• La plupart des linguistes s'accordent à dire que problème est l'un des mots les plus galvaudés de notre langue.

    Du grec problema (« saillie, promontoire », puis ce qui est jeté en avant comme argument), problème est un nom masculin qui signifie « question complexe à résoudre par des procédés scientifiques » et, par extension, « tout ce qui est difficile à expliquer ou à résoudre ». On est loin des simples problèmes de santé ou de circulation, ou encore des y a pas de problème du langage courant... mais il faut croire que la caution scientifique de problème en fait un candidat plus sérieux et plus savant qu'un vulgaire ennui ou un léger souci.

    L'énoncé d'un problème mathématique. Poser, résoudre un problème.

    Le problème de l'origine de l'humanité (question difficile à résoudre, qui fait l'objet de diverses théories).

    Avoir des troubles psychologiques, des ennuis de santé (et non des problèmes psychologiques ou de santé, qui n'ont pas vocation à être résolus mais soignés).

    Dérivé de problème, problématique est d'abord un adjectif qui signifie « qui expose un problème », « qui a le caractère d'un problème » ou « dont on peut douter, dont l'issue ou la réalisation est incertaine, hasardeuse ».

    Un énoncé problématique. Une décision problématique (= difficile à comprendre).

    La réussite du projet, l'issue de la négociation est problématique (= incertaine).

    Ce n'est que depuis le milieu du XXe siècle que problématique est également employé comme substantif féminin pour signifier « art ou science de poser les problèmes » ainsi que « ensemble des questions, des enjeux soulevés par un sujet ou une situation donnés ». Il s'agit donc d'un terme didactique qui « s’applique à des recherches de caractère érudit ou scientifique appelant, sur un sujet donné, une mise en perspective théorique ». De grâce, limitons-nous à cette acception récemment enregistrée par l'Académie et évitons d'en faire ce détestable fourre-tout que certains croient utile d'employer à la place de problème, d'enjeu ou de question à propos de tout sujet de la vie courante nécessitant un tant soit peu de réflexion. Pour se donner des airs importants ?

    On dira donc de préférence :

    La question des retraites, du logement (et non La problématique des retraites, du logement) mais La problématique de notre sujet s'intéresse aux questions suivantes...

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    Remarque 1
    : On ne peut que déplorer la tendance actuelle à remplacer abusivement un mot simple par un pseudo-synonyme plus long donc plus sérieux : problématique au lieu de problème, thématique au lieu de thème, technologie au lieu de technique, méthodologie au lieu de méthode, etc. Descartes aurait-il eu l'air plus pénétré en rédigeant un Discours de la méthodologie ?...

    Remarque 2 : On notera l'accent aigu de problématique et l'accent grave de problème, selon la règle qui veut que, « quand dans les dérivés (problématique) l'accent devient aigu, le mot primitif (problème) prenne l'accent grave » (Littré).

    Remarque 3 : De même que l'on pose une question, on peut poser un problème... mais pas un souci, que l'on se gardera de faire fleurir sur les mêmes plates-bandes. En outre, on évitera les formulations sans article poser problème et faire problème, qui relèvent du registre familier et auxquelles on préférera poser, créer, constituer un problème.

    Cela ne pose pas de difficulté (ou de problème), ne fait aucune difficulté (et non Il n'y a pas de souci, souci signifiant « préoccupation, inquiétude » et non « difficulté, objection »).

    Problème / Problématique

    ... ou un léger souci ?

     


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  • Les dictionnaires usuels ne nous aident pas toujours. Voyez plutôt : « Avenir : Temps futur. Futur : Temps à venir » (Petit Larousse illustré 2005). Les deux termes seraient donc synonymes. Pourtant, si dans certains contextes ils peuvent effectivement être employés indifféremment, il n'est pas rare que futur soit abusivement utilisé à la place d'avenir. Regardons-y de plus près.

    Il existe tout d'abord une distinction de nature grammaticale : seul futur peut être employé comme adjectif, avec le sens de « relatif au temps à venir ».

    Les temps futurs. Les générations futures.

    C'est dans son emploi substantivé (considéré par certains puristes comme un anglicisme) que futur − qui s'écrit sans e final à la différence de l'anglais future − entre en concurrence avec avenir, au risque de le supplanter.

    Selon Littré, « le futur est ce qui sera ; l'avenir est ce qui adviendra ». Voilà qui précise le bon usage de ces deux noms : le futur (du latin futurus), par opposition au passé, évoque un horizon que nous ne connaîtrons pas mais qui sera sûrement, tandis que l'avenir (ellipse de la locution le temps à venir) désigne ce qui pourra bien être, le temps à venir dont nous disposons, riche de nos expériences et de nos espérances. Le futur est abstrait et objectif, relatif au temps qui doit être (dans sa dimension chronologique) hors de toute référence, quand l'avenir est concret et subjectif, relatif aux évènements qui pourront avoir lieu : on a tous un futur mais notre avenir reste à construire en ce sens que l'on peut avoir prise sur lui, en le façonnant ou en choisissant de le subir.

    Ainsi dira-t-on :

    Préparer son avenir, s'inquiéter de l'avenir de ses enfants (temps concret).

    Il est promis à un brillant avenir (idem).

    Une profonde restructuration est nécessaire pour assurer l'avenir de l'entreprise (et non pour assurer le futur de l'entreprise).

    L'avenir de l'Europe, du nucléaire en France, de la langue française (et non le futur).

    Cet homme politique n'a plus d'avenir (et non n'a plus de futur).

    Que nous réserve l'avenir ? (de préférence à Que nous réserve le futur ? puisqu'il s'agit d'une période de temps que nous sommes susceptibles de vivre).

    Se projeter dans l'avenir (idem) ou dans le futur (par opposition au passé).

    Les moyens de transport de l'avenir (que l'on est susceptible de connaître) ou Les moyens de transport du futur (horizon plus lointain).

    À l'avenir (= désormais, dorénavant), de préférence à dans le futur (calque de l'anglais in the future).

    Force est de constater que cette distinction est rarement respectée dans l'usage contemporain...

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    Remarque 1 : Futur désigne également le temps verbal du mode indicatif portant sur l'avenir (ainsi que la personne qu'on doit épouser, dans un registre familier et vieilli). On notera que certains puristes recommandent de limiter l'emploi substantivé de futur à cette seule acception grammaticale et chronologique, et de recourir au nom avenir dans tous les autres cas.

    Remarque 2 : L'Académie, qui condamne sur son site Internet le tour dans le futur employé au sens de « désormais, à l'avenir », fait preuve de maladresse en proposant un exemple ambigu à l'entrée « futur » de la dernière édition de son Dictionnaire : « Qu'en sera-t-il dans le futur ? » Voir également cet article.

    Remarque 3 : Louis Bourdaloue, cité par Lafaye dans son Dictionnaire des synonymes de la langue française (1858), donne une idée assez précise de la nuance entre futur et avenir : « C'est un instinct naturel à tous ceux qui souffrent de chercher dans l'avenir la consolation et le remède du présent. Nous nous faisons un charme de notre espérance ; quoique souvent il n'y ait rien dans le futur qui nous doive être favorable. L'incertitude même de l'avenir nous est utile. »

    Remarque 4 : Ce n'est pas parce qu'une prévision ne peut porter que sur le futur que l'on doit forcément ranger les expressions prévoir / prédire l'avenir parmi les pléonasmes fautifs. « Si un père de famille déclare qu'il contracte une assurance sur la vie "parce que, dit-il, on ne peut prévoir l'avenir", quel sens offrirait le verbe privé de son complément d'objet ? », s'interroge à juste titre Paul Dupré. Pour autant, les puristes pourront toujours remplacer cette expression par « prévoir ce qui arrivera ».

    Avenir / Futur

    (film de Robert Zemeckis)

     


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  • Étonnamment, l'étude des dictionnaires et des manuels de mathématiques ne permet pas de donner un sens précis et exclusif à ces trois termes, dont l'emploi reste donc délicat dans leur acception géométrique. Voici néanmoins quelques tendances qui semblent faire consensus.

    Surface (dérivé du latin superficies) désigne la partie extérieure d'un corps, d'un objet. Au figuré, surface désigne l'apparence que présentent les personnes ou les choses.

    La surface de la terre, des eaux, d'un meuble.

    Une surface plane, concave, convexe.

    Rester à la surface (ou à la superficie) des choses. Traiter un problème en surface (= de façon superficielle).

    • On se sert de superficie et d'aire dans le but d'évaluer, de mesurer.

    Superficie (du latin superficies, composé de super, en-dessus, et de facies, forme extérieure) désigne la surface d'un corps (concret et délimité), spécialement d'un terrain, considéré dans son étendue. La mesure ainsi effectuée s'exprime en mètres carrés (m²) ou dans l'un des ses multiples ou sous-multiples, comme les ares (a) ou les hectares (ha). Au figuré, superficie (qui a donné l'adjectif superficiel) revêt le même sens que surface pour désigner l'apparence que présentent les personnes ou les choses.

    La superficie de la terre, d'un champ.

    S'en tenir à la superficie d'une chose.

    Aire (emprunté du latin area, surface, emplacement) désigne, en géométrie, la mesure de la superficie d'une figure (abstraite). De façon plus large, aire se dit de toute surface plane nettement délimitée.

    L'aire d'un carré, d'un pont, d'une maison, d'atterrissage, de parking.

     

    Aire / Superficie / Surface
    (Éditions Hachette Pratique)

    Ne vaudrait-il pas mieux parler de petite superficie ?

     


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  • « Les mots courbatu et courbaturé sont corrects mais, bien que l’on emploie souvent l’un pour l’autre, ils ne sont pas tout à fait synonymes. » Ainsi l'Académie, sous la pression de l'usage, a-t-elle fini par reconnaître de guerre lasse le controversé courbaturé, après l'avoir superbement ignoré pendant plus d'un siècle.

    L'histoire commence au XIVe siècle. À cette époque, seul existe l'adjectif courbatu. Composé de court pris adverbialement et de battu (d'après l'étymologie donnée par Littré et reprise par l'Académie), il signifie proprement « battu à bras raccourcis » ou « bien battu » et se disait d'un cheval dont la respiration et les mouvements sont entravés. La langue littéraire lui a ensuite donné le sens de « qui éprouve une grande lassitude du corps et surtout des jambes ».

    Après cette longue marche, je me sens tout courbatu.

    Ce n’est qu’au XVIe siècle que le dérivé courbature fit son apparition, pour désigner les raideurs musculaires que peuvent provoquer la fatigue ou la maladie. À son tour, courbature donna logiquement naissance vers 1830 au verbe transitif courbaturer (« provoquer des courbatures ») et au participe passé courbaturé... au grand dam des académiciens et de Littré pour qui « ces allongements de mots ne sont pas toujours une richesse dans la langue ».

    Je suis tout courbaturé à force d'être resté longtemps penché.

    Rester longtemps penché courbature le corps.

    Si les deux mots sont aujourd'hui considérés comme interchangeables en dépit de leur subtile nuance, le vieux courbatu reste de meilleure langue en ce qu'il respecte l'étymologie donnée par Littré (court-battre et non court-batturer, qui ne veut rien dire). Mais force est de constater qu'il cède le pas devant son jeune concurrent courbaturé, d'autant que certains linguistes (dont Albert Dauzat), contestant l'analyse de Littré, légitiment ce dernier en le rattachant au latin curvatura puis au gascon curbaduro (sens de « courbure »).

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    Remarque 1 : On notera que chacun de ces mots s'écrit traditionnellement avec un seul t (graphie classique), avec deux t (courbattu et courbatturé) selon les Rectifications orthographiques de 1990.

    Remarque 2 : Courbatu ne correspondant à aucune forme verbale (l'ancien verbe courbattre, attesté par Littré, n'est plus d'usage depuis longtemps), il ne peut être employé comme participe passé du verbe courbaturer. On dira donc : La balade à cheval m’a courbaturé (et non m'a courbatu).

     

    Courbatu / Courbaturé

     


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  • Malgré la tendance actuelle à confondre la chose et la théorie afférente, la façon de procéder et le mode opératoire, on se gardera de faire de technique et de technologie des synonymes.

    Rappelons que le suffixe -logie est emprunté du grec logôs, qui signifie « discours, traité ». Il s'applique notamment aux sciences et aux études méthodiques (biologie, stomatologie, philologie, sociologie).

    Technologie désigne donc la théorie générale des techniques ou l'ensemble des savoirs, des pratiques et des termes propres à un domaine technique en particulier... non la technique elle-même, c'est-à-dire l'ensemble des procédés liés à un art, un métier, une recherche ! On veillera donc à ne pas confondre (sous l'influence de l'anglo-américain ?) la technique, qui codifie les pratiques des métiers, avec la technologie qui est une « théorisation » des techniques.

    AstucePour simplifier, on retiendra que la technologie est l'étude critique, la description des techniques (= des procédés) ; la technologie est donc théorique quand la technique se veut pratique.

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    Remarque 1 : Plutôt que de parler d'un produit high tech, on ferait mieux de le qualifier de haute technicité, comme relevant d'une technique de pointe. Quant à l'expression abusive « nouvelles technologies », on la remplacera avantageusement par « (équipements) techniques modernes » ou, dans son acception informatique, par « techniques de l'information et de la communication » – l'emploi de technologie s'accommodant mal du pluriel, par définition.

    Remarque 2 : De même, le terme méthodologie (étude des méthodes de recherche et d'analyse propre à une science, à une discipline) est abusivement employé comme synonyme de méthode. Nul besoin à Descartes de se donner des airs faussement savants avec un Discours de la méthodologie !
    On peut encore évoquer le mot pathologie (tiré du grec pathos, affection, maladie), qui désigne la branche de la médecine traitant des causes et des symptômes des maladies dans leur ensemble, et qui est le plus souvent utilisé abusivement pour désigner, par métonymie, la maladie elle-même, ou ses manifestations.

    Technique / Technologie

    On relèvera l'effort louable des ingénieurs
    de l'ENSTA dans la signification de leur sigle : Ecole nationale supérieure de techniques avancées.

     


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