• Quésaco ?

    Quésaco ?


    « Je suis le plus terrible des orages, la nature qui pleure des larmes de rage sur les terres indomptées du Gévaudan. »

    (publicité pour la marque Quézac, septembre 2013) 
     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Plus que d'eau, c'est d'encre que nous allons parler dans ce billet : cette encre que la prononciation du verbe dompter et de ses dérivés a fait couler à flots au cours des siècles.

    La nouvelle publicité pour l'eau de Quézac fait en effet entendre le p d'indomptées, que les spécialistes préfèrent aujourd'hui considérer comme muet : « Dans ce mot [dompter] et dans ses dérivés (dompteur, domptable, indomptable), le p ne doit pas se prononcer » (Thomas). « Le p intérieur ne doit pas se prononcer » (Girodet). « Ne pas prononcer le p » (Hanse). L'eau de source ne pourrait être plus claire.

    Force est pourtant de reconnaître qu'il n'en fut pas toujours ainsi : « On prononce le p dans la prononciation soutenue. Il faut donc l'écrire. Plusieurs écrivent domter (...) On y a suivi, dans l'orthographe, la prononciation du discours familier », note Féraud dans son Dictionnaire critique de la langue française (1787). La prononciation donté serait donc familière et aurait favorisé les graphies domter, donter... pourtant privilégiées par les classiques : Cœur impossible à donter. La furie qui me domte (Du Bellay). Ma chair dure à donter (Ronsard). Domter la tyrannie (Corneille). Tromper mes ennemis au lieu de les domter (Racine) ! L'Académie elle-même semble naviguer entre deux eaux : la graphie domter, seule enregistrée dans les premières éditions de son Dictionnaire, se laisse voler la vedette dans l'édition de 1740 par dompter suivi de la mention « On ne fait pas sentir le P », laquelle devient « Le P se fait sentir dans la prononciation soutenue » dans l'édition de 1762 ; ultime volte-face dans celle de 1798 : « On ne fait plus sentir le P dans la prononciation. Plusieurs même écrivent aujourd'hui Domtable. » Quand elle serait dom(p)tée, une lionne n'y retrouverait pas davantage ses petits...

    Remontons à la source du sujet pour tenter d'y voir clair : notre verbe, emprunté du latin domitare (« soumettre »), s'est d'abord écrit donter (ou danter, à une époque où la substitution de l'a à l'o était fréquente). Au XIVe siècle apparaissent les formes savantes dompter, dampter, par analogie avec compter (dont le p est hérité du latin computare), ou pour éviter à l'écrit toute confusion avec douter, ou (selon Littré) sous l'influence « d'une vicieuse tendance qu'avait le moyen âge à mettre un p après une m ou une n ; d'où temptation, qui est resté en anglais ». Quelle qu'en soit l'origine, ce p – non justifié par l'étymologie – a fini par s'imposer également à l'oral, tant il paraît naturel de vouloir faire coïncider orthographe et prononciation. Convenons toutefois que la suite pt exige à l'oral un effort particulier, auquel compter – par quel caprice du sort ? – a su échapper.

    De nos jours, les spécialistes ont beau jouer du fouet, leur condamnation de la prononciation don-pté semble avoir l'effet d'un coup de p dans l'eau : Thomas ne concède-t-il pas que « la tendance (...) est à la prononciation de cette lettre, pourtant inutile » ? Sans parler de Robert qui enregistre désormais les deux prononciations, au grand dam des tenants du bon usage pour qui faire sonner ledit p constitue une faute de la plus belle eau (gazeuse).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Les terres indomptées (prononcer in-don-té, de préférence à in-don-pté) du Gévaudan.

     

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