• Sans que rien (ne)

    Sans que rien (ne)

    « Très vite, elle tombe amoureuse de lui. Sa vie va en être véritablement chamboulée, sans que rien ne semble pourtant se passer entre eux... » (à propos du livre Demain j'arrête ! de Gilles Legardini).
    (paru sur 20minutes.fr, le 27 avril 2013)

     


     
    FlècheCe que j'en pense


    Si tous les spécialistes s'accordent sur le fait que la locution conjonctive sans que contient déjà une négation, là s'arrête le consensus.

    Pour Thomas, « la particule ne, qui est inutile (sans ayant par lui-même une valeur négative), est toutefois facultative ». Une façon comme une autre de sous-entendre que ledit ne est explétif.

    Girodet, connu pour appeler un chat un chat (même quand celui-ci est coiffé d'un drôle de bonnet), est moins libéral : « Après sans que, on évitera d'employer le ne explétif. » Même condamnation chez Littré : « Sans que, suivi du subjonctif, ne prend ne, ni quand la phrase principale est affirmative, ni quand elle est négative. La négation n'est pas même admise après sans que suivi de ni, aucun, personne, rien, jamais. » Rappelons à toutes fins utiles que, dans cet emploi, rien a en effet une valeur positive : en l'espèce, le sens de notre exemple est « sans que quelque chose semble se passer entre eux ».

    Hanse, comme souvent, adopte une position intermédiaire : « Je me garderai bien de parler de faute, mais je déconseille ce ne. »

    Si la langue classique a presque toujours employé sans que... sans ne, force est de constater que nombreux sont les auteurs « modernes » à avoir péché par excès de négation – « Sans que Dieu n'ait rien vu, rien dit » (Musset), « Une seule minute peut-être ne se passa pas sans qu'il ne se répétât » (Stendhal) –, voire d'indécision – « Sans que des parents chiaillent et sans que la police ne s'en mêle » (Huysmans).

    De son côté, l'Académie, après avoir longtemps critiqué ce ne pléonastique, ajoute désormais une subtilité à cette affaire sans que... ni tête : « Cette locution conjonctive n’appelle pas l’emploi de la négation. Sans que personne s’y oppose, sans qu’on en ait rien su. Mais, dans les propositions introduites par sans que, lorsqu’elles s’insèrent dans un contexte négatif, on peut utiliser le ne dit explétif, que n’exige pas la correction grammaticale, mais qui est recommandé dans la langue soutenue. » La présence de la particule ne ne se justifierait donc, après sans que, que dans un tour soigné... et négatif. On sourit en songeant à la mise en garde de Littré signalée supra ou à celle du linguiste René Lagane (Après « sans que, on évite ne dans l’usage surveillé »).

    Ainsi, poursuit l'Académie, « Il vient sans qu’on l’en ait prié, Il ne vient jamais sans qu’on l’en ait prié ou sans qu’on ne l’en ait prié sont toutes des phrases correctes. Seule la phrase Il vient sans qu’on ne l’en ait prié serait fautive ». Pour que chacun comprenne bien, la dernière formulation n'est considérée comme fautive que parce que la principale est affirmative : Il vient ne comportant pas davantage de négation que Sa vie va en être chamboulée, ne n'est pas de mise, ni dans l'exemple de l'Académie ni dans celui de notre journaliste.

    L'emploi de ne après sans que ? Vous, je ne sais pas, mais moi, promis : demain, j'arrête !


    Remarque : On notera que sans que se construit logiquement avec le subjonctif, mode du virtuel (le fait exprimé dans la subordonnée étant écarté).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Sa vie va en être véritablement chamboulée, sans que rien semble pourtant se passer entre eux.

     

    « Liaisons dangereusesMysogyne »

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