• Ils ont répondu présent(s)

    Ils ont répondu présent(s)

    « Mais si tous ont répondu présent, il manque ce soir-là à l'appel un invité de marque : François Hollande. »

    (Renaud Revel, dans L'Express no 3211, janvier 2013)

     

     

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Jean-Marc Ayrault)


    FlècheCe que j'en pense


    Si l'on en croit Thomas, Girodet et Hanse, l'adjectif présent, quand il serait employé par une femme comme réponse à l'appel de son nom, resterait au masculin : c'est que, pour qui sait lire entre les lignes, le bougre est alors analysé soit comme une interjection, soit comme l'ellipse de (le mot) présent. L'emploi du féminin dans le discours direct « ne saurait cependant être tenu pour incorrect », s'empresse d'ajouter Girodet ; Elle répondait : « Présente » (pour je suis présente), attesté sous la plume de Maupassant, paraît tout de même plus réaliste, non ?

    Mais quid de répondre présent employé au sens figuré de « être là au moment opportun, ne pas se dérober à une tâche, à une requête » ? Et quid du pluriel ? Pas un mot : nos trois experts se sont mis aux abonnés absents. Seuls l'Office québécois de la langue française et l'Académie française osent aborder ces questions... fût-ce pour ne pas les trancher ! Selon le premier, quel que soit le contexte, « on peut choisir d’accorder ou non l’adjectif présent en fonction du sexe de la personne ou du nombre de personnes : − Odile Poulin ? – Présente. – Simone et Eugène Dumais ? − Présents. (ou, dans les deux cas : Présent.) Plusieurs invités ont répondu présent (ou présents). » Pour ma part, j'aurais pensé que, dans le discours direct, la logique plaidait en faveur de l'invariabilité en nombre − à l'instar de cette réplique empruntée à une pièce de Feydeau : « − Me voici ! [...] − Ne faites donc pas le malin, vous, l'homme au melon ! Vous n'entendez pas vos camarades qui répondent : Présent ! » −, dans la mesure où chaque membre d'un groupe ne répond, en principe, que pour lui-même à l'appel de son nom ; la graphie présent(e)s ne peut donc illustrer que le cas particulier où l'un des intéressés répond pour tous les autres à l'appel de leurs noms, ou tout du moins à une question formulée au pluriel (comme le ferait, par exemple, un délégué répondant au nom de sa classe à la question : Les terminales A ?).

    Quant à l'Académie, si l'on peut regretter qu'elle ne propose aucun exemple au féminin dans la dernière édition de son Dictionnaire (1), elle laisse clairement le choix, du moins dans les emplois figurés, entre l'accord en nombre (2) et l'invariabilité : « Ils ont répondu présents ou présent à l’appel de la Nation. » Rien d'étonnant, dès lors, à ce que cette indécision se retrouve chez nos auteurs... passés et présents : « Que ses clercs répondront : Présents, au premier appel qu'elle [la masse bourgeoise] lancera » (Paul Nizan), « De Gaulle a besoin d’eux ; ils répondent "présents" » (Alain Peyrefitte), « Tous les consuls étrangers en poste à Santa Cruz avaient également répondu présents » (Régine Deforges), « Elles répondront présentes, à l'évidence » (Christiane Collange) ; « Il y a besoin de temps en temps de ces appels de nos forces intimes. Elles répondent présent » (Maxime Weygand), « Maurice Rheims et Jean d'Ormesson ont toujours répondu présent » (Marie Ferranti).

    (1) Interrogé sur ce point en juin 2017 (« Faut-il dire : "les femmes ont répondu présent" ou "les femmes ont répondu présentes" ? »), le service du Dictionnaire de l'Académie n'aborde, dans sa réponse, que le cas où le tour est employé pour confirmer sa présence lors d'un appel : « Il n'y a pas de règle. On constate que de plus en plus présent est considéré comme invariable. Mais elles ont répondu présente est correct (chacune a dit qu’elle était présente), de même qu’elles ont répondu présentes (elles n’ont pas été interrogées individuellement et leur réponse signifie qu’elles sont toutes là). Il n’est donc pas possible de trancher une fois pour toutes. Sachez simplement que l’usage est plutôt d’écrire "Elles ont répondu présent". » Peter Lauwers aboutit à la conclusion inverse en ce qui concerne les emplois figurés : « De manière globale, l’évolution aboutit à une locution attributive, dans laquelle l’adjectif [présent, réanalysé comme l'attribut du sujet,] s’accorde de plus en plus » (Répondre présent/absent. Histoire d’un couple de locutions attributives délocutives, 2017).

    (2) Et aussi en genre, si l'on s'en tient à cette citation (datée de 1965) de Maurice Genevoix, ancien secrétaire perpétuel de la vénérable institution : « À un tel cri d’alarme, suivi sans doute d’un tel appel, elle [l'Académie] serait d’autant plus heureuse de répondre "Présente !", qu’elle y est prête depuis trois cents ans. »


    Remarque 1 : Il est intéressant d'observer, avec Peter Lauwers, que les marques typographiques du discours direct (deux-points, guillemets, italique, voire majuscule et point d'exclamation) peuvent persister jusque dans certains emplois pourtant figurés, quand « la métaphore de l'échange verbal domine les esprits ».

    Remarque 2 : Le tour répondre présent n'est pas récent. Il se trouve dans l'article « accusé » de l'Encyclopédie (1751) de Diderot et d'Alembert : « Il doit répondre présent et en personne, et non pas par procureur. »


    Voir également les billets Présent et Ça l'affiche mal.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Tous ont répondu présent (ou présents).

     

    « Bâcler un tâcleL'argent coule à flot »

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  • Commentaires

    1
    Hervé
    Jeudi 3 Juillet 2014 à 12:12

    Comme chacun répond individuellement à l'appel, on comprend très bien pourquoi une femme répond "présente". En revanche, comme ce sont des INDIVIDUS qui répondent, on voit mal comment un pluriel pourrait se glisser dans l'opération... "Ils" ont certes répondu "présent", mais chacun individuellement, et non pas ensemble de façon collective.


    Initialement, on mettait des guillemets à "présent" ou "présente", puisqu'il s'agit de la réponse à une question. Les guillemets ont disparu, mais il s'agit toujours de la réponse à une question. En toute logique, il ne devrait donc pas y avoir de pluriel.

    2
    Toi-Même
    Mercredi 23 Juillet 2014 à 11:40

    Merci.

    3
    Mardi 5 Mai 2015 à 16:55
    Amnéville

    Que cela semble facile, lorsque cela est si bien expliqué.

    Roger

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