• Initié au début de l'année

     « Un récit de la campagne, initié au début de l'année. »

    (à propos du dernier livre de Roselyne Bachelot-Narquin, dans Le Point n° 2070, mai 2012)

     

     


    (photo Wikipédia sous licence GFDL par MEDEF)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Sous l'influence de l'anglais to initiate, le verbe initier voit son usage s'étendre abusivement au-delà de son sens... initial, à savoir « instruire, révéler, apprendre les rudiments d'un art, d'une science ou d'une technique ». Le choix ne manque pourtant pas, en français, pour exprimer l'idée de mise en route : amorcer, commencer, entamer, entreprendre, lancer, etc.

    Voir également le billet Initier.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Un récit de la campagne, commencé au début de l'année.

     


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  • Une biographie éponyme

    « Cosmopolis est l'adaptation du roman éponyme écrit par Don DeLillo. »
    (à propos du film de David Cronenberg, dans Le Point n° 2071, mai 2012)

     

     

     

    La firme éponyme

    « C'est la désagréable expérience qui vient d'arriver à Michael Dell, le PDG millionnaire de la firme informatique éponyme » (à propos des messages sur Twitter de sa fille)

    (Constance Jamet, sur lefigaro.fr, le 14 août 2012)


    (Michael Dell, photo wikipedia sous licence GFDL par mikeandryan)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Certes, la relation de « nommage » est respectée dans le premier exemple – c'est bien le roman de DeLillo qui a donné son nom (sens d'éponyme) au film de Cronenberg –, mais l'Académie recommande de réserver l'adjectif éponyme à un personnage, réel ou fictif, pas à une chose.

    Le second exemple, quant à lui, cumule les deux fautes : l'extension d'usage d'éponyme à une chose s'accompagne d'une inversion de la règle d'attribution du nom. En effet, c'est Michael Dell qui a donné son patronyme à la firme informatique, pas l'inverse !

    Voir également le billet Éponyme.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire

     
    Cosmopolis
    est l'adaptation du roman du même nom écrit par Don DeLillo.

    Le PDG millionnaire de la firme informatique du même nom.


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  • Etre taxés de superstitieux

    « Par crainte peut-être d'être taxés de superstitieux ou de fétichistes, les candidats préfèrent garder pour eux (...) leurs porte-bonheur. »

    (Benjamin Sportouch, dans L'Express n° 3171, avril 2012)
    Amulettes (photo wikipedia)

    Taxé de "maire"

    « Sur le marché, le maire (PS) Alain Gaido (...) se fait taxer de "maire des Arabes". »
    (Delphine Saubader, dans L'Express n° 3194, septembre 2012)
     

    Alain Gaido (source saint-gilles.fr)



    FlècheCe que j'en pense


    À la différence de traiter, le verbe taxer, pris au sens d'« accuser », ne peut être directement construit avec un attribut (adjectif ou nom), mais avec un substantif représentant le fait répréhensible : Traiter quelqu'un de menteur mais Taxer quelqu'un de mensonge.

    Voir également le billet Taxer.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Par crainte peut-être d'être taxés de superstition ou de fétichisme, etc.

    Il se fait traiter de "maire des Arabes".

     


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  • Loin s'en faut

     
    « Ce n'est certes pas le conflit le plus brûlant de l'année – loin s'en faut » (à propos de la guerre des Malouines).

    (Christian Makarian, dans L'Express n° 3171, avril 2012)

     

    (photo wikipedia sous licence GFDL par Eric Gaba)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Il y a là télescopage entre les expressions loin de là et tant s'en faut, toutes deux synonymes de « bien au contraire » et seules correctes.


    Voir également les billets Loin de là / Tant s'en faut et Peu s'en faut.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ce n'est certes pas le conflit le plus brûlant de l'année – loin de là (ou tant s'en faut).

     


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  • Une annus horibilis

    « Pour celui qui fut intronisé PDG en décembre 2010, 2011 aurait dû être l'heure de la consécration. Elle a finalement été une annus horribilis » (à propos d'Antoine Frérot, PDG de Véolia, photo ci-contre).
    (Libie Cousteau, dans L'Express n° 3164, février 2012)

     
    (photo wikipedia sous licence GFDL par Matthieu Riegler)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Les spécialistes de la langue ne s'accordent pas sur le genre de l'expression annus horribilis, depuis que celle-ci a été plaisamment formée (si j'ose dire) − sur le modèle de annus mirabilis (littéralement « année remarquable, singulière, étonnante », aujourd'hui toujours pris en bonne part au sens de « année merveilleuse ») (1) − à partir des mots latins annus (« année, saison, période ») et horribilis (« qui fait horreur, horrible, effrayant » et, en bonne part, « étonnant, surprenant ») pour qualifier une année de sinistre mémoire. Les uns veulent conserver à annus son genre étymologique, malgré la redoutable proximité avec son homonyme anatomique (2) : « annus horribilis, masculin (au pluriel, anni horribiles) » (Wiktionnaire), « Il [faut] plutôt écrire un annus horribilis » (blog des correcteurs du Monde), « Un annus horribilis » (Petite Histoire des grands mots historiques de Daniel Appriou) (3) ; les autres (Larousse en tête, depuis 2014) penchent pour le féminin, sous l'influence du substantif année : « Chaque année qui passe est pour elle [l'Académie] une annus horribilis » (Jacques Drillon), « 1996 avait été à tous égards une annus horribilis » (Amélie Nothomb).

    Dans le doute, contentons-nous de rappeler que ladite expression, attestée en anglais depuis 1890, doit son succès international à la reine Elizabeth II, qui l'employa − par référence au poème de son compatriote John Dryden, intitulé Annus mirabilis (1667) ? − à propos de l'année 1992, marquée par l'incendie du château de Windsor et par la séparation de plusieurs couples de la famille royale. Elle est depuis restée... dans les annales.


    (1) Le tour figurerait dans une prédiction en vers attribuée à l'Allemand Johannes Müller, dit Regiomontanus (1436-1476) : « Octuagesimus octavus mirabilis annus. »

    (2) De là la définition en forme de jeu de mots donnée par Jean-Loup Chiflet dans Ad aeroportum ! À l'aéroport ! Le Latin d'aujourd'hui (1999) : « Hémorroïde : Anus horribilis. »

    (3) On trouve de même : « Un annus medicus complet » (1792), « Délai, qui est fixé [...] à un annus utilis » (1840), « Un annus luctus » (1864) « Ce laps de temps différent de l'année du calendrier [...] figure dans la liste des magistrats comme un annus » (1892), etc.


    Remarque : Est-il besoin de préciser que le même flottement s'observe de longue date avec annus mirabilis ? Qu'on en juge : « Cette année a été partout un annus mirabilis pour le mauvais tems » (traduction d'une lettre datée de 1767 du comte de Chesterfield, 1785), « Suivons-le dans cet annus mirabilis secoué de voyages » (André Tubeuf, 1990), mais « Cordélia de Castellanne, qui fut le grand amour de cette annus mirabilis » (André Maurois, 1938), « 1900, déjà considérée comme une annus mirabilis » (Maurice Denuzière, 2006).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    2011 a finalement été un (ou uneannus horribilis.

     


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