• Levée de lièvre

    « Ecarté de la tête du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin prend donc celle de la rédaction de Libération. Il est ici en famille : c'est la quatrième fois qu'il vient y travailler. Son retour n'a pas provoqué de levée de bouclier, mais pas d'enthousiasme non plus. »
    (Emmanuelle Anizon, sur telerama.fr, le 16 juillet 2014)
     
    Laurent Joffrin (photo Wikipédia par Claude Truong-Ngoc)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Gageons que l'oubli du s final à bouclier ne soulèvera pas un plus violent tollé chez les lecteurs de Télérama. Il n'empêche : en l'espèce, je ne saurais la boucler. C'est que les dictionnaires usuels sont unanimes : dans l'expression levée de boucliers, le complément prend toujours la marque du pluriel, en souvenir des soldats romains qui manifestaient leur opposition aux volontés de leur chef en brandissant leurs armes. Du reste, le TLFi enregistre également la variante levée des boucliers (à l'entrée levée) qui, bien que nettement moins courante, permet de... lever toute ambiguïté. La graphie au pluriel s'est maintenue en passant du sens propre au sens figuré, où la locution désigne une opposition collective, soudaine et bruyante.

    Après toutes ces grandes levées de boucliers, François 1er, qui était sur les frontières du Piémont, s'en retourne (Voltaire).

    Vous savez qu'il y eut une levée de boucliers en Bretagne et dans la Vendée (Balzac).

    Il y eut une levée de boucliers contre ce projet (sens figuré).

    Force m'est toutefois de reconnaître qu'il n'en fut pas toujours ainsi. Malherbe n'écrivait-il pas, en 1615 : « Je n'ai fait jusques ici que me moquer de toutes ces levées de bouclier » ? L'Académie elle-même, dans la première édition de son Dictionnaire (1694), mentionnait l'expression faire une levée de bouclier − avec bouclier au singulier −, au sens de « faire une grande entreprise mal à propos et sans effet ». De là l'aveu de Gilles Ménage dans ses Observations sur la langue françoise : « La raison voudroit qu'on dise levée de boucliers. Mais l'usage, qui est plus fort que la raison, est pour bouclier. »

    Mais ça, c'était avant. Avant que l'usage ne retrouve la voie de la raison !


    Remarque 1 : On se gardera surtout de toute confusion entre les noms paronymes levée, lever et levé. Comparer : la levée de la séance, le lever du soleil et le levé d'un plan.

    Remarque 2 : Le nom masculin bouclier serait issu de l'expression escut boucler (escut bucler ou escu bucler, selon les sources), « écu garni d'une boucle (bosse centrale) », où la forme boucler (ou bucler) était un adjectif. Puis l'épithète a pris la place du substantif et l'écu s'est appelé bouclier, après substitution du suffixe -ier à la finale originelle.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Une levée de boucliers (selon Larousse, Robert, Littré, Académie, Hanse, Bescherelle).

     

    « C'est le bouquet !De bout en boute »

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