• Insusceptible

    Insusceptible

    « Les propositions démocrates, insusceptibles de soulever l'élan de 2008, induisent des choix également classiques » (à propos de la campagne de Barack Obama, photo ci-contre)
    (Christian Makarian, dans L'Express no 3196, octobre 2012) 

     


    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Pete Souza
    )

     

    FlècheCe que j'en pense

     
    Je l'avoue, j'ai d'abord tiqué (encore un de ces néologismes inutiles !). Puis je me suis précipité – sur mon Robert illustré 2013 et sur le Dictionnaire de l'Académie (mot inconnu au bataillon, comme je le pensais). Avant de m'étrangler. Indubitablement.

    Contre toute attente, l'adjectif insusceptible est bien consigné dans le Littré (avec le sens, on l'aura deviné, de « qui n'est pas susceptible de »). Et sous les meilleures plumes, encore : « C'est un grand charme D'être insusceptible d'alarme » (Corneille), « Une âme insusceptible de toute appréhension » (Malherbe).

    À ma décharge, ce mot était déjà considéré comme rare à l'époque (1) ; il n'en demeure pas moins correctement formé, sur le modèle capableincapable.

    Pour autant, on est fondé à s'interroger sur l'opportunité de son emploi dans cette phrase. Il existe, en effet, une distinction traditionnelle entre capable et susceptible : le premier possède un sens actif (« qui a les qualités nécessaires pour faire quelque chose ») ; le second, de par son étymologie (dérivé du latin suscipere, « recevoir »), a un sens passif (« qui peut recevoir quelque chose qui le modifie »). Ainsi ne devrait-on pas dire : un homme susceptible de nuire, mais un homme capable de nuire ; une salle capable d'accueillir cent personnes mais une salle susceptible d'accueillir cent personnes. Force est de constater que cette nuance est de moins en moins respectée dans la langue d'aujourd'hui, même par l'Académie (qui note « par ext. [?] Une salle capable d'accueillir cent personnes).

    Incontestablement, cet usage a été respecté par nos illustres auteurs. La prose de notre journaliste, quant à elle, est susceptible d'améliorations.

    (1) « Ce mot était peu usité au dix-septième siècle, et il est souligné dans l'édition originale des Mélanges poétiques de P. Corneille. (...) On en rencontre d'assez rares emplois jusqu'à notre époque. » (Lexique comparé de la langue de Corneille, Frédéric Godefroy, 1862)

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    En raison du sens actif de la phrase, on privilégiera : « incapables de soulever l'élan de 2008 ».

     

    « Aller l'amblePas prêt d'oublier »

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