• Le sens du détail

    Le sens du détail

    « [La France] est sans dessus dessous. Il veut la remettre d'aplomb. Est-ce trop de présomption ? » (à propos de Bruno Le Maire, photo ci-contre).
    (Irina de Chikoff, sur lefigaro.fr, le 7 novembre 2014)

     

     

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Ctruongngoc)

     

    FlècheCe que j'en pense 

    Ce n'est pas parce que la France est le pays des sans-culottes que l'on est fondé à baisser le pantalon devant la première difficulté orthographique venue. On se gardera donc de toute confusion entre sens et sans, notamment dans la locution adverbiale sens dessus dessous, où sens garde son s final muet et qui signifie « de manière que ce qui devrait être dessus ou en haut se trouve dessous ou en bas », d'où « en grand désordre » et, au figuré, « dans un grand trouble » : « Cela mit le restaurant sens dessus dessous » (Aragon).

    Pour autant, force est de reconnaître que la graphie de notre expression a longtemps été hésitante, et l'on ne compte plus les variantes qui ont traversé les siècles en tous sens. À l'origine se trouvaient les formes ce (que) dessous dessus, ce (que) dessus dessous, progressivement concurrencées par cen dessus dessous (« ce qui était dessus étant dessous ») : « Ce petit paillard toujours tastonnoit [= caressait] ses gouvernantes, cen dessus dessous, cen devant derrière » (Rabelais). Le tour avec cen, variante nasalisée du pronom ce, l'emporta sur ses concurrents, mais finit par ne plus être compris. Aussi, des graphies vicieuses, résultant de confusions homophoniques, se firent jour dès le XVe siècle : c'en dessus dessous (où cen est analysé comme la contraction de ce et de la préposition en, d'où : « ce [qui était] en dessus [étant passé] dessous »), s'en dessus dessous, cens dessus dessous, sans dessus dessous (orthographe qui n'a guère de... sens, à moins de s'envisager comme une ellipse de « sans dessus ni dessous ») et, enfin, sens dessus dessous (où sens signifierait « côté », d'où « ce qui était du côté du dessus se trouvant du côté du dessous »). La tête vous tourne ? Avouons qu'il y a de quoi perdre le sens de l'équilibre.

    Est-il besoin de préciser, qui plus est, que chaque spécialiste de la langue y est allé de son commentaire et de sa préférence ? Ainsi de Vaugelas, qui préconisait la graphie sans dessus dessous (attestée chez Ronsard), ou encore de Balzac, qui tenait le tour cen dessus dessous pour seul véritable. Littré, de son côté, n'avait d'yeux que pour c'en dessus dessous, contrairement à Noël et Chapsal qui, dans leur Nouveau dictionnaire de la langue française (1832), présentent les variantes avec c'en et sans comme « irrégulières, et notamment la dernière qui signifie que la chose dont on parle n'a ni dessus ni dessous. L'usage et la raison exigent qu'on écrive sens dessus dessous ». Voire. Car, si cette dernière forme − que Balzac considérait comme « inexplicable » − prévaut encore de nos jours, tout porte à croire qu'elle résulte d'une altération orthographique qui heurte la logique aussi bien que... le bon sens.

    Remarque : On a également dit, dans le même sens, ce devant derrière, sens devant derrière.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La France est sens dessus dessous.

     

    « L'AFP a encore frappé...Tout prochain »

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