• Le malaise plane

    Le malaise plane

    «  Dix jours après la disparition du vol MH370 (...), le mystère reste entier en dépit des moyens considérables déployés et des multiples pistes explorées par les autorités malaisiennes (...) La coalition du Barisan nasional (...) a en outre instauré un système de discrimination positive qui a toujours favorisé la majorité malaise au détriment des minorités chinoises et indiennes. »
    (paru sur lemonde.fr, le 18 mars 2014) 
     

    FlècheCe que j'en pense

    Doit-on parler de vol malaisien ou de vol malais, de compagnie malaisienne ou de compagnie malaise ? Il n'est probablement pas de rédaction où l'on ne se soit posé la question, depuis la mystérieuse disparition d'un Boeing 777 de la compagnie Malaysia Airlines.

    Les avis semblent singulièrement partagés : « disparition du Boeing malaisien » (Le Monde), « l'espace aérien malaisien » (Le Nouvel Observateur), « Le Premier ministre malaisien » (L'Express, Libération), « Possible désintégration en vol du Boeing malaisien » (France Inter), « Boeing malaisien » (Europe 1), « Un avion malaisien » (TF1), « Mystérieux crash d'un avion malaisien » (L'Humanité) ; « l'avion malais » (Le Figaro), « le gouvernement malais » (Le Point, Paris Match), « le ministre malais de l'Intérieur » (20minutes), « le président de la compagnie malaise » (France Télévisions).

    Même flottement du côté des ouvrages de référence : Robert laisse entendre que les Malaisiens − gentilé présenté comme officiel à côté des variantes Malais et Malaysien(1) − seraient les habitants de la péninsule... malaise, quand Larousse fait clairement la distinction entre les adjectifs malais (« relatif aux Malais, qui appartient à ce peuple ») et malaisien (« de la Malaisie, de ses habitants »). Sur le front de l'étymologie, la situation semble à peine moins confuse : si le Dictionnaire historique nous apprend que le français malais, malaise a remplacé au XVIIIe siècle la forme malai, malaie (probablement empruntée au portugais malaio), qui figure encore dans le Littré, c'est le silence radio en ce qui concerne malaisien, malaisienne, de formation certes plus récente. Et que penser des définitions données par l'Académie dans son Dictionnaire : « MALAIS, -AISE adj. et n. Relatif à la Malaisie et, spécialt., à un des groupes ethniques qui en compose (sic) la population », désormais concurrencé dans sa première acception par « MALAISIEN, -SIENNE adjectif. Relatif à la Malaisie », lequel est fraîchement apparu sur les radars de la neuvième édition ? De quoi brouiller un peu plus les pistes et susciter un certain... malaise.

    Autant l'avouer, ma préférence, sur ce sujet, va à Larousse, dont la position a le mérite d'éviter toute confusion entre les Malaisiens, ressortissants de la Malaisie, et le peuple malais, qui constitue la communauté ethnique majoritaire du pays. C'est que, en Malaisie, si tous les Malais sont Malaisiens, tous les Malaisiens ne sont pas forcément des Malais, ainsi que semble le confirmer l'Académie dans la dernière édition de son Dictionnaire : « La population malaisienne se compose principalement de Malais, de Chinois et d'Indiens. »

    Faute d'unanimité des dictionnaires, il m'est malaisé de trancher. Autant dire que, dans cette affaire, on n'a pas fini de naviguer à vue...


    (1) Est-il besoin de préciser que la langue soignée trouvera à la graphie malaysien, qui se propage sur la Toile, des allures d'anglicisme ?

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    La même chose ?

     

    « C'est du propre !Que l'on en juge »

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :