• Le « s » n'était pas dispo...

    « On le retrouve en entrant, plus frais et dispo qu'on l'avait quitté la veille. »
    (Élisabeth Filhol, dans son roman Bois II, paru chez P.O.L.)

     

     


     

     FlècheCe que j'en pense


    Notre auteur s'imagine-t-il avoir ici affaire à la forme abrégée de l'adjectif disponible ? Il n'en est évidemment rien. Dans l'expression frais et dispos, qui signifie « reposé et en bonne forme, dans de bonnes dispositions pour agir », le dernier terme ne saurait se passer de son s étymologique − fût-il condamné à rester muet au masculin −, hérité de l'italien disposto, « (personne) qui est en bon état physique », participe passé de disporre, « arranger, disposer », lui-même issu du latin disponere (« distribuer, mettre en ordre, régler, établir ») : « Quand je suis venu ici, j'étais frais et dispos, et me voilà roué, brisé, comme si j'avais fait dix lieues » (Diderot), « Au lever du soleil, nous avons quitté, frais et dispos, le couvent du mont Carmel » (Lamartine), « Les deux Auvergnats se tenant par la main, frais et dispos » (Alfred de Vigny), « Frais et dispos, ils se réveillaient, prêts à entreprendre cette excursion qui devait fixer leur sort » (Jules Verne), « Il se réveilla frais et dispos » (Félicien Marceau), « Le lendemain, frais et dispos, je revoyais le doux coquillage rubis où j'avais entendu la mer » (Yann Queffélec).

    Le féminin dispose, nous dit-on, est « rare et peu attesté » (selon le TLFi), « pratiquement inusité de nos jours » (selon Girodet). Voire. Car force est de constater que certains auteurs, d'humeur dispose, ne se sont pas privés d'y recourir à l'occasion : « Fanny toute neuve, rajeunie, dispose » (Colette), « Une pauvreté dispose à la Grâce » (Gide), « La [= une armée] voici dispose et efficace » (Saint-Exupéry), « La fougère [...] toujours fraîche et dispose » (Raymond Queneau), « Aurélie, fraîche et dispose, l'attendait » (Roger Frison-Roche), « Fraîche et dispose sur son siège de première classe » (Katherine Pancol), « Jane s'était réveillée fraîche et dispose » (Dominique Fabre). Soit dit entre nous, voilà qui est toujours mieux que l'ancienne forme disposte, à laquelle nous avons échappé (*) : « Entre les mains d'une disposte fille » (Ronsard), « Ayant vescu près de cent ans en belle vie et fort disposte » (Brantôme).

     
    (*) Les textes des XVIe et XVIIe siècles attestent la concurrence entre les formes dispost, disposte (dispot, dispote, après l’amuïssement du s devant le t) et dispos, dispose (sous l'influence de disposer).

    Remarque : Selon Girodet, la langue soignée gagnera à ne pas omettre le ne explétif dans la proposition qui suit plus que : Il est plus heureux que vous ne l'êtes.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    On le retrouve en entrant, plus frais et dispos qu'on ne l'avait quitté la veille.

     

    « C'est mal partiRenoncer en bonne et due forme »

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  • Commentaires

    1
    atreides
    Jeudi 8 Décembre 2016 à 19:32

    " les richesses que nos mérites nous avaient values". L'accord de "values" me semble s'imposer, pourtant

    il me gêne.  Qu'en dites-vous?

    Merci.

      • Jeudi 8 Décembre 2016 à 19:47

        Valoir est intransitif (et son participe invariable) quand son complément répond à la question combien ? ; transitif (et son participe variable) quand son complément répond à la question quoi ?
        Les cinquante euros que ce travail m'a valu mais les compliments que ce travail m'a valus.

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