• Jusque, dans les moindres détails

    Jusque, dans les moindres détails

    «  Le voleur ciblait une personne âgée au supermarché, s'en approchait lorsque cette dernière tapait son code de carte bleue pour payer ses achats, puis la suivait jusqu'à chez elle. »
    (paru sur francetvinfo.fr, le 11 mars 2015) 

     

     

    Jusque, dans les moindres détails

    «  La nation française rassemblée : jusque quand ? »
    (paru sur rfi.fr, le 12 janvier 2015) 

     

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    À en croire Joseph Hanse, comme la plupart des spécialistes de la langue, c'est une faute de dire jusqu'à chez quelqu'un. En effet, si jusque se construit le plus souvent avec la préposition à (jusqu'à maintenant, jusqu'à cinq heures), celle-ci est censée disparaître quand jusque est suivi d'une autre préposition (jusque chez elle, jusque dans la rue), des adverbes alors, ici, là, (jusque-là, jusqu'où) ou des adverbes d'intensité assez, aussi, bien, fort, si, très (jusque fort tard). Aussi s'étonne-t-on de trouver tant d'exemples fautifs à l'écrit (comme à l'oral), jusques et y compris sous la plume d'écrivains expérimentés : « Le temps d'aller jusqu'à chez les Swann » (Proust) ; « Tous les jeunes gens (...) poussaient une pointe jusqu'à chez elle » (Aragon) ; « Le temps qu'elles marchent des Ferrière jusqu'à chez nous » (Troyat) ; « me traîner jusqu'à chez moi » (Butor). Que voulez-vous, reconnaît Grevisse un rien fataliste, « il y a une certaine tendance à généraliser à même devant d'autres prépositions ou locutions prépositives ».

    La belle unanimité vole carrément en éclats dès lors qu'il est question de la construction avec quand, dans l'interrogation directe. Selon Jean-François Michel, dans son Dictionnaire des expressions viciées (1807), il ne faut pas dire : Jusque quand souffrirez-vous que... ? mais Jusqu'à quand, jusques à quand souffrirez-vous que... ?

    « Jusques à quand, Romains, voulez-vous profaner tous les droits des humains ? » (Voltaire).
    « Jusqu'à quand va-t-il tenir tant de place ? » (Colette).
    « Le bourgeois se sent à l'abri ; jusqu'à quand ? » (Gide).
    « Jusques à quand ? » (J.-J. Gautier).

    Si l'Académie ne s'est contentée, depuis lors, que d'établir une distinction de registre dans la dernière édition de son Dictionnaire (« Jusqu'à quand ou, littéraire, jusques à quand faudra-t-il attendre ? », jusques pouvant s'écrire avec un s à la fin, quand une voyelle suit), Bescherelle s'obstine à faire bande à part : « Jusque quand ? » lit-on à l'entrée « quand » de sa version « pratique » (édition de 2006). Jacques Attali lui emboîte imprudemment le pas, en titrant « Jusque quand ? » un billet paru en 2013 sur son blog(ue). Coquille, provocation, conviction profonde ?

    Dans le doute, mieux vaut encore s'en tenir à cette règle simple : devant les adverbes de temps, jusque se construit avec la préposition à (sauf devant alors, pour des raisons d'euphonie). Jusqu'à plus ample informé...


    Voir également le billet Jusque (élision).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il la suivait jusque chez elle.

    La nation française rassemblée : jusqu'à quand ?

     

    « Le plus discrèteLe vif du sujet »

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  • Commentaires

    1
    Trevorp
    Vendredi 3 Avril 2015 à 10:26

    Le « jusques à quand, Seigneur » de Voltaire ne m'étonne pas. La formule est consacrée telle quelle dans la tragédie française depuis le XVIe siècle, et donne un ton des plus élevés au dialogue.

    2
    Vendredi 3 Avril 2015 à 10:51

    Ne s'agit-il pas plutôt du "Jusques à quand, Seigneur, voulez-vous qu'abusée..." du Théodore de Corneille (avec, il est vrai, les commentaires de Voltaire) ?

    3
    Michel JEAN
    Vendredi 3 Avril 2015 à 10:52

    B'jr, jusqu'ici avais appris que la stabilité de l' [s] et non pas du (s) valant [z] était  issus d'une pronopnciation moderne!!! est-ce à votre avis là une vérité ? ou encore un bobart!!! Merci. Mich.

    4
    Vendredi 3 Avril 2015 à 15:57

    De quel s parlez-vous : l'intermédiaire (jusque) ou le final (jusques et y compris) ?

    5
    MIchel JEAN
    Vendredi 3 Avril 2015 à 16:56

    eB' après-midi, je pense que je parlais de s´ s' dit adverbial, ou autrement nommé.

    6
    Vendredi 3 Avril 2015 à 17:21

    Tout ce que je peux vous dire, à ce sujet, se trouve chez Grevisse. Nombreux étant les adverbes avec un s final étymologique, la langue du Moyen Age a, par analogie, ajouté un s, qualifié d'adverbial, à beaucoup de mots qui, étymologiquement, n'y avaient pas droit. Certaines de ces formes existent toujours ( lors, ores, tandis, volontiers, sans, jusques), d'autres ont disparu (encores, guères, mesmes, presques...) : "Et ceulx entrerent en l'ost avecques aucuns du guet, qui oncques ne s'en donnerent garde, et vindrent presques jusques a la tente du soudant" (Jean d'Arras).
    Concernant la prononciation, Littré précise : "
    On n'écrit jusques que devant des voyelles, soit en vers pour avoir une syllabe de plus, soit en prose pour l'euphonie, et alors l's se lie : ju-ske-z à quand." De même trouve-t-on chez Corneille : "J'en eus presques envie aussitôt que de vous" (prononcé prè-ske-zenvi).

    7
    MIchel JEAN
    Vendredi 3 Avril 2015 à 18:23

    Merci beaucoup vous souhaitons une grande et bonne soirée et peut-être à l'en demain. Merci, Bye.

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