• Mettre en joug

    Mettre en joug
    « Car ce dimanche, après avoir tenu en joug une équipe rémoise longtemps timorée, les hommes de Christophe Galtier se sont mis en difficulté tous seuls comme des grands » (à propos d'un match de football opposant Saint-Étienne à Reims).

    (sur eurosport.fr, le 17 février 2013)




    FlècheCe que j'en pense


    Je me suis gratté la tête, avant de me frotter la joue. Pouvait-il s'agir d'une de ces expressions propres au jargon footballistique, avec lequel j'avoue ne pas être familier ?

    Apparemment, non. Tout porte à croire que nous sommes plutôt en présence d'une regrettable confusion entre deux homophones : joue (d'origine incertaine, selon le Dictionnaire historique de la langue française) et joug (emprunté du latin jugum et généralement prononcé sans faire sentir le g étymologique), qui désigne la pièce de bois que l'on met sur la tête des bœufs pour les atteler. Au sens figuré de « contrainte matérielle ou morale », ce dernier substantif se rencontre notamment dans l'expression (être, tenir, mettre) sous le joug, qui est venue se télescoper dans l'esprit de notre journaliste avec la locution (tenir une cible) en joue, formée d'après la position du fusil plaqué contre la joue pour viser. Soit dit en dribblant, nombreux sont ceux qui mériteraient le même carton rouge, tant la Toile regorge de « en joug, feu » saisis à la volée...

    Bien sûr, feront remarquer les plus compréhensifs d'entre nous (du moins, ceux que le tacle répugne), l'image du joug est recevable, dès lors qu'il est question d'une équipe restée longtemps dominée, jouant pour ainsi dire sous la contrainte ; encore aurait-il fallu recourir à la bonne préposition, en l'occurrence : sous et non en. L'image du tir apparaît pour le coup plus contestable, notamment quand celui-ci n'atteint pas son but.

    Quant à la confusion entre les différents emplois de tout, elle ne fait que confirmer le caractère hautement essentiel du repos dominical. Ou les ravages du refrain « tous ensemble ».

    Nos bœufs, hilares, sifflent les fautes et comptent les points en secouant les joues et en se tordant les côtes, sous le regard bovin de leurs coéquipiers d'infortune, les Mé...rens (bon, je le concède, elle est un peu tirée par la crinière, celle-là).


    Voir également le billet Tout.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Après avoir tenu en joue une équipe (si l'idée est celle d'avoir son adversaire en ligne de mire).

    Après avoir tenu sous le joug une équipe (si l'idée est celle de maîtriser, de dominer son adversaire).

    Après avoir tenu en respect une équipe (si l'idée est celle de contenir son adversaire).

    Ils se sont mis en difficulté tout seuls (= entièrement seuls).

     

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