• Tous les du coup ne sont pas permis (?)

    Tous les du coup ne sont pas permis (?)

    « "Le président a forgé autour de lui des cercles d’amitié politique et personnelle très forts et qui croient profondément dans ce qu’il fait pour le pays. Et qui, du coup, se reformeront en cas de besoin", glisse Sibeth Ndiaye » (porte-parole du gouvernement).
    (Pauline Théveniaud et Jérémy Maraud, sur atlantico.fr, le 14 avril 2019)  

    (Emmanuel Macron, photo Wikipédia sous licence GFDL par Arno Mikkor) 

     

    FlècheCe que j'en pense


    Que n'a-t-on écrit sur la locution adverbiale du coup : « C'est une contrefaçon du mot de liaison "par conséquent" [...]. Combattons le "du coup" » (Claudine Chollet, 2006), « Affreux tic verbal » (Michel Garçon, 2013), « Un ergo latin rapide mais assez relâché, assez peu élégant » (Didier Pourquery, 2014), « C'est le degré zéro de la langue française » (Quentin Périnel, 2017), « Dernier tic de langage en date [...], locution familière s'il en est » (Bruno Dewaele, 2018), « Expression impropre qui a contaminé notre langue » (Vincent Glad, 2018). Les coups pleuvent de toutes parts ! À raison ? Voire... Que du coup tourne au tic de langage, de nos jours, l'affaire paraît entendue : il n'est, pour s'en convaincre, que de relever la fréquence à laquelle le bougre fleurit, en début ou en fin de phrase notamment, comme simple ponctuation orale, à l'instar de voilà, bref, justement, en fait, au fond et autres formules bouche-trous dont l'abus et la banalité finissent par agacer. Pour le reste, force est de constater que ses détracteurs n'ont guère d'arguments à faire valoir et ne s'accordent sur (presque) rien.

    Concernant le registre de langue, du coup appartiendrait à la « langue familière » selon l'Office québécois de la langue française, le Petit Robert et le Larousse en ligne ; au « langage semi-familier [et est donc] à éviter dans le style soutenu » selon Girodet. Pourtant, aucune mention d'usage ne figure dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie, ni dans le TLFi, ni dans Le Bon Usage, ni chez Hanse. La cacophonie est encore plus flagrante en ce qui concerne la signification de notre locution dans le coup. La plupart des spécialistes ont beau rapprocher du coup de sa cousine du même coup (1), ils aboutissent à des conclusions opposées ; ainsi Girodet assure-t-il que « du coup équivaut à du même coup, c'est-à-dire à "de ce fait, par là-même" », quand l'Académie range « du coup au sens de de ce fait » parmi les emplois fautifs répertoriés sur son site Internet. Comprenne (du premier coup) qui pourra... Pis, il n'est pas rare que les désaccords surgissent au sein d'une même maison : si pour Grevisse « du coup, locution néologique, a un sens voisin de celui de du même coup » (Le Bon Usage, 1959), Goosse le trouve plutôt « proche d'aussitôt » (Le Bon Usage, depuis 1988) ; même valse-hésitation observée du côté de l'Académie, qui en fait un synonyme de « du même coup, par la même occasion » dans la neuvième édition de son Dictionnaire, mais se range curieusement à l'avis de Goosse dans la rubrique Dire, ne pas dire de son site Internet. Du coup équivaut encore à « dès lors » (selon Jean-Paul Jauneau), « à la suite de quoi » (selon le TLFi), « dans ces conditions, par ce fait même, en conséquence » (selon le Larousse en ligne), « de ce fait, par conséquent » (selon Robert). Voilà qui, convenons-en, justifie qu'on y jette plus qu'un coup d’œil distrait.

    Commençons par tordre le... cou à une idée qui a la vie dure : non, la locution du coup, quand elle souffrirait d'une connotation populaire (« Coup peut être considéré comme une variante populaire de fois », d'après Gaston Gross), ne ressortit plus exclusivement à la langue familière. Elle est attestée de longue date dans tous les registres, dans tous les genres (roman, poésie, théâtre...), dans des dialogues comme dans des descriptions, et jusque sous les plumes les plus autorisées : Maupassant, Proust, France, Gide, Cocteau..., il n'est que de consulter l'œuvre de chacun des auteurs du XIXe et du XXe siècle pour mettre la main, (quasiment) à coup sûr, sur une nouvelle occurrence (2). Remonter aux origines de l'expression est, en revanche, tâche nettement moins aisée, tant on peine à distinguer, dans certains contextes, ses emplois nominaux de ses emplois adverbiaux. Si l'ancienne langue semble n'avoir connu que le syntagme nominal du coup (3) (entendez : delecoup employé au sens concret de « mouvement suivi d'un choc » [4]), les choses se corsent à partir du XVIe siècle, avec l'apparition de cas que d'aucuns qualifieront d'ambigus : « [Le corps de Loupgarou tomba] et en tombant du coup tua un chat bruslé » (Rabelais, 1542), « L'espousee songea que la foudre luy estoit tombee dedans le ventre, et que du coup il s'estoit allumé un grand feu » (Jacques Amyot traduisant Plutarque, 1578), « [Il a] fait tomber du coup mon chapeau dans la boue » (Racine, 1664), « Henriette, apercevant sa mère, saute et court au-devant d'elle [...] et la rencontre si rudement que la pauvre petite tomba du coup » (Rousseau, 1761), « Une main novice et mal-habile D'un rustaut de valet, en passant le heurta : Il tombe, et du coup voilà Notre immortel en éclats » (fable anonyme, 1797), « Mourante, elle tomba sur un lit de mitraille Et du coup te cassa les reins » (Auguste Barbier, 1831), « La gifle fut si forte, que, du coup, Nana se retrouva couchée, la tête sur l'oreiller » (Zola, 1880). Ces exemples, où l'hésitation est permise entre l'interprétation nominale (autrement dit, concrète : il est encore question de coup porté ou reçu) et l'interprétation adverbiale (abstraite), annoncent l'emploi locutionnel de du coup. Reste à s'entendre sur son sens.

    La linguiste Nelly Foucher Stenkløv avance, à la suite de Katrine Malm, que « la forme adverbiale de du coup est issue d'inférences métaphoriques qui, associant les notions de provenance (préposition "de") à celles de heurt, d'effet, de soudaineté (nom "coup"), confèrent à l'expression une idée de temporalité et de conséquence » (Du coup : un connecteur plus ou moins "logique" de l'argumentation orale, 2015). Rien que de très conforme, pour le coup, aux emplois figurés du mot coup, connu pour sa polysémie : dans la mesure où ce dernier peut signifier « fois » (du premier coup) mais aussi « action, occasion, circonstance » (un coup d'essai), il était écrit que la locution du coup en viendrait − d'abord ? (5) − à exprimer la temporalité (« cette fois »), puis le rapport de cause à conséquence (littéralement « qui vient du coup, par suite du coup », d'où « de ce fait »). Comparez : « Oh ! du coup, je le tien » (Michel Paul Guy de Chabanon, 1788) et « Voilà un petit contre-temps. Du coup, nous n'arriverons pas avant minuit » (Victor Hugo, 1841) (6). Seulement voilà, certains experts mis sur le coup tiennent absolument à combiner les deux notions : « Du coup marque un effet brusque se produisant presque en même temps [que l'action qui l'a causé] » (Hanse), « À sa valeur consécutive s’ajoute une valeur temporelle traduisant une quasi-simultanéité » (site Internet de l'Académie). Le seul lien de cause à effet ne suffirait donc pas à autoriser l'emploi de du coup ; encore faut-il qu'il satisfasse au critère de simultanéité (hérité de du même coup ?) ! Et pourtant... Les exemples cités en note prouvent assez que l'usage (même littéraire) est autrement souple : il est des cas, plus rares de nos jours, où du coup a une valeur essentiellement temporelle et d'autres, désormais majoritaires, où l'intéressé sert de « connecteur logique de conséquence » entre deux situations (deux « objets dynamiques », pour reprendre le jargon des linguistes), séparées par un intervalle de temps qui peut considérablement varier d'un contexte à l'autre (7). Quant au rapprochement suggéré par Goosse avec l'adverbe aussitôt (« Du coup exprime l'idée d'une cause agissant brusquement ; il est proche d'aussitôt »), il est d'autant plus malvenu qu'il ne permet pas la distinction entre les emplois nettement temporels de du coup et ses emplois nettement consécutifs − croit-on, sans rire, que Victor Hugo avait l'intention d'écrire : « Voilà un petit contre-temps. Aussitôt, nous n'arriverons pas avant minuit » ?

    Plus que l'idée de causalité récente, c'est l'idée de conséquence non attendue (associée à une cause qui ne l'est généralement pas davantage ? [8]) qui semble caractériser les emplois consécutifs de du coup, si l'on en croit les linguistes consultés (9) : nous n'arriverons pas avant minuit... contrairement à ce qui était prévu. Du coup, les recommandations diffusées sur le site Internet de l'Académie (10) sont à relativiser. Oui, du coup ne peut s'employer systématiquement en lieu et place de donc, de ce fait ou par conséquent... mais pour des raisons qui paraissent bien éloignées de la prétendue contrainte de simultanéité : selon Corinne Rossari et Jacques Jayez (11), du coup, outre sa capacité première à bloquer les conclusions attendues (« c'est-à-dire prédictibles par les prémisses »), se distingue de donc, alors et par conséquent par le fait qu'il ne peut être précédé que d'une assertion (les trois autres connecteurs admettent les impératifs), qu'il ne peut pas introduire un impératif (de ce fait, quant à lui, doit être suivi d'une assertion) et qu'il résiste à l'inversion causale (cas où l'effet est présenté avant la cause) ; d'après Nelly Foucher Stenkløv, le rapport de conséquence serait plus ténu et plus souple avec du coup (lequel laisserait place à des arguments sous-entendus) qu'avec donc, mais plus marqué qu'avec et ; etc. Vous l'aurez compris : la locution du coup est bien plus que le seul tic de langage auquel on voudrait la réduire, et quelques voix s'élèvent enfin pour prendre sa défense : « La manière dont du coup [...] affiche sa sensibilité à la forme des actes de langage qu'il connecte (le type de phrase, l'aspect du procès) rend ses lettres de noblesse à une expression populaire [= qui a la faveur du plus grand nombre] dont l'impact est banalisé à tort » (Nelly Foucher Stenkløv). On veillera toutefois à ne pas l'employer à tout bout de champ lexical, histoire d'éviter aux sages du quai Conti un énième coup de sang.

     

    (1) Hanse tient carrément du coup pour une réduction de du même coup.

    (2) Qu'on en juge : « Et, du coup, voilà que vous vous croyez millionnaire » (Eugène Sue, 1834), « Madeleine [...] se trouva du coup interdite et honteuse » (George Sand, 1849), « Il ne tint à rien que, du coup, Aurore de Saxe ne fût désavouée » (Sainte-Beuve, 1851), « Guillaume, bien déconfit, ne sut du coup comment répondre » (Jules Quesnay de Beaurepaire, 1881), « Du coup, sa langue sembla se délier » (Jules Verne, 1884), « Ne fais pas ça, c'est stupide [...]. Tu te fermes l'avenir du coup » (Maupassant, 1885), « Du coup, le cauchemar étant arrivé à son paroxysme, le pape se réveille » (Supplément au Grand Larousse du XIXe siècle, 1888), « Si cette hypothèse sur l'imagination des écrivains de théâtre se trouvait vérifiée, elle expliquerait du coup pourquoi le don naturel leur est nécessaire » (Paul Bourget, 1889), « La voilà encore sur pied, mais du coup bonne à rien » (Jules Renard, 1894), « Ah ! non, du coup ! » (Alfred Jarry, 1895), « C'est par elle qu'ainsi le sens de ma nature Au tien a répondu, Elle qui d'Apollon l'esprit plein d' imposture A du coup confondu » (Jean Moréas, 1900), « Du coup, l'Irlande, pour dédommager l'Angleterre, n'avait besoin de lui servir qu'une somme [de...] » (Jean Jaurès, 1901), « J'ai du coup expliqué son caractère aérien » (Paul Claudel, 1907), « Il soupira si tristement et si sincèrement que l'abominable pensée en fut chassée du coup » (Gaston Leroux, 1908), « Cette première reprise de contact l'avait, du coup, rejeté dans cette atmosphère d'impressions délétères » (Paul Bourget, 1917), « L'autre [dessein], du coup, lui semblait presque réalisé » (Martin du Gard, 1922), « Du coup, quelle tentation pour le malade de renoncer à ces deux résurrecteurs, l'eau et la chasteté » (Proust, 1923), « Il me parut du coup très vieux » (Gide, 1924), « Du coup, c'était pour un mois qu'il en fallait prendre » (Anatole France, 1924), « J'ai vu que je n'avais pas de sentiment pour toi. Et du coup je me rends compte que je ne peux avoir un sentiment pour personne » (Montherlant, 1924), « Et cela, du coup, il l'a montré » (Henri Barbusse, 1926), « Le petit curé dégrisé retrouve son chemin du coup » (Georges Bernanos, 1935), « Il passe du coup au même plan d'éclairage que le nom principal » (Georges Le Bidois, 1935), « Il pouvait se montrer généreux !... Du coup, il a réglé les verres » (Céline, 1936), « Et, du coup, voilà déliés, libérés, les esprits séminaux du cheval » (Jean Rostand, 1943), « Et voilà mes soldats empêtrés du coup les uns dans les autres » (Saint-Exupéry, 1944), « Si on se mettait à composer les journaux avec de seules véracités, ils tomberaient du coup au format de la feuille de papier à cigarettes » (Alphonse Allais, 1946), « On nous annonça qu'il ne s'était rien passé et que nos oreilles avaient mal entendu. Du coup, nous voici rassurés » (Albert Camus, 1948), « Je descendrais lentement [...] tel un parachutiste. Et, du coup, il vous serait difficile de bouder, de vous entêter et de ne pas lever la tête » (Cocteau, 1949), « La Turquie [...] ne risquait plus d'être investie et, du coup, allait s'affermir » (De Gaulle, 1954), « Du coup, j'ai compris que j'étais en France » (Simone de Beauvoir, 1963), « Du coup, la correspondance tarit entre le maître et le disciple » (André Thérive, 1963), « Les poètes ont tué le poème, et du coup se sont suicidés » (Étiemble, 1966), « Carcar jette un cri furieux, La Futaie se retourne du coup » (Maurice Genevoix, 1971), « Du coup, j'ai cru avoir fait un péché » (Marie Cardinal, 1975), « Du coup, on lui accorde une bourse » (Alain Decaux, 1980), « Certains [...] semblent s’être imaginés que l’on pouvait, du coup, mettre en veilleuse les études littéraires » (Jacqueline de Romilly, 1989), « Du coup, il en faisait des tonnes » (Claude Duneton, 1990), « Du coup, les rôles de cette cérémonie se trouvent inversés » (Bertrand Poirot-Delpech, 1991), « Du coup, le voilà intronisé » (Hélène Carrère d'Encausse, 1991), « Du coup, bien entendu, elle a connu des malheurs » (Jean d'Ormesson, 2007), « Du coup, se trouvait confirmée [telle thèse] » (Bernard Cerquiglini, 2007), « Alors, du coup, elle pouvait soutenir que la guerre, on n'en ferait qu'une bouchée » (Pierre Lemaître, 2013), « Du coup [...] le mot est employé sans article » (Alain Rey, 2013), « Tous les hommes ne sont pas pieux ni du coup enclins à la charité » (Marc Wilmet, 2015).

    (3) Ce que l'Académie laisse entendre fort maladroitement sur son site Internet : « La locution adverbiale du coup a d’abord été employée au sens propre : Un poing le frappa et il tomba assommé du coup. » Pour le coup, du coup, dans cet exemple, ne correspond justement pas à la locution adverbiale !

    (4) « Sur le heaume fiert le roy Du cop le mist en grand effroy » (Roman d'Athis et Prophilias, fin du XIIe siècle ?), « Le senglier estoit enversé du coup que le conte lui avoit donné » (Jean d'Arras, vers 1393).

    (5) « À l’origine, du coup est un relationnel anaphorique de temps, qui passe à la fonction consécutive à travers son aptitude à exprimer une relation causale » (Morten Nøjgaard, 1992), « Du coup semble avoir eu un sens temporel au commencement qui s’est transformé en un sens consécutif. Aujourd'hui, l'expression garde toujours des traces de la valeur temporelle bien que sa fonction principale soit d’exprimer la relation successive entre les phrases » (Katrine Malm, 2011).

    (6) Ci-après d'autres exemples.

    Sens temporels : (finalement, subitement ?) « Mais riens ne luy valut, car mourir luy convint du coup » (traduction anonyme des Métamorphoses d'Ovide, 1532), « La nature en décadence depuis longtemps menaçait ruine ; elle s'en fut du coup » (Balzac, 1832), « Le goût de vivre lui revenait [...]. Elle n'en voulait plus de mourir du coup, plus du tout » (Céline, 1932) ; (immédiatement, aussitôt [a], à l'instant même [b]) « Et tout ce que nous appelons l'ensemble, totalité, se trouve détruit du coup [mis pour at once] » (Charles Baudelaire traduisant Poe, 1864), « Quand la Chambre saura tout ce qui se passe là-dedans, le ministre sautera du coup » (Maupassant, 1881) ; (cette fois [c]) « Ce second échec électoral a [...] porté M. Charrier de la Roche, député, sur le siège constitutionnel de Rouen, et du coup je crois que le choix tiendra » (Baptême, ou Caractères et dénominations de la nouvelle Église, 1791), « Je risquerai le scandale d'un procès public pour être sûr que du coup je serai débarrassé de vous » (Alexandre Dumas, 1844) ; (alors, dans l'expression c'est du coup que) « S'il avait pu voir ce que j'avais dans le cœur, [...] c'est du coup qu'il aurait été mangé par la jalousie » (George Sand, 1849), « C'est du coup qu'on va être asphyxiés » (Roland Dorgelès, 1919).

    Sens consécutifs : (de ce fait, pour cette raison, avec référence à une cause qui précède dans le discours) « Des cris et des larmes éclatèrent. [...] Du coup, Maheu se réveilla » (Zola, 1885), « Sauf dans quelques mots spéciaux, r reparut donc. [...] Du coup, le pronom leu redevint leur » (Ferdinand Brunot, 1932), « Il gagnait généralement les consommations au bar, et du coup, la proximité gratis de belles filles » (Aragon, 1936), « Je ne pourrai jamais persuader les Autres de ma nécessité objective, et du coup elle n'aura jamais lieu » (Sartre, avant 1980) ; (par conséquent, sans valeur anaphorique) « Du coup, à cause de lui, nous avons changé d'avis » (Éric Neuhoff, 1984).

    (a) Goosse pense-t-il à ce aussitôt-là quand il cite dans Le Bon Usage les exemples suivants : « Elle aussi ! cria M. Seguin stupéfait, et du coup il laissa tomber son écuelle » (Alphonse Daudet, 1869), « Partout, il [= l'orgue] paraît au début du XVIIe siècle [...]. Du coup, la décadence du chant grégorien [...] se précipite » (Daniel-Rops, 1958), « Le spectacle ne laissait pas de doute, et Stendhal, dégrisé du coup, dit qu'il en éclata de rire » (Émile Henriot, 1959) ?

    (b) « Du coup se dit pour : à l'instant même » (Glossaire du centre de la France, 1855).

    (c) « Du coup, pour du coup, à ce coup, cette fois, pour cette fois » (Glossaire de la vallée d'Yères, 1877).

    (7) L'Australien James Grieve dresse un constat assez similaire : (je traduis) « Littéralement, du même coup est censé relier des évènements simultanés (le sens est proche de "ce faisant") et du coup des évènements consécutifs (le sens est proche de "de ce fait"). Dans la pratique, les deux locutions rattachent une cause à un effet et il peut être difficile de déterminer si les évènements reliés sont simultanés ou consécutifs » (Dictionary of Contemporary French Connectors, 1996).

    (8) Il ne vous aura pas échappé que Hanse évoque un « effet brusque », quand Goosse insiste sur « l'idée d'une cause agissant brusquement » (et déclenchant une conséquence inattendue ?). Quand je vous dis que les spécialistes habituels ne sont d'accord sur rien, dans cette affaire...

    (9) « Les facteurs qui exercent une influence sur les possibilités d’emploi de du coup ont trait au caractère non attendu de la proposition évoquée dans la conclusion » (Rossari et Jayez, 2001), « Le connecteur du coup a pour rôle de relier [deux] situations, et de mettre en relief le caractère inattendu du résultat produit » (Lysette Nanda, 2006). Oswald Ducrot, de son côté, parle de « conséquence étonnante et significative » (Les Mots du discours, 1980).

    (10) « On ne peut donc pas employer systématiquement du coup, ainsi qu'on l’entend souvent, en lieu et place de donc, de ce fait ou par conséquent. »

    (11) Du coup. Un connecteur situationnel (1998) et Du coup et les connecteurs de conséquence dans une perspective dynamique (2001).

     

    Remarque 1 : La romancière Claudine Chollet, dans un billet souvent cité sur la Toile, porte un bien mauvais coup à notre locution, qu'elle dénonce comme un « outil de manipulation intellectuelle », rien de moins : « L'expression du coup, utilisée à propos de faits ou d'idées souvent dérisoires, est un syllogisme qui se prévaut de l'accord implicite de l'interlocuteur. » C'est oublier un peu vite que la même critique peut s'appliquer à maints petits mots du discours : « Mais, décidément, eh bien !, d’ailleurs, menue monnaie du discours, et qu’on eût pensé indignes des numismates de la chaîne signifiante, recèlent soudain des contraintes d’emploi aussi étonnantes qu’immédiatement tangibles, révèlent des opérations complexes, et passablement retorses » (Bernard Cerquiglini, dans un article consacré au livre d'Oswald Ducrot, Les Mots du discours). Plus qu'une stratégie de persuasion d'autrui, l'emploi abusif de du coup révèle surtout, pour Michel Garçon, « un besoin du locuteur de se rassurer sur la logique de son raisonnement ».

    Remarque 2 : Voir également l'article Valoir le coup.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose (ou pour cette raison, de ce fait).

     

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