• Gare au hangar !

    « Les différents éléments de l'A380 passent par la route avant d'être assemblés dans cet hangar. »
    (Paul-Étienne Zahn, sur TF1, le 27 avril 2015) 

     

     

    FlècheCe que j'en pense


    Entendu hier, au journal de treize heures de TF1 : « cet hangar. » Loin de moi l'intention de déterrer le h de guerre, mais enfin... ledit hangar aurait-il perdu son h aspiré dans les puissantes turbines de l'Airbus A380 ?

    Notre journaliste pourra toujours se consoler en constatant que l'hésitation, en la matière, ne date pas d'hier : ne trouve-t-on pas trace d'un « dessous de cet hangar » à l'entrée « indigo » de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert ? Il faut dire que l'aspiration du h dans hangar n'a pas toujours fait l'unanimité, la faute à une étymologie pour le moins incertaine ainsi que nous le rappelle Littré : « Ce mot écrit angar appartient aux Flamands suivant du Cange, qui le tire du bas-latin angarium, lieu où l'on ferre les chevaux ; angarium ayant passé de ce sens particulier au sens plus étendu de hangar ; quant à angarium, il vient d'angaria, station pour les courriers, qui faisaient le service des dépêches dans l'empire romain, du mot grec traduit par courrier, lequel est un mot persan (voy. ANGE). Scheler approuve cette étymologie ; Diez la conteste ; et Chevallet cherche l'origine de hangar dans l'allemand hangen, être suspendu » (1). Partant, on ne s'étonnera pas de trouver la graphie − et la prononciation − angar dans plusieurs dictionnaires anciens (voir notamment Nicot, Cotgrave, Furetière, Ménage, Richelet). L'Académie elle-même, après avoir opté pour la forme hangar avec h aspiré dans la première édition de son Dictionnaire, donne les deux graphies angar et hangar à partir de la quatrième (1762), précise qu'« il y a des Provinces où H s'aspire et d'autres où H ne s'aspire pas » dans la cinquième (1798), avant de définitivement revenir à son choix initial en 1878.

    Les spécialistes de la langue ont eu beau multiplier les mises en garde depuis lors − « Beaucoup trop de personnes prononcent : L'hangar est ouvert. Fermez cet hangar (pour Le hangar est ouvert. Fermez ce hangar) » (Joseph de Malvin-Cazal, 1846), « Le h- est aspiré : le hangar » (Jean Girodet, 2008) −, le mal était fait. Jugez plutôt : « Cet hangar abrite principalement des avions » (Wikipédia), « Cet hangar de 5.000 m2 » (France Inter), « Le feu a pris dans cet hangar de 1500m2 » (France 3), « cet hangar industriel » (Le Parisien), « L'hangar est peu visité » (Pierre Mérot). À croire que ces turbulences de la langue, à l'écrit comme à l'oral, ne font plus z-hurler grand monde...

    (1) De nos jours, un consensus semble s'établir autour de l'origine francique de hangar, probablement emprunté de haimgard, « clôture autour de la maison », lui-même composé de haim, « petit village », et de gard, « enclos » (selon le Dictionnaire de l'Académie, le Dictionnaire historique de la langue française et le TLFi).


    Voir également le billet H muet ou aspiré.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Les différents éléments de l'A380 sont assemblés dans ce hangar.

     

    « Non mais c'est dingue !Je (dis)pense, donc je suis »

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