• Etre taxés de superstitieux

    « Par crainte peut-être d'être taxés de superstitieux ou de fétichistes, les candidats préfèrent garder pour eux (...) leurs porte-bonheur. »

    (Benjamin Sportouch, dans L'Express n° 3171, avril 2012)
    Amulettes (photo wikipedia)

    Taxé de "maire"

    « Sur le marché, le maire (PS) Alain Gaido (...) se fait taxer de "maire des Arabes". »
    (Delphine Saubader, dans L'Express n° 3194, septembre 2012)
     

    Alain Gaido (source saint-gilles.fr)



    FlècheCe que j'en pense


    À la différence de traiter, le verbe taxer, pris au sens d'« accuser », ne peut être directement construit avec un attribut (adjectif ou nom), mais avec un substantif représentant le fait répréhensible : Traiter quelqu'un de menteur mais Taxer quelqu'un de mensonge.

    Voir également le billet Taxer.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Par crainte peut-être d'être taxés de superstition ou de fétichisme, etc.

    Il se fait traiter de "maire des Arabes".

     


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  • Loin s'en faut

     
    « Ce n'est certes pas le conflit le plus brûlant de l'année – loin s'en faut » (à propos de la guerre des Malouines).

    (Christian Makarian, dans L'Express n° 3171, avril 2012)

     

    (photo wikipedia sous licence GFDL par Eric Gaba)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Il y a là télescopage entre les expressions loin de là et tant s'en faut, toutes deux synonymes de « bien au contraire » et seules correctes.

    Voir également le billet Loin de là / Tant s'en faut.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ce n'est certes pas le conflit le plus brûlant de l'année – loin de là (ou tant s'en faut).

     


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  • Une annus horibilis

    « Pour celui qui fut intronisé PDG en décembre 2010, 2011 aurait dû être l'heure de la consécration. Elle a finalement été une annus horribilis » (à propos d'Antoine Frérot, PDG de Véolia, photo ci-contre).
    (Libie Cousteau, dans L'Express n° 3164, février 2012)

     
    (photo wikipedia sous licence GFDL par Matthieu Riegler)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Les spécialistes de la langue ne s'accordent pas sur le genre de l'expression annus horribilis, depuis que celle-ci a été plaisamment formée (si j'ose dire) − sur le modèle de annus mirabilis (littéralement « année remarquable, singulière, étonnante », aujourd'hui toujours pris en bonne part au sens de « année merveilleuse ») (1) − à partir des mots latins annus (« année, saison, période ») et horribilis (« qui fait horreur, horrible, effrayant » et, en bonne part, « étonnant, surprenant ») pour qualifier une année de sinistre mémoire. Les uns veulent conserver à annus son genre étymologique, malgré la redoutable proximité avec son homonyme anatomique (2) : « annus horribilis, masculin (au pluriel, anni horribiles) » (Wiktionnaire), « Il [faut] plutôt écrire un annus horribilis » (blog des correcteurs du Monde), « Un annus horribilis » (Petite Histoire des grands mots historiques de Daniel Appriou) (3) ; les autres (Larousse en tête, depuis 2014) penchent pour le féminin, sous l'influence du substantif année : « Chaque année qui passe est pour elle [l'Académie] une annus horribilis » (Jacques Drillon), « 1996 avait été à tous égards une annus horribilis » (Amélie Nothomb).

    Dans le doute, contentons-nous de rappeler que ladite expression, attestée en anglais depuis 1890, doit son succès international à la reine Elizabeth II, qui l'employa − par référence au poème de son compatriote John Dryden, intitulé Annus mirabilis (1667) ? − à propos de l'année 1992, marquée par l'incendie du château de Windsor et par la séparation de plusieurs couples de la famille royale. Elle est depuis restée... dans les annales.


    (1) Le tour figurerait dans une prédiction en vers attribuée à l'Allemand Johannes Müller, dit Regiomontanus (1436-1476) : « Octuagesimus octavus mirabilis annus. »

    (2) De là la définition en forme de jeu de mots donnée par Jean-Loup Chiflet dans Ad aeroportum ! À l'aéroport ! Le Latin d'aujourd'hui (1999) : « Hémorroïde : Anus horribilis. »

    (3) On trouve de même : « Un annus medicus complet » (1792), « Délai, qui est fixé [...] à un annus utilis » (1840), « Un annus luctus » (1864) « Ce laps de temps différent de l'année du calendrier [...] figure dans la liste des magistrats comme un annus » (1892), etc.


    Remarque : Est-il besoin de préciser que le même flottement s'observe de longue date avec annus mirabilis ? Qu'on en juge : « Cette année a été partout un annus mirabilis pour le mauvais tems » (traduction d'une lettre datée de 1767 du comte de Chesterfield, 1785), « Suivons-le dans cet annus mirabilis secoué de voyages » (André Tubeuf, 1990), mais « Cordélia de Castellanne, qui fut le grand amour de cette annus mirabilis » (André Maurois, 1938), « 1900, déjà considérée comme une annus mirabilis » (Maurice Denuzière, 2006).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    2011 a finalement été un (ou uneannus horribilis.

     


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  • Les mannes de l'idéal républicain

     
    « [Vincent] Peillon ne résiste jamais à convoquer les mannes de l'idéal républicain lorsqu'il s'agit de parler éducation. »

    (Marie-Caroline Missir, dans L'Express n° 3163, février 2012)

     



    (photo wikipedia)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Du latin manna, la manne est la nourriture providentielle envoyée par Dieu aux Hébreux dans le désert. Au sens figuré, ce nom féminin (rarement au pluriel) désigne un don providentiel et inespéré, un avantage inattendu.

    Selon toute vraisemblance, il y a là confusion avec l’homophone mânes, nom masculin pluriel emprunté du latin Manes, qui désigne l'âme des morts, le souvenir des morts (dans la religion romaine). Et qui est correctement employé dans cet extrait du Point (n°2075) consacré à Simenon : « Tous les ans, en juin, les mânes de Maigret rôdent dans les rues des Sables-d'Olonne ».

    Quant au choix du verbe, il est discutable. Si l'on s'en tient à la position de l'Académie, convoquer ne peut s'appliquer qu'à une personne ou à un groupe de personnes. Sans doute eût-il été préférable de recourir au verbe invoquer, moins contestable.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Vincent Peillon ne résiste jamais à invoquer les mânes de l'idéal républicain.

     


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  • Le déroulé d'une émission

     « Reste les impondérables et le déroulé même d'une émission qui risque de réserver quelques moments électriques » (à propos de la venue de Marine Le Pen, le 18 février 2012, sur le plateau de l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier, photo ci-contre).

    (Renaud Revel, dans L'Express no 3163, février 2012)

    (photo tvmag.lefigaro.fr)

    Le déroulé de son dernier jour

    « Le déroulé de son dernier jour complexe à établir » (à l'occasion du cinquantième anniversaire du décès de Marilyn Monroe, photo ci-contre).

    (Julien Bordier, dans L'Express n° 3187, août 2012)



    (photo wikipedia)

     

    FlècheCe que j'en pense


    Contrairement à ce que l'on commence à lire dans certains dictionnaires un peu trop complaisants, le substantif dérivé du verbe dérouler est déroulement et non déroulé (participe passé dudit verbe).


    Voir également le billet Déroulé / Déroulement.


    Par ailleurs, il est généralement admis que reste, placé en tête de proposition, s'accorde avec son sujet (mais l'invariabilité n'est pas incorrecte).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Reste(nt) les impondérables et le déroulement même d'une émission.

    Le déroulement de son dernier jour complexe à établir.

     


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