• Prendre à témoin(s)

    Prendre à témoin(s)

    « Cet homme émacié, encadré de deux policiers sur le siège arrière du véhicule, avait brandi ses menottes en direction des journalistes comme pour les prendre à témoins » (à propos du beau-père de Fiona, fillette « disparue » en mai, à Clermont-Ferrand).

    (dépêche AFP parue sur liberation.fr, le 25 septembre 2013) 
      

    FlècheCe que j'en pense

     
    Dieu m'est témoin que ce pluriel mériterait d'être menotté sur-le-champ ! Je n'en veux pour preuve que la mise en garde que l'Académie a publiée dans la dernière édition de son Dictionnaire : « Prendre quelqu'un à témoin, Invoquer son témoignage, le sommer de déclarer ce qu'il sait. À témoin, dans cette phrase, étant pris adverbialement, on dit de même, lorsqu'il est question de plusieurs personnes : Je les ai pris tous à témoin; je vous prends tous à témoin. »

    La confusion provient de ce que le mot témoin a cumulé, selon le Dictionnaire historique de la langue française, les sens du latin testimonium (« preuve, témoignage ») et de testis (« celui qui se tient en tiers », d'où « témoin »). Dans les expressions figées prendre à témoin, appeler à témoin, c'est dans son ancienne acception de « témoignage » que doit s'entendre témoin, qui reste donc invariable : Il a pris ses amis à témoin (à l'instar de Il a pris ses amis à partie). La police a lancé un appel à témoin (entendez : un appel à témoignage). Quand l'infinitif serait sous-entendu, l'invariabilité n'en serait pas moins de rigueur (1) : Témoin ces îles qui ont été peuplées par des malades que quelques vaisseaux y avaient abandonnés (Montesquieu). Il a travaillé avec négligence, témoin les erreurs qu'il a faites (Hanse).

    En revanche, témoin s'accorde logiquement avec le nom dont il est attribut dans la locution prendre pour témoin, puisqu'il est ici question de choisir une (ou plusieurs) personne qui pourra rapporter une chose vue ou entendue : Il l'a prise pour témoin à son mariage.(2) Je vous prends tous pour témoins de mes actions. Pour s'en convaincre, il suffit de recourir à l'adjectif possessif : Je vous prends tous pour (mes) témoins, formulation qui serait impossible avec Je vous prends tous à témoin.

    À  la décharge de notre journaliste, avouons que ces subtilités ne sont plus guère perçues par nos contemporains. Jugez-en plutôt : « appel à témoins après le meurtre de l'étudiant » (Le Parisien), « pour nous prendre à témoins mais jamais en otage » (France Inter), « l'Europe et le marché pris à témoins » (Les Échos), etc. Il n'empêche : on peut prendre à témoin les grands de ce monde, Dieu Lui-même ; mais, comme le note avec malice Napoléon Landais, on ne les prendra jamais pour témoins.
     

    (1) L'honnêteté m'oblige à préciser que l'accord, bien que critiqué dans ce cas par les spécialistes, se rencontre toutefois sous la plume de ceux qui considèrent le vocable, non plus comme ellipse de pris à témoin, mais comme attribut : Je joins l'hérésie au philosophisme, témoins ces mots: Je suis chrétien (Chateaubriand).

    (2) Témoin reste du genre masculin, même pour désigner une femme : elle était le seul témoin à notre mariage (et non la seule témoin, témointe, témouine, témoigne). Employé en fonction d'épithète, il s'accorde en nombre avec le nom auquel il se rapporte : des appartements témoins.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Comme pour prendre les journalistes à témoin.

     

    « Jusqu'au boutAccro(c) »

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