• Un détail infime

    « L'homme a capturé la bête avec d'infimes précautions » (à propos d'une araignée particulièrement venimeuse, retrouvée en France dans un colis de bananes).
    (William Plummer, sur lefigaro.fr, le 5 janvier 2015)

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Techuser)

    FlècheCe que j'en pense

    Loin de moi l'intention de soutenir que notre journaliste aurait une araignée au plafond, mais force est de constater qu'il vient de glisser par mégarde sur une peau de banane : il ne vous aura pas échappé, en effet, que l'expression consacrée pour indiquer que l'on agit de façon particulièrement prudente et avisée est avec d'infinies précautions, où l'adjectif infini est pris au sens d'« extrême ». Autant dire que le tour infimes précautions se situe très exactement à l'opposé des faits décrits, infime ne pouvant s'entendre qu'au sens propre de « le plus bas, le dernier » ou au sens étendu (et encore critiqué par certains puristes) de « tout petit ».

    Plus que d'une araignée − si venimeuse soit-elle −, notre infortuné marchand de fruits et légumes aura été victime, par médias interposés, d'une regrettable confusion paronymique.


    Remarque : À mon grand étonnement, ladite confusion se répand sur la... Toile : « [Il] a toutefois pris d'infimes précautions pour faire cette annonce » (Le Monde) ; « Malgré ces infimes précautions, le couple s'est trahi » (Le Parisien) ; « Un incident qui a nécessité d'infimes précautions » (Corse Matin) ; « ils accueilleront bien sûr les néophytes, mais avec d'infimes précautions » (Libération).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    L'homme a capturé la bête avec d'infinies précautions.

     

    « Une once de désaccordAccord blessé »

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  • Commentaires

    1
    Vaugelas
    Mardi 19 Mai 2015 à 16:56

    De l'infime à l'infini, il est assez clair que la distance est grande, assez grande pour que la confusion laisse pantois. Je crois qu'il ne faut pas accuser ici l'ignorance du mot juste, mais plutôt l'insuffisante relecture de textes dans lesquels, attendant le mot juste, on a tendance à le lire quand il est défiguré : la reconnaissance optique de caractères (O.C.R.) a la fâcheuse manie, confrontée à d'infimes scories dans l'encrage de textes pourtant sans ambiguïté, de proposer de lire ni pour m ... ou réciproquement !  C'est probablement à l'usage de cette technique, et à l'insuffisante relecture,  que sont dus la plupart des exemples pris sur la Toile !

    2
    Mardi 19 Mai 2015 à 18:36

    Votre explication est séduisante. Toutefois, on trouve sur la Toile quelques exemples ("avec d'infimes égards", etc.) qui donnent à penser que l'on a affaire à une confusion sémantique plus que graphique.

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