• Un parfum de désaccord

    Un parfum de désaccord

    « Jean-Pierre Coffe en cinq citations cultes. »
    (paru sur lexpress.fr, le 30 mars 2016)  
     

     

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Georges Biard)

    FlècheCe que j'en pense


    S'il fallait une nouvelle preuve des traquenards que ne cesse de nous tendre la langue, voici un exemple devenu... classique (pour ne pas dire culte, depuis que l'Académie qualifie de barbarisme l'emploi adjectival dudit substantif) : faut-il écrire des films culte ou des films cultes ?

    L'opinion des Immortels sur ce sujet ô combien délicat paraît frappée au coin du bon sens : « Au pluriel [...], le nom apposé varie uniquement si on peut établir une relation d’équivalence entre celui-ci et le mot auquel il est apposé. Ainsi, on écrira Les danseuses étoiles regardent des films culte, car si l’on considère que les danseuses sont des étoiles (elles ont les mêmes propriétés qu’elles, elles brillent de la même façon), il est évident que les films ne sont pas des cultes, mais qu’ils font l’objet d’un culte » (comprenez : d'aucuns leur vouent une admiration quasi religieuse, parce qu'ils constituent à leurs yeux une référence qu'on ne saurait ignorer).

    Las !  il faut croire que l'évidence ne crève pas tous les écrans ! Prenez Larousse : « (En apposition, avec ou sans trait d'union.) Se dit de ce qui suscite l'enthousiasme d'un public généralement restreint. Des films cultes. » Allons bon... Même bande-son du côté du Bescherelle (« S'emploie avec ou sans trait d'union après un nom : des films(-)cultes ») et de Jean-Pierre Colignon (« Cinquante ans de carrière et presque autant de films cultes »). C'est à n'y rien comprendre. La palme de l'embrouille revient sans conteste à Bernard Cerquiglini, qui n'hésite pas à écrire dans ses Petites chroniques du français comme on l'aime (2012) : « Quand la relation entre les deux noms est quasi identitaire (livre-culte, ville-dortoir, amour-passion, etc.), le nom apposé joue le rôle d'un adjectif épithète. On pourrait d'ailleurs relier ces deux noms par le verbe être : ce livre est un culte ; cette ville est un dortoir ; cet amour est une passion. » Va pour la relation d'équivalence entre ville et dortoir, entre amour et passion... mais entre livre et culte ? Voudrait-on nous embobiner que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Car enfin, avouez que le bon sens évoqué plus haut rechigne à troquer ce livre fait l'objet d'un culte ou est un objet de culte contre... ce livre est un culte !

    Voilà donc une même règle qui donne lieu à des interprétations divergentes. De là à conclure, avec feu Jean-Pierre Coffe, que « c'est de la m... ».


    Remarque : Prudent, mon Robert illustré 2013 ne se mouille pas : « Un film culte, objet d'admiration. » Nous voilà bien avancés...


    Voir également le billet Apposition

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Cinq citations culte (selon l'Académie) ou cultes (selon Larousse et Bescherelle).

     

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