• Il a dévolu son emprunt

    « Côté noirceur, Tim Burton a dévolu à Helena Bonham Carter, sa dame de cœur à la ville, le rôle de la méchante Reine rouge, l'unique personnage emprunt de cruauté » (à propos du film Alice au pays des merveilles).

    (Viviane Pescheux, dans Télé 7 jours no 2753, mars 2013)

     




     
    FlècheCe que j'en pense


    Le Roi Girodet est pourtant catégorique : « Il n'existe pas de verbe dévoloir ». Pas plus, ajouterai-je, que de verbe dévoluer et autres créations plus ou moins fantaisistes.

    D'aucuns rétorqueront que ce n'est pas le verbe qui fait défaut, mais seulement l'infinitif ! Après tout, dévolu n'est-il pas emprunté du latin devolutus, participe passé du verbe latin devolvere, « dérouler, précipiter », d'où, au figuré, « entraîner » puis, en droit, « échoir » et « faire passer à » ? Il se trouve en fait que ledit verbe latin n'a pas donné d'équivalent en français – lequel, n'en déplaise à Girodet, aurait plutôt pris la forme de dévoudre, de même que résolu vient de résoudre.

    En conséquence, dévolu ne devrait pas être employé comme participe passé, mais comme adjectif pour qualifier ce qui est attribué, réservé : Voici le rôle qui m'est dévolu (adjectif) et non Voici le rôle qu'on m'a dévolu (emploi contesté à la façon d'un participe passé). On le rencontre également comme substantif masculin, notamment dans l'expression figurée jeter son dévolu sur (quelqu'un ou quelque chose), qui signifie « arrêter son choix sur ».

    Las ! notre critique aux doigts de fée (à moins qu'il ne s'agisse d'un prénom d'emprunt) ne s'arrête pas en si bon chemin et persiste dans son interprétation de « Viviane au pays des fantaisies langagières », chères à Lewis Carroll : car comment donner du crédit à cet emprunt (du verbe emprunter), merveilleusement confondu avec son homophone empreint (du verbe empreindre) ?

    Voilà ce qui arrive quand on perd... les empreintes du Lapin blanc à travers bois !


    Voir également le billet Empreint / Emprunt.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Il a réservé à Helena Bonham Carter, sa dame de cœur à la ville, le rôle de la méchante Reine rouge, l'unique personnage empreint de cruauté.

     

    « Drôles d'accentsAbonder »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 28 Février 2013 à 10:25

    Quel plaisir de découvrir chaque jour un nouveau billet ! Merci pour ce rendez-vous quotidien.

    2
    Marc81 Profil de Marc81
    Jeudi 28 Février 2013 à 10:37

    Merci à vous de votre visite !

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