• Le b est un p comme les autres

    « Si Jean-François Copé n'optempère pas, François Fillon a prévenu qu'il quitterait la direction de l'UMP. »
    (paru sur lefigaro.fr, le 27 mai 2014)  


     

    FlècheCe que j'en pense

    « Voltaire, on ne sait pourquoi, n'aimait pas ce mot. » Que Littré n'a-t-il consulté le Dictionnaire philosophique ? Il y aurait découvert l'origine des réserves émises par l'auteur de Candide sur le verbe obtempérer : « Le sénat romain, dès le temps des Scipions, parlait purement, et on aurait sifflé un sénateur qui aurait prononcé un solécisme. Un parlement croit se donner du relief en disant au roi qu'il ne peut obtempérer. Les femmes ne peuvent entendre ce mot qui n'est pas français. Il y a vingt manières de s'exprimer intelligiblement. »

    Pas français, obtempérer ? On finirait presque par le croire, tant nos concitoyens ont du mal à l'orthographier correctement. Que l'on en juge : « A défaut d'optempérer » (Libération) ; « optempérer aux ordres de la commission militaire » (L'Express) ;  « refus d'optempérer » (Le Monde, Le Parisien) ; « [Il] refuse d'optempérer » (Première) ; « La conductrice optempère sans difficulté » (Le Huffington Post). Le phénomène, au demeurant, ne date pas d'hier, puisque l'on en trouve trace chez Rabelais : « je te notifie que à toutes heures me trouveras prest de optempérer à une chascune de tes requestes selon mon petit pouvoir » (Pantagruel).

    Sans doute est-il utile de rappeler ici que le bougre ne s'écrit pas avec deux p, mais avec un b et un p, conformément à l'étymologie : emprunté du latin obtemperare, lui-même composé de ob- (« devant ») et de temperare (« garder la mesure »), obtempérer, désormais bien installé dans le lexique juridique et administratif français, signifie « obéir, se soumettre à » : Obtempérer à un ordre, à une sommation, à un règlement.

    Chacun l'aura deviné, les considérations phonétiques ne sont pas étrangères aux manipulations orthographiques dont notre verbe est l'opjet − pardon, l'objet : en raison de l'enchaînement avec la consonne sourde t, le b tend en effet à se prononcer comme un p − que l'on songe à obtenir, obtus, subtil, etc. Ce phénomène d'assourdissement des consonnes sonores, qui a pu favoriser l'apparition de graphies plus conformes à la prononciation (optenir, optempérer), fut, du reste, diversement apprécié au cours des époques. Voltaire − encore lui − n'écrivait-il pas, contre l'avis de Chifflet (« B semble plutôt se prononcer en p qu'en b, en obtemperer, obtenir, subtil ») et de la plupart des traités de prononciation des XVIIIe et XIXe siècles, qu'« il n'est pas vrai que pour rendre la prononciation plus douce on change le b en p devant un t, et qu'on dise optenir pour obtenir. Ce serait au contraire rendre la prononciation plus dure » ? Même désaccord entre Féraud et Littré, d'un côté, qui recommandent la prononciation ob-tan-pé-ré, et les dictionnaires usuels (Larousse, Robert, TLFi), de l'autre, qui penchent pour [ɔptãpere]. Dans le doute, mieux vaut encore consulter Dupré qui, hop, tempère les passions d'une pirouette : « L'assourdissement de [b] devant une consonne sourde est un fait mécanique que l'on constate, et non un précepte à observer. » En d'autres termes, on retiendra que chacun a le droit de prononcer − mais pas d'écrire − obtempérer comme bon lui semble.

    Pour le reste, gageons qu'après le détournement de Pygmalion, sculpteur légendaire épris de sa statue, en un Bygmalion de bien curieuse facture l'avenir de l'UMP passera par la rédaction des statuts de... l'UMB.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    S'il n'obtempère pas...

     

    « Le mot de la fin ?Fils de batare »

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  • Commentaires

    1
    Bessa3
    Jeudi 29 Mai 2014 à 08:18

    Et moi qui me sentais nulle de ne jamais savoir s'il fallait mettre un "b" ou un "p" dans ces mots là, je me sens un peu moins seule maintenant.

    J'espère qu'après cet article je ne me tromperais plus !

    Merci pour cette explication.

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