » (Flaubert, Correspondance) ; « Ne m'en veuillez pas trop, si je n'ai pas tenu ma promesse », mais « Ne m'en voulez pas, et croyez-moi votre bien dévoué [...] rédacteur » (Zola, Correspondance) ; « Ne m'en veuille pas d'avoir été si vif », mais « Ne lui en veux pas trop de t'avoir distingué » (Bourget, L'Étape et L'Émigré) ; « Ne m'en veuillez pas », mais « Ne m'en voulez pas, ma sœur » (Barrès, Colette Baudoche et La Colline inspirée) ; « Ne m'en veuille pas trop si [...] », mais « Ne m'en veux pas trop si [...] » (Renard, Correspondance) ; « Ne m'en veuillez pas de ce mouvement d'irritation », mais « Ne m'en voulez pas et ne croyez rien à ces histoires » (Claudel, Correspondance) ; « Grondez-moi, mais ne m'en veuillez pas », mais « Ne m'en veux pas d'être parti comme un fou » (Rolland, Jean-Christophe) ; « N'en veuille pas à cette Nelly », mais « Ne m'en veux pas de ne te rapporter [que...] » (Giraudoux, La Menteuse et Correspondance) ; « Ne lui en veuillez pas non plus », mais « Ne lui en voulez pas » (Duras, Le Vice-consul et Détruire, dit-elle) ; « Mais surtout ne m'en veuillez pas ! », mais « Ne m'en veux pas... surtout ne m'en veux pas ! » (Patrick Grainville, Colère et Le Lien) ; « C'est un lieu commun, ne m'en veuillez pas », mais « Ne m'en veux pas ! Une épée, cela se mérite... » (Frédéric Vitoux, Un film avec elle et Allocution pour la remise de l'épée d'académicien à Dominique Fernandez) ; « Ne m'en veuille pas, je vais te quitter », mais « Ne lui en voulez pas, le pauvre... » (Éric-Emmanuel Schmitt, La Femme au miroir et L'Homme qui voyait à travers les visages).
Récapitulons, si vous le voulez bien : un participe passé qui ne nous veut pas que du bien, un pronom qui ne se laisse pas facilement analyser et un verbe qui présente deux séries de formes concurrentes à l'impératif. Les mauvaises langues auront beau jeu de conclure que, pour encore employer en vouloir à après tout ça, il faut vraiment... le vouloir !
(1) On disait plus généralement vouloir quelque chose à quelqu'un pour « souhaiter que quelque chose arrive à quelqu'un » : « Ne te voil certes nul mal » (Le Roman de Renart), « Et pour ce ne voloit il mie grant bien a la roïne et d'autre part il voloit mal de mort a Herec » (Le Roman de Tristan en prose), « Et en son cuer li velt mult mal » (Joufroi de Poitiers), « Ne li vorent amour ne bien » (Philippe Mouskes), « Nul bien ne luy vouloit » (Jean le Bel), « Ne se il vouloit point de mal au roy ne a son pays » (Jean d'Arras).
(2) Pour Hermann Suchier, c'est carrément le groupe infinitif causer du dommage qui est sous-entendu : « Certaines extensions de sens dans les verbes auxiliaires doivent, selon nous, avoir pour origine une réticence portant sur l'infinitif : en vouloir à quelqu'un, suppléez "causer du dommage", d'où le sens actuel » (Le Français et le provençal, 1891).
(3) Dans l'usage moderne courant, en vouloir à quelqu'un s'emploie surtout au sens de « éprouver du ressentiment, de la rancune à son égard » : Je lui en veux de s'être mal conduit ; et en vouloir à quelque chose, au sens de « avoir des prétentions, des visées sur quelque chose » : Il en veut à mon argent (= il veut le détourner à son profit), ils en veulent à ma vie (= ils ont l'intention de me tuer).
On a dit dans le même sens en avoir à quelqu'un : « En avoir contre, en avoir à, Être irrité contre quelqu'un, en vouloir à quelqu'un. Contre qui en avez-vous ? À qui en a-t-il ? » (Dictionnaire de l'Académie, 1878-1935).
(4) Les formes impératives de vouloir modelées sur l'indicatif sont pourtant attestées de longue date, par les grammairiens : « Veulx, vueille, voulons, voulez, vueillent » (John Palsgrave, Lesclarcissement de la langue françoyse, 1530), « Veux, qu'il veule ou vueille ; voulons ; voulez ; qu'ils veulent ou vueillent » (Charles Maupas, Grammaire et syntaxe françoise, édition de 1618) et les auteurs : « Par ceste porte volez entrer » (Le Mystère d'Adam, milieu du XIIe siècle – époque à laquelle « l'impératif de voloir apparaît de façon privilégiée sous une morphologie indicative », selon Pierre-Yves Dufeu, Le Syntagme verbal isolé à l'impératif, 2014), « Que por Dieu lor compaingnie voulés (ou, selon les manuscrits, voilliez, voeilliés) aidier » (Geoffroi de Villehardouin, vers 1212, manuscrits de la fin du XIIIe siècle), « Ne m'en voulez point mal, je vous supplye » (Brantôme, avant 1614), « Prenés un confesseur arresté, laissés vous conduire par luy, et ne voulés pas, en tout, vous suffire a vous mesme » (Mme de Maintenon, 1692), « Oubliez leur animosité, ne leur en voulez pas » (François-Honoré-Antoine de Beauvilliers de Saint-Aignan, 1747), « Va, ma ménagere, ne m'en veux pas » (François-Antoine Quétant, 1764), « Esprit, retire-toi, et ne m'en veux point » (Antoine Sabatier de Castres, 1779), « Ne m'en voulez donc pas, je vous prie » (Choderlos de Laclos, 1782).
Remarque : La plupart des ouvrages de référence (FEW, TLFi, Dictionnaire historique, etc.) datent l'expression en vouloir à de la seconde moitié du XVIe siècle. Il n'est pourtant que de consulter le Dictionnaire du moyen français pour s'aviser qu'elle est plus ancienne : « C'estiez vous a qui il en vouloit » (Perceforest, vers 1340, manuscrit de 1450), « Aussy a moy tu en veulz et contens a moy faire du peril » (Georges Chastelain, vers 1470).

Ce qu'il conviendrait de dire
Mes parents s'en sont voulu de n'avoir rien vu.