• Sans doute vous est-il déjà arrivé, à proximité d'un carrefour, d'hésiter entre une rue piétonne... et une rue piétonnière. Ce n'est pas surprenant : les deux mots sont synonymes !

    Rappelons pour commencer que piéton est d'abord un nom : il désignait autrefois le fantassin du Moyen Âge ; aujourd'hui, la personne qui va à pied. Dans cette dernière acception, le mot ne s'emploie que très rarement au féminin ; on dira donc un piéton, sans plus se soucier du sexe de ses pieds...

    C'est sans doute en raison de cette particularité que piéton, employé adjectivement au sens de « destiné ou réservé aux personnes à pied » (en parlant d'une rue, d'une voie d'accès, d'un espace, etc.), s'est vu concurrencer par son dérivé piétonnier, venu donner un joyeux coup de pied dans la fourmilière un jour de 1967.

    À notre époque, où l'usage a fini par imposer le féminin piétonne pour l'adjectif (mais toujours pas pour le substantif), la langue française se retrouve bien embarrassée, avec deux formes pour désigner la même chose (il est vrai que ce n'est pas la première fois...). À tel point que l'Académie s'est sentie obligée de donner sa préférence à la première, de facture plus légère et de formation plus ancienne.

    Une rue piétonne (de préférence à piétonnière), des sentiers piétons (ou pour piétons).

    Piéton / PIétonnier


    Remarque 1
    : En Belgique, piétonnier s'utilise également comme nom masculin (un piétonnier = une rue, une zone piétonne).

    Remarque 2 : On notera que l'adjectif pédestre n'est pas synonyme de piéton (ni donc de piétonnier) : il signifie « qui se fait à pied, par la marche à pied » (une randonnée pédestre).

    Piéton / Piétonnier

    Cheminements piétons
    serait de meilleure langue...
    (Editeur : Conseil d'architecture d'Urbanisme et d'Environnement des Hautes-alpes)

     


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  • Voici ce que l'on pouvait lire sur l'ancien (?) site d'un conseiller municipal de Quimper :

    « La presse ironise ce matin (Le Télégramme) sur la "rocambolesque" investiture UMP. Ubuesque, c’est le terme que j’emploie pour imager cette période où beaucoup d’énergie a été dépensée. » (Billet daté du 30 novembre 2007.)

    Il ne faudrait pas croire, pour autant, que ces deux adjectifs sont synonymes.

    Le premier fait référence au personnage principal des romans-feuilletons de Ponson du Terrail (romancier français du XIXe siècle) : Rocambole, héros d'aventures extraordinaires et souvent invraisemblables. Aussi qualifie-t-on de rocambolesque une œuvre de fiction (et, par métonymie, un personnage de fiction) remplie de péripéties invraisemblables, extraordinaires.

    Une aventure, un film, une histoire, un personnage rocambolesque.

    Le second ressortit au théâtre. Ubu roi est une comédie d'Alfred Jarry (1896) mettant en scène le « père Ubu », « caricature bouffonne de la stupidité bourgeoise et de la sauvagerie humaine, (qui) accède à un pouvoir absolu et libère ses pires instincts » (Petit Larousse). Aussi est-on fondé à qualifier d'ubuesque une situation ou un personnage d'un comique absurde, grotesque et démesuré.

    L'ampleur paradoxale du cynisme ubuesque (Francis Jourdain).

    On perçoit d'emblée la différence entre ces deux adjectifs : ubuesque, qui a à voir avec grotesque et absurde, possède une valeur péjorative, absente de rocambolesque, qui lorgne du côté d'extravagant.

    Monsieur le conseiller municipal aurait donc été bien inspiré de s'en tenir au choix... télégrammesque.

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : Remis au goût du jour en 2000 par un certain président qui fleure bon la pomme, l'adjectif abracadabrantesque (néologisme forgé à l'origine par Arthur Rimbaud) vient concurrencer rocambolesque sur le terrain de l'invraisemblance, mais avec cette touche de magie propre à tout univers abracadabrant.

    Remarque 2 : Le suffixe -esque, qui – on l'a vu – prend parfois une valeur péjorative ou comique, indique le plus souvent la manière, la ressemblance, l'origine. Nombreux sont les personnages (fictifs ou réels) à avoir légué leur trait de caractère (propre) à un nom (commun), pas toujours répertorié dans les dictionnaires : Don Juan (donjuanesque = séducteur, libertin), Gargantua et Pantagruel (gargantuesque et  pantagruélique = gigantesque, démesuré, abondant), Dante (dantesque = terrifiant, grandiose), Joseph Prudhomme (prudhommesque = qui prend un air important pour se répandre en platitudes et en banalités), Franz Kafka (kafkaïen = qui évoque l'égarement de l'individu pris dans l'absurdité d'une machine administrative), etc.

     Rocambolesque / UbuesqueRocambolesque / Ubuesque

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • J'entends parler ce midi, au journal télévisé, d'un appartement dévasté par un incendie. À moins de sombrer dans l'exagération apocalyptique, il me semble que ravagé eût été plus approprié.

    En effet, le verbe transitif dévaster, emprunté du latin devastare (détruire, ravager en faisant le vide), se dit surtout, au sens propre, d'un pays, d'un lieu de vaste étendue ravagé par la guerre ou par quelque autre fléau. Dans cet emploi, il est synonyme de ravager.

    Les barbares dévastèrent le pays (ou ravagèrent le pays).

    Des nuées de sauterelles ont dévasté le Sahel (ou ont ravagé le Sahel).

    Les campagnes ont été dévastées par un ouragan (ou ont été ravagées).

    Une épidémie a dévasté la région (ou a ravagé la région).

    Pour tous les dégâts de moindre ampleur, le recours au verbe ravager (= causer des destructions, des dommages par l'effet d'une action violente et rapide) est préférable.

    La grêle a ravagé ce vignoble (et non a dévasté ce vignoble) mais Un séisme a ravagé (ou a dévasté) cette région.

    Séparateur de texte


    Remarque
    : Au sens figuré, dévaster est synonyme de ravager et signifie « altérer profondément » : Le chagrin avait dévasté son visage (Dictionnaire de l'Académie). L'amour passionné dévaste les âmes où il règne (Chateaubriand).

    Dévaster

    La forêt amazonienne, dévastée par la cupidité des hommes.
    (source static.guim.co.uk)

     


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  • On doit à la Grèce deux adjectifs emblématiques d'une certaine idée de la rigueur, qui semble lui faire si cruellement défaut aujourd'hui : draconien et drastique.

    Le premier est dérivé de Dracon, législateur athénien (VIIe siècle av. J.-C.) auteur d'un code pénal resté célèbre pour la sévérité de ses sanctions (Dracon préconisait tout de même la peine de mort pour presque tous les délits, fussent-ils mineurs) ; aussi emploie-t-on l'adjectif draconien pour qualifier une loi, une décision, une attitude d'une sévérité extrême.

    Le second, aux sonorités plus dures, est à l'origine un terme de médecine emprunté du grec drastikos (« qui opère, actif, efficace, énergique »), qui se dit d'un remède très énergique et, plus particulièrement, d'un laxatif brutal. Sous l'influence de l'anglais drastic, il est désormais appliqué au figuré à tout remède qui agit « aussi efficacement » qu'un laxatif, qui exerce une action radicale et produit donc beaucoup d'effet, d'où le sens de « très rigoureux, très contraignant » (en vertu du principe selon lequel ce qui est vécu sous la contrainte fait généralement ch...) ; dans cet emploi, « qui n'est pas à encourager » selon Littré mais qui est désormais admis par l'Académie, il concurrence draconien (pour ne pas dire qu'il l'évacue) en parlant d'une situation, d'une disposition.

    Sans doute est-on fondé à se demander en quoi une disposition énergique serait forcément rigoureuse... Voilà pourquoi il me semble souhaitable de réserver à draconien l'idée de sévérité extrême et à drastique celle d'efficacité énergique. Pour tous les autres sens afférents, on préférera les adjectifs radical, rigoureux, contraignant, dirimant, strict, implacable, inflexible, impitoyable, etc.

    Un purgatif drastique. La direction engage une purge drastique de ses effectifs.

    Prendre des mesures draconiennes (de préférence à drastiques) pour réduire les déficits.

    Une réforme radicale.

    Séparateur de texte


    Remarque 1
    : L'Académie rappelle que draconien « ne se dit pas des personnes, mais seulement de leur attitude ou de leurs décisions ».

    Remarque 2 : Emprunté du grec drakôn, le mot dragon ne partage pas la même étymologie que l'adjectif draconien.

    Subtilités

    Pour mincir, on peut faire un régime draconien (= très strict) dont on espère qu'il sera drastique (= très efficace).

    Draconien / Drastique
    Buste de Dracon

     


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  • Est-ce pour rendre la hausse plus supportable que les journalistes, dans un touchant unisson qui confine au lyrisme, croient préférable de parler de l'envolée des cours du pétrole plutôt que de son envol ?

    Sans doute risquent-ils d'être dénoncés en vol par les beaux esprits épris de Bossuet, soucieux de réserver le substantif féminin aux élans poétiques ou oratoires de la pensée.

    Plus conciliants semblent les ornithologues (ou ornithologistes) qui, pour désigner l'action de s'envoler, n'opèrent de distinction qu'en fonction du nombre d'oiseaux : l'envol d'un moineau mais une envolée de moineaux. Par analogie, on parlera de l'envol d'un avion mais d'une envolée d'étincelles.

    Pour le reste, et notamment le figuré, on notera au vol que l'Académie n'accorde qu'à envol le sens de « action de prendre son essor, de s'élever rapidement ».

    Aussi sera-t-on fondé à dire :

    Une envolée de perdreaux. Une envolée lyrique.

    L'envol d'un oiseau, d'une fusée, de l'imagination.

    L'envol des prix (du pétrole), de la Bourse.

    Séparateur de texte


    Remarque 1 : Bien qu'antérieur à envol, le substantif envolement (qui désigne « le fait de s'élever en l'air, d'être soulevé par le vent ») est qualifié de rare par l'Académie : L'envolement des feuilles mortes.

    Remarque 2 : Le verbe (s')envoler est toujours à la forme pronominale, sauf avec un auxiliaire (voir, faire), auquel cas il peut s'employer sans pronom réfléchi : Le bruit a fait s'envoler (ou envoler) les oiseaux.

    Envol / Envolée

    (Film de Carroll Ballard)

     


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