• Orages, ô désespoir !

    « La région Occitanie est connue pour ses forts épisodes cévenoles en période automnale. »
    (Élodie Guiraud, sur lemouvement.info, le 14 novembre 2019)  



    FlècheCe que j'en pense


    Encore une journaliste qui risque d'essuyer un déluge de critiques. Car enfin, l'adjectif cévenol, qui qualifie ce qui est originaire des Cévennes ou ce qui est relatif à cette région de moyenne montagne formant la bordure sud-est du Massif central, ne prend pas de e final au masculin. Comparez : le patois cévenol et les forêts cévenoles.

    La faute, que d'aucuns élèveront au rang de perle de la plus belle eau quand elle se voit doublée d'un débordement de n pourtant incompatible avec la prononciation usuelle (1), n'est pas nouvelle ; on la rencontre dès le milieu du XIXe siècle sous des plumes qui n'étaient pourtant pas nées de la dernière pluie : « Ces appels à la vengeance frappèrent l'imagination des paysans cévenoles » (Jean de Sismondi, 1841), « Le coin le plus paisible du pays cévenole » (Ferdinand Fabre, 1883), « Devinant le français dans ce patois cévenole » (Auguste Roussel, 1890), « Il est né de paysans cévenoles » (Henri de Régnier − qui l'eût... cru ? −, 1922), « Rude comme le patois cévennole » (Lucien Farnoux-Reynaud, 1925). Las ! elle se répand désormais sur la Toile à la vitesse d'un mascaret...

    À la décharge des contrevenants, reconnaissons que nous avons affaire là à une exception orthographique. En effet, tous les adjectifs se terminant par le son [ol] s'écrivent régulièrement ole au masculin comme au féminin (agricole, arboricole, bénévole, frivole, viticole, etc.), sauf fol, mol et une poignée de dénominaux en -ol (cerdagnol, espagnol, romagnol...), suffixe « d'origine méridionale » (selon Kristoffer Nyrop [2]) qui marque la provenance. C'est sur ce modèle que cévenol a été formé, à partir de Cévennes, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (3) − non sans quelques hésitations, il est vrai : sont également attestées les graphies cévennois (dès 1675 en emploi substantivé) et sévenol, sévennois (avec l'initiale s due à une fausse étymologie [4]).

    On retiendra donc que cévenol et espagnol sont, pour ainsi dire, dans le même bateau. Il n'empêche, mon petit doigt me souffle qu'il coulera encore beaucoup d'eau sous les ponts avant que le premier ne vienne à bout de ce e insubmersible.

    (1) D'après Girodet, le mot se prononce sév(e)nol ou, malgré l'accent aigu, sèvnol... mais pas sévènol !

    (2) Les avis divergent sur ce point : « L'emploi du suffixe -ol pour marquer la provenance n'est nullement attesté en ancien provençal », selon le philologue Paul Meyer.

    (3) « Des Cevenols, chassés par la faim des Cevennes » (Léon Ménard, 1759), « La chaîne de montagnes cévenoles » (Jean-Louis Giraud-Soulavie, 1783).

    (4) D'aucuns ont cru voir derrière le nom dudit massif − pris dans un sens géographiquement large − l'occitan set venas (« sept veines »), en référence à sept cours d'eau qui y prennent leurs sources : l'Allier, le Tarn, le Gardon, le Lot, la Loire (ou la Cèze), l'Ardèche et l'Hérault. De là l'ancienne variante orthographique Sévennes : « Avant que celuy-cy fut entré dans les Sevennes » (Antoine Varillas, 1684), à côté de « Dix églises des Cévennes » (Claude Brousson, 1685). Quand elle coulerait de source, cette étymologie populaire ne résiste pas à l'analyse des textes anciens, où figurent les dénominations « Kemmenon oros » (chez les Grecs), « Cebenna (ou Cevenna) mons » (chez les Romains), d'origine probablement celtique : de kein (« dos, croupe ») et mene (« montagne »), selon René Boudard (Recherches sur l'histoire et la géographie du sud-est de la Gaule avant la domination romaine, 1858). Autrement dit, le nom Cévennes désignerait une chaîne de montagnes aux formes arrondies.
     

    Remarque : Selon le Larousse en ligne, on appelle phénomène cévenol un phénomène météorologique « caractérisé par de fortes pluies continues tombant en automne sur le massif des Cévennes, et pouvant entraîner d’importantes inondations ».

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Ses épisodes cévenols (ou ses pluies cévenoles).

     

    « L'affaire Balka(go)nyC'est contagieux, docteur ? »

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  • Commentaires

    1
    Michel Jean
    Mercredi 27 Novembre à 11:12

    Bonjour M.Marc, «Rome» est un peuple qui eu pour culture celle d’un autre peuple, l’Hellade. Si bien qu’à leur tour les Romains hellénisés helléniseront en langue latine l’Occident. Une Gaule couverte de monuments aux noms grecs. Ces Cévennes ne doivent pas nous cacher la forêt !; l’Occident latin était grec: Paul Veyne, L’empire gréco-romain. Merci. Bye.Mich.

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