• Relents d'archaïsme ?

    Relents

    « Soutien total a Frederic haziza dont les attaques ont des relans abjects d avant guerre » (à propos du journaliste de LCP contre lequel circule une pétition lancée par l'extrême droite).

    (Aurélie Filippetti, photo ci-contre, sur Twitter, le 4 août 2013) 



    (photo Wikipédia sous licence GFDL par France64160)


    FlècheCe que j'en pense

     
    Le réseau social Twitter aurait existé au XIIIe siècle, la faute serait passée inaperçue : le Dictionnaire historique ne nous apprend-il pas que le substantif relent s'est d'abord écrit relans – à l'instar de l'ancien adjectif (aujourd'hui disparu) dont il est la forme substantivée –, avant de prospérer sous diverses variantes orthographiques (reland, relant, relens...) ?

    « Ains que [avant que] nappes soient lavées,
    Put en ta chambre li relans,
    Tes linges sont ors et puans » (E. Desch. cité par Littré).

    « Il rampe contre terre, et pource n'habite volontiers que dans les trous, les cavernes, les lieux sombres, obscurs, relans » (1619).

    Las ! nous sommes au XXIe siècle, relent est formé de re- intensif et de lent au sens ancien de « visqueux, humide, moite » (toujours selon le Dictionnaire historique) et notre ministre de la Culture, agrégée de lettres classiques qui plus est, n'a guère d'excuses pour malmener à ce point notre langue. Qu'on en juge : accentuation inexistante (a au lieu de à, Frederic au lieu de Frédéric, d au lieu de d'), fautes de typographie (oubli du trait d'union à avant-guerre et de la majuscule au nom de famille) et, surtout, ce détestable raccourci syntaxique (dont les attaques) qui donne à penser que le journaliste est l'auteur desdites attaques nauséabondes alors qu'il est censé en être la victime. Gageons que l'intéressé se serait passé d'un soutien aussi vermoulu.

    Tout cela fleure le relâchement culturel estival en moins de cent quarante caractères...


    Remarque 1 : L'honnêteté m'oblige à préciser que la ministre a, depuis, corrigé son gazouillis-cafouillis, imputant les couacs susdits à des collaborateurs peu au fait des subtilités de la langue : « Merci à tous les amoureux de la Langue Française de leur vigilance vis-à-vis de mes collaborateurs » (on appréciera au passage les nouvelles coquilles typographiques et l'esprit d'équipe). On flaire la pirouette de dernière minute, mais le mal est fait... et la Toile se gausse en se pinçant le nez.

    Remarque 2 : Les journalistes amoureux de la langue française qui se sont fendus d'un article sur le sujet gagneraient en crédibilité en alignant à leur tour une prose impeccable. Force est de constater que ce n'est pas toujours le cas : « Quand à la ministre de la Culture, elle s'est dédouanée de ses négligences, imputant hier la faute à son assistant en communication » (gala.fr), « Aurélie Filippetti soutien le journaliste Frédéric Haziza » (meltybuzz.fr), « Construit ainsi, on comprend que c'est Frédéric Haziza qui est coupable d'attaques. Hors c'est le journaliste qui fait l'objet d'une pétition relayée sur Twitter » (closermag.fr), « Résultat : son tweet avait été effacé et réécrit, mais... la deuxième version était encore mauvaise. La troisième fût finalement la bonne » (rtl.fr), « Au lieu de cela, l’écran de fumée de la dénonciation et de la discrimination a été déployé à grand renforts de moyens et d’argent du contribuable » (agoravox.fr), « L'opposition qui n'a pas manqué d'établir des parallèles avec le chef de l'Etat, François Hollande, supposé se défausser sur les autre » (bfmtv.com). Décidément, le français n'est plus en odeur de sainteté nulle part...

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Soutien total à Frédéric Haziza, victime d'attaques aux relents abjects d'avant-guerre.

     

    « Le fond de l'affaireTout est per... miss ! »

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  • Commentaires

    1
    Boshimans
    Vendredi 9 Août 2013 à 01:42

    Pouvez-vous m'éclairer, je vous prie ? Il me semble que l’expression utilisée par Mme le ministre, « pour leur vigilance vis-à-vis de », est impropre : « vigilance » est d’un emploi qui est en quelque sorte « absolu » : on « relâche sa vigilance », on en « manque », on en « redouble » ; ou bien « on trompe, on endort la vigilance de quelqu’un ». Mais il me semble que l'on ne remercie pas un tel pour sa vigilance vis-à-vis de tel autre. Je ne dis pas que c'est une faute de français, mais c'est une tournure spécialement mal fichue. Est-ce que j'ai raison ? (L'ironie veut que l'expression aurait été meilleure si Mme le ministre n’avait pas cherché à accuser « ses collaborateurs » : « Merci à tous les amoureux de la Langue Française pour leur vigilance » était parfait.)

     

    2
    Marc81 Profil de Marc81
    Vendredi 9 Août 2013 à 09:53

    Rares sont en effet les dictionnaires usuels à préciser les prépositions avec lesquelles le substantif vigilance peut se construire. Littré cite toutefois : "Redoublez votre vigilance à l'égard de la fille qui ne détourne point la vue des hommes." On trouve également chez de bons auteurs le tour vigilance contre : "la vigilance contre la mort" (Bourdaloue), "une extrême vigilance contre le Prince qui les attaquait" (Bossuet), "une égale vigilance contre ces ennemis communs" (Bayle), etc.

    3
    Boshimans
    Vendredi 9 Août 2013 à 16:45

    Je vous remercie de votre réponse. - Je vois mal Mme Filippetti écrire : « Merci à tous les amoureux de la Langue Française de leur vigilance contre mes collaborateurs ». (Non, décidément, je ne m'y fais pas. J'aimerais mieux : « ... de la vigilance qu'ils exercent contre mes collaborateurs ».)

    4
    Marc81 Profil de Marc81
    Vendredi 9 Août 2013 à 17:58

    Montaigne, quant à lui, écrivait : "[L'amour] me redonnerait la vigilance envers moi-même." Plus près de nous : "Une inquiétude constante l'incitait à redoubler de vigilance envers son second fils" (Henri Troyat).

    5
    Humourdemavie
    Dimanche 8 Décembre 2013 à 10:40

    Bonjour, en réaction au twitt incriminé, j’ai repéré sur ce site quelques "coquilles" : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/917273-aurelie-filippetti-un-tweet-6-fautes-de-francais-ce-ridicule-qui-tue-les-ministres-ps.htmlA savoir : “Soient cinq fautes d'orthographe en 140 signes.”, une minuscule à “internet” et à la fin “tout le monde en parait conscient” sans accent circonflexe sur le i.

     

    Etes-vous d’accord avec moi ? Bien cordialement

    6
    Dimanche 8 Décembre 2013 à 15:26

    En automne, les coquilles se ramassent à la pelle... Sachez toutefois que la graphie (il) parait sans accent circonflexe est admise depuis la réforme orthographique de 1990.

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