• Mieux vaut (tê)tard que... crapautard

    Mieux vaut tard que... crapautard

    « Crapautard : mot inventé combinant "crapeau" et "tétard". »

    (épreuve anticipée de français, série L, juin 2013)

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Iric)


    FlècheCe que j'en pense

     
    Je ne peux résister à l'envie de me faire l'écho de cette invraisemblable bourde rapportée par Bruno Dewaele sur son site À la fortune du mot.

    Jugez-en plutôt : sous un texte de Patrick Chamoiseau proposé à une épreuve du bac de français 2013 – excusez du peu – figurait la note susdite qui, pour receler en son sein un crapaud de la plus éclatante imperfection, ne manquera pas d'être élevée au rang de perle de la meilleure eau... À moins de vouloir faire prendre aux lycéens des vessies de batracien pour des lampes frontales, non, crapaud ne s'écrit pas comme chapeau, pas plus que têtard ne fraye avec pétard (encore que, depuis la grenouille de La Fontaine, on ne compte plus les légendes évoquant des crapauds éclatant de façon plus ou moins spontanée).

    Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le nom du premier batracien, attesté sous la forme crapot ou crapaut au XIIe siècle, serait dérivé avec le suffixe -aud à valeur péjorative (cf. corniaud, lourdaud, nigaud, salaud...) du germanique krappa, « crochet » (en raison des pattes crochues de l'animal) ; quant au second, il est censé conserver l'accent circonflexe et la prononciation de tête, en souvenir de l’ancien français testard qui signifiait « têtu », puis « qui a une grosse tête ».

    On pourra bien sûr arguer que ces approximations orthographiques ne sont pas récentes. En 1787, déjà, Féraud constatait dans son Dictionnaire critique de la langue française que les crapauds n'avaient souvent que la... peau sur les fesses : « Crapeau : mauvaise orthographe, contraire à l'usage et à l'analogie ». Lui-même semblait hésiter sur l'accent du rejeton (« têtard » dans le Dictionnaire grammatical, « tétard » dans le Dictionnaire critique) qui, selon toute vraisemblance, eut tendance à s'aiguiser sous l'influence du verbe téter (de tette, « bout de la mamelle »), comme le donne à penser cette phrase extraite de la Revue contemporaine (1858) : « Le tétard perd sa queue au moment de devenir grenouille, l'enfant conquiert des dents en cessant de téter. »

    Il n'empêche : on est fondé à se demander si la bave du « crapautard » n'a pas fini par entacher la réflexion des blanches colombes de la série littéraire, au point de déclencher dans leurs rangs une poussée de pustules acnéiques. De là à ce que l'inventif auteur de ladite note soit mis à la crapaudine pour prise de têtard...

     

    AstuceCrapaud fait entendre son d final au féminin : crapaude.
    Têtard est de la même famille que tête.


    Remarque : En argot, crapaud (ou crapautard) désigne habituellement le portefeuille, le porte-monnaie (là où enfermé l'argent).
    Quant à crapaude, en Belgique, c'est la fiancée, la petite amie. Voilà qui est charmant...

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Crapautard : mot inventé combinant « crapaud » et « têtard ».

     

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