• Altération, d'après agonie, de l'ancien verbe ahonir (« faire honte, déshonorer, insulter »), agonir est un verbe transitif du deuxième groupe, se conjuguant comme finir et faisant son participe présent en -issant. Il signifie « accabler (en paroles) » et ne s'emploie le plus souvent que suivi d'un complément circonstanciel : Agonir quelqu'un de reproches, d'injures, de malédictions, de sottises.

    On se gardera de toute confusion avec son paronyme agoniser, verbe intransitif du premier groupe, qui signifie au sens propre « être à l'agonie » et au figuré « être près de sa fin, décliner ».

    Ils l'agonissaient d'injures (= ils l'accablaient d'injures), ils l'ont agoni d'injures.

    Ils agonisaient en silence (= ils se mouraient en silence), ils ont agonisé en silence.


    AstuceMoyen mnémotechnique : Celui qui agonise d'injures ne mérite pas de vivre !

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    Remarque 1 : La confusion entre ces deux verbes trouverait son explication dans le fait que agonir signifiait jusqu'au XVe siècle... « être à l'article de la mort » ! Ce n'est qu'en raison du glissement de sens que ce verbe a connu dans la langue populaire, au cours du XVIe siècle, vers « insulter » (par confusion avec ahonir) que agoniser, emprunté du latin agonizare (« combattre, souffrir le martyre ») se serait développé avec le sens premier d'agonir, « lutter contre la mort » (cf. Thomas).

    Remarque 2 : Certains auteurs ont cru utile de conjuguer agonir comme agoniser – à moins qu'il ne s'agisse d'une simple coquille : La mère Tuvache les agonisait [au lieu de agonissait] d'ignominies (Maupassant). Mieux vaut s'en tenir à la conjugaison traditionnelle sur le modèle de finir, afin d'éviter toute ambiguïté.

    Agonir / Agoniser
    Un exemple de barbarisme humoristique.

     


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  • Non content de marquer le sol lunaire de ses empreintes de pas, Neil Armstrong en laissa une autrement impérissable dans la mémoire de l'humanité. L'Histoire ne dit pas si son banquier lui accorda plus de crédit pour autant...

    Aussi se gardera-t-on de confondre le nom masculin emprunt, déverbal d'emprunter (« recevoir à titre de prêt ; prendre et faire sien ; faire usage ») et empreint, participe passé d'empreindre (emprunté, justement, du latin imprimere, « appliquer sur »). On notera que empreint appartient au registre soutenu (avec le sens de « marqué, qui porte l'empreinte de ») et se construit toujours avec un complément introduit par de.

    Le visage empreint de gravité, il signa sous un nom d'emprunt la demande d'emprunt bancaire.

    Une cérémonie empreinte d'émotion (et non emprunte d'émotion) mais La lune emprunte sa lumière du soleil (du verbe emprunter, employé ici au sens de « recevoir »).

    AstuceLorsqu'il s'agit de laisser une marque, une empreinte, on écrira correctement empreint.

     

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    Remarque 1 : Ces deux mots se distinguent également par leur prononciation : emprin pour l'adjectif, emprun pour le nom.

    Remarque 2 : L'adjectif dérivé de emprunt est emprunté, qui signifie « dépourvu d'aisance, de naturel ; gauche, embarrassé ; qui n'appartient pas réellement à celui qui s'en prévaut ».

    Il avait le visage empreint de timidité, qui lui donnait un air emprunté.

    Empreint / Emprunt

    « Copé salue la réaction "emprunte de beaucoup de sagesse"
    de Borloo » (LCIWAT sur wat.tv)
    Difficile de souscrire à cet emprunt-là, messieurs les journalistes...



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  • On qualifiera en principe d'alcoolique une boisson qui contient naturellement de l'alcool (vin, bière, cidre, liqueur, etc.).

    On réservera l'adjectif alcoolisé à un liquide auquel on a soi-même ajouté de l'alcool : un grog, par exemple, puisqu'il s'obtient en versant une rasade de rhum ou d'eau-de-vie dans de l'eau chaude additionnée de sucre et de citron.

    Une boisson alcoolique (s'il s'agit de vin, par exemple) mais Une boisson alcoolisée (s'il s'agit d'une tisane agrémentée d'alcool, par exemple).

    Des cocktails de fruits non alcoolisés (ou sans alcool).

    Voici une liqueur forte en alcool (et non une liqueur alcoolisée).

    Force est de constater que cette nuance entre ce qui « contient de l'alcool » et ce qui est « additionné d'alcool » est de moins en moins respectée, même par l'Académie qui écrit, à l'entrée alcoolique : « Qui contient de l'alcool. Boisson, liqueur alcoolique. (On dit aussi Alcoolisé.) » De là à conclure que la vénérable institution voit trouble...

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    Remarque 1
    : On établit la même distinction entre aromatisé (que l'on a parfumé avec des aromates) et aromatique (qui dégage une odeur agréable).

    Remarque 2 : Alcoolique (alcoolo, en langage familier) sera préféré à son paronyme alcoolisé comme substantif pour désigner une personne atteinte d'alcoolisme chronique (l'emploi substantivé d'alcoolisé, bien qu'attesté dans Littré, reste rare). Et on dira simplement de celui qui a bu un verre de trop qu'il est ivre ou en état d'ébriété (ivresse autrefois qualifiée de « légère » par l'Académie) mais pas alcoolisé.

    Remarque 3 : Tous les dérivés d'alcool (vraisemblablement emprunté de l'arabe al kuhl, poudre d'antimoine) se prononcent en ne faisant sonner qu'un o, ouvert comme dans colle.

    Remarque 4 : L'alcoolémie désignant la présence d'alcool éthylique dans le sang, on évitera l'expression – pourtant courante et admise par l'Académie – taux d'alcoolémie, qui relève du pléonasme (voir également le billet Alcoolémie). L'abus de taux nuit à l'intérêt...

    Alcoolique / Alcoolisé

    Curieuse expression pour parler d'une soirée arrosée...
    À vos éthylotests !

     


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  • Que celui qui n'a jamais été agité par le vent de confusion qui souffle sur la conjugaison du verbe bruire me jette la première... branche !

    Il faut dire que l'on a laissé ce verbe intransitif – qui signifie « faire entendre un son léger, confus et continu » – devenir non seulement défectif (il ne possède plus toutes les formes conjuguées), mais encore irrégulier : il se conjuguait autrefois comme fuir (l'ancien participe bruyant, devenu adjectif avec un sens plus... sonore, en garde le souvenir), il se rattache désormais à finir et à son affixe en -iss-, sous l'influence de bruissement. Ainsi, bruire n'est plus usité aujourd'hui qu'à l'infinitif, aux troisièmes personnes de l'indicatif présent et imparfait, ou du subjonctif présent, et au participe présent : il bruit, ils bruissent (au lieu de l'ancien ils bruient) ; il bruissait, ils bruissaient (au lieu de il bruyait, ils bruyaient) ; qu'il bruisse, qu'ils bruissent (au lieu de qu'il bruie, qu'ils bruient) ; bruissant (au lieu de bruyant).

    N'allez pas croire pour autant, comme il se murmure dans les milieux autorisés depuis la fin du XIXe siècle, qu'il existerait un verbe « bruisser » du premier groupe, présentant l'insigne avantage d'être plus maniable et plus régulier dans sa conjugaison reconstituée... L'Académie hausserait aussitôt le ton pour crier au barbarisme et au bouche-trou (mais pour combien de temps encore ?).

    On évitera donc d'écrire avec Sartre : La jungle bruisse (au lieu de La jungle bruit) ou – monstruosité suprême aux oreilles des puristes – avec Saint-Exupéry : Quelque chose bruissa sous la table (au lieu de... rien du tout, à moins de recourir à l'ancienne forme du passé simple bruit).

    Les feuilles bruissent sous le vent. Les insectes bruissaient dans l'herbe.

    Et qu'il bruit avec un murmure charmant / Le premier « oui » qui sort des lèvres bien-aimées (Verlaine).

    Les couloirs de l'Élysée commencent à bruire des rumeurs les plus folles (de préférence à commencent à bruisser).

    Le bruissement de l'eau, des ailes d'un oiseau.

    Astuce

    On retiendra que le verbe bruire se conjugue désormais sur le modèle de finir (à certains temps), non comme s'il s'agissait d'un verbe « bruisser » qui n'existe pas.

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    Remarque 1
    : Il va sans dire que la plupart des dictionnaires (à l'exception de celui de l'Académie) ont depuis longtemps enregistré le si pratique verbe « bruisser » qui, se chuchote-t-on, « tend à remplacer bruire dans ses formes défectives » (Petit Larousse). Encore faudrait-il que son usage se limitât à ces seules formes-là...

    Remarque 2 : On s'étonne de découvrir dans le tableau de conjugaison dudit Larousse le participe passé bruit. Si participe passé il devait y avoir, celui-ci serait logiquement formé sur le modèle de finir (éventuellement fuir), sans cet insolite t final condamné à s'envoler au premier coup de vent.

    Remarque 3 : De même que bruire est concurrencé par la forme « bruisser », présentant une conjugaison complète et régulière, clore est concurrencé par le verbe – bien réel, cette fois – clôturer (voir l'article consacré à Clore / Clôturer). Preuve, s'il en est besoin, de la suprématie des verbes du premier groupe dans le français contemporain.

    Remarque 4 : L'étymologie nous enseigne que le verbe bruire est un croisement du latin rugire, « rugir » et de bragere, « bramer » (qui a donné « braire »). Drôle de murmure que celui issu de ce croisement-là !

    Bruire / Bruisser
    (Editions du Seuil)

     


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  • La triste actualité italienne de cette fin de semaine m'oblige à préciser la distinction que fait l'Académie entre échouage et échouement qui, bien que tous deux dérivés du verbe échouer, ne recouvrent pas la même réalité en termes de marine.

    Parce qu'il désigne l'action d'immobiliser un navire en lui faisant volontairement toucher le fond, l'échouage ressortit à la manœuvre (donc est intentionnel), quand l'échouement (avec un e intercalaire) relève de l'accident (donc est fortuit).

    Astuce


    Moyen mnémotechnique : échouement rime avec accident.

     

    Ainsi parlera-t-on (jusqu'à preuve du contraire, tout du moins) de l'incroyable échouement du Costa Concordia au large des côtes de la Toscane, ce fameux vendredi 13 janvier 2012 (et non de son échouage, comme on l'a beaucoup lu dans une certaine presse plus prompte à se la couler douce et à suivre le flot qu'à consulter un dictionnaire, au risque d'ajouter les dégâts linguistiques à une liste d'avaries déjà bien fournie).

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    Remarque 1
    : Et que dire de ce « paquebot couché sur le flan » relevé sur lavoixdunord.fr, dauphine.com et radiofrance.fr (pour ne citer qu'eux) ? Sinon que cela ne va pas être du gâteau pour le redresser ! Comme si le nombre de victimes et de disparus ne suffisait pas, il a encore fallu que certains journalistes (des tire-au-flanc ?) se noyassent dans les approximations linguistiques... au risque de prêter le flanc au ridicule.

    Remarque 2 : Concernant le comportement prétendument suicidaire de certains cétacés, il semble plus adapté de parler d'échouement, mais force est de constater que, dans l'usage, ce terme est nettement concurrencé par échouage, plus en vogue.

    Remarque 3 : On notera cette curiosité qui fait de bas-fond et de haut-fond tantôt des synonymes (au sens de « endroit de la mer ou d'un cours d'eau où la profondeur de l'eau est faible et où la sonde rencontre promptement le fond »), tantôt des antonymes (au sens de « élévation du fond de la mer ou du fond d'une rivière », respectivement « qui laisse suffisamment de profondeur pour permettre la navigation » et « qui réduit dangereusement la profondeur d'eau navigable »).

    Le paquebot s'est échoué sur un bas-fond (ou sur un haut-fond).

    Remarque 4 : Pour le sens figuré de « ne pas réussir », on emploie le nom échec qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ne dérive pas du verbe échouer mais est une altération d'eschac, emprunté de l'arabo-persan shah, « roi », dans la locution shah mat, « le roi est mort ». D'abord utilisé comme une interjection par laquelle le joueur d'échecs avertissait un adversaire que son roi était menacé, il désigne un insuccès, un revers momentané (essuyer un échec).

    Echouage / Echouement
    Échouement du Costa Concordia
    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Rvongher)

     


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