• Là, je ne dis pas respect

    « Les sommes en jeu semblent peu importantes. Mais ce qui choque, c’est l’irrespect des règles. »

    (Jean-Michel Aphatie, sur son blog, le 24 janvier 2014)


    Jean-Michel Aphatie
    (photo rtl.fr)

     

    FlècheCe que j'en pense

     
    Sauf votre respect, monsieur Aphatie, ce qui choque, en l'espèce, c'est plutôt cette formulation ambiguë. Car enfin, que cherchez-vous à dénoncer : le fait que les règles de la République n'ont pas été respectées ou qu'elles se montrent... irrespectueuses ? Bien sûr, me rétorquerez-vous, le contexte (pour ne pas dire le sens) ne laisse ici aucune place au doute. Il n'en reste pas moins vrai que ladite construction me paraît peu respectueuse des règles... de notre syntaxe.

    L'emploi de la préposition de permet d'exprimer, en matière de sentiments notamment, une relation où le complément du nom peut véhiculer soit la fonction sujet (les linguistes, jamais en retard d'un latinisme, parlent de génitif subjectif), soit la fonction objet (génitif objectif). Ainsi de l'amour des parents, qui signifie aussi bien l'amour des parents envers leurs enfants que l'inverse, ou encore de... le respect d'autrui. Il est toutefois possible de lever l'ambiguïté en privilégiant des constructions sans équivoque : l'amour pour les parents, le respect envers/pour autrui...

    En va-t-il d'irrespect comme de respect ? Rien n'est moins sûr. Si celui-ci est susceptible d'une double définition (« déférence » ou « fait de tenir compte des prescriptions »), celui-là − de formation plus récente et imparfaitement défini dans les dictionnaires usuels comme un « manque de respect » − n'est présenté par le TLFi comme antonyme de respect que dans sa première acception (attitude). C'est en effet à non-respect que l'usager est invité à recourir pour désigner le fait de ne pas respecter une loi, une consigne, un engagement − utile distinction, vous en conviendrez, propre à dissiper toute confusion entre génitif objectif et subjectif. Comparez ces exemples empruntés au linguiste Albert Dauzat : le respect par Paul de ses engagements (où de ses engagements est génitif objectif) → le non-respect par Paul de ses engagements (et non l'irrespect par Paul de ses engagements) mais l’irrespect de Paul (où de Paul est génitif subjectif, entendez par là l'attitude irrespectueuse de Paul ; et non le non-respect de Paul).

    De même lit-on sous la plume de Grevisse, grand respectueux de la langue française s'il en est : « Un solécisme est une incorrection d'ordre syntaxique, par exemple par non-respect des règles de l'accord du verbe ou de l'emploi de tel ou tel mode. » L'honnêteté m'oblige toutefois à évoquer ce contre-exemple resté fameux : la correction, par Balzac, de irrespect en non-respect dans l'édition définitive du Père Goriot. « Par quel hasard ce mépris à demi haineux, cette persécution mélangée de pitié, ce non-respect [cet irrespect, dans les éditions antérieures] du malheur avaient-ils frappé le plus ancien pensionnaire ? » Selon toute vraisemblance l'écrivain cédait-il là à la vogue soudaine pour ces composés en non-...

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Mais ce qui choque, c'est le non-respect des règles.

     

    « Hors-jeu !La roue de l'infortune »

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  • Commentaires

    1
    Samedi 1er Février 2014 à 22:37

    C'est vrai que cela peut prêter à confusion !

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