• Portrait en pied... marin

     « [Arnaud Montebourg, photo ci-contre] souligne leurs divergences et livre une piètre appréciation de François Hollande, dans le portrait au long court dressé par l'émission "Envoyé spécial" diffusé jeudi 28 août sur France 2. »
    (paru sur nouvelobs.com, le 29 août 2014)

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Lysandre78)

      

    FlècheCe que j'en pense

    La bourde, aux allures d'oxymore (1), est plutôt savoureuse. Car enfin, convenons que l'amarrage contre nature au long court n'est pas sans évoquer l'« obscure clarté » de Corneille, le « soleil noir » de Nerval ou les « splendeurs invisibles » de Rimbaud. Il n'empêche : notre journaliste s'est visiblement emmêlé les cordages entre l'adjectif court (« de peu de longueur ») et son homophone, le nom masculin cours (emprunté du latin cursus, « action de courir »), ici pris au sens de « déplacement, mouvement dans l'espace » (le cours d'une rivière, d'une planète).

    Au long cours est une expression qui nous vient tout droit de la marine. On l'employait à propos des voyages en mer qui s'effectuaient au-delà des limites assignées au cabotage, « navigation près des côtes » (2) : des voyages au long cours (on a dit autrefois de long cours et par long cours), un capitaine au long cours (officier de marine habilité à naviguer sur toutes les mers et, en particulier, à commander les navires qui font le long cours).

    C'est, me semble-t-il, à bon droit que Benjamin Legoarant, dans son Nouveau dictionnaire critique de la langue française (1858), attire notre attention sur le fait que ladite locution ne préjuge en rien de la durée du voyage en mer : « On est généralement plus longtemps à se rendre de Dunkerque à Cette [Sète] que de Nantes à Terre-neuve, et quelle que soit la durée du voyage, le premier est nommé Cabotage ou Grand cabotage, et l'autre Long cours. » Mais grande est évidemment la tentation de passer de l'idée de longue distance à celle de longue durée − ainsi que l'autorise, du reste, la valeur temporelle du mot cours : « Sa maladie aura long cours » (Dictionnaire de Nicot, 1606) ; le cours de la vie, au cours de la nuit. Aussi l'expression au long cours est-elle de plus en plus souvent utilisée hors du domaine de la navigation, à propos de tout ce qui dure longtemps ou qui suppose un long cheminement : « les événements au long cours comme le conflit israélo-palestinien » (Libération) ; « Fruit d'une enquête au long cours menée dans plusieurs pays (Les Inrocks) ; « le deuxième volet de ce projet au long cours » (Le Monde) ; « Un travail au long cours » (Le Point) ; « Maladie de Parkinson : le traitement au long cours » (Le Figaro) − sans parler de ce « reportage au long cours de plusieurs mois » (Le Nouvel Observateur) qui verse dans le pléonasme.

    L'emploi figuré de notre expression n'en demeure pas moins ignoré − pour le moment − des dictionnaires usuels comme des ouvrages de référence. Inutile donc de vous faire un long (dis)cours.

    (1) L'oxymore, est-il besoin de le rappeler, est cette figure de rhétorique « par laquelle on allie de façon inattendue deux termes qui s'excluent ordinairement » (Dictionnaire de l'Académie).

    (2) Selon les termes de la loi du 14 juin 1854, sont réputés voyages au long cours ceux qui se font au-delà des limites suivantes : « Au sud, le 30e degré de latitude nord ; au nord, le 72e degré de latitude nord ; à l'ouest, le 15e degré de longitude du méridien de Paris ; à l'est, le 44e degré de longitude du méridien de Paris. »

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Dans le doute, et pour éviter toute ambiguïté, mieux vaut encore recourir à des équivalents (selon le contexte : lointain, de longue distance, long, de longue haleine, etc.).

     

    « C'est grave, docteur ?Œil pour œil, dent pour dents »

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :