• Des pique-assiette(s)

    Des pique-assiette(s)
    « Au même titre qu’à d’autres pique-assiette, il lui est reproché d’avoir profité des largesses de la milliardaire octogénaire » (à propos de Nicolas Sarkozy, photo ci-contre, mis en examen dans l'affaire Bettencourt).

    (Renaud Lecadre, sur liberation.fr, le 21 mars 2013)

     

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par EPP)



    FlècheCe que j'en pense


    Quelle mouche a donc piqué notre journaliste pour ainsi refuser la marque du pluriel à pique-assiette ?

    Sans doute a-t-il consulté le Girodet ou le Thomas, qui font de ce substantif apparu en 1807 un nom invariable. Je lis sur la Toile que cet usage viendrait du fait que l'« on disait autrefois piqueur d'assiette, piqueur de table ». Littré est plus précis (sans pour autant donner le pluriel dudit substantif) : « Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement, piquer l'assiette, courir après les dîners, vivre en parasite » *. Partant, toutes les graphies peuvent se justifier : un pique-assiettes (des pique-assiettes), un pique-assiette (des pique-assiette), un pique-assiette (des pique-assiettes).

    Voilà pourquoi, en 1990, le Conseil supérieur de la langue française a souhaité mettre un peu d'ordre dans notre vaisselier, en proposant que les noms composés d’un verbe et d’un substantif suivent la règle des mots simples : ils ne prennent la marque du pluriel... qu'au pluriel, celle-ci portant seulement sur le second élément : un pèse-lettre (singulier de rigueur, quand l'appareil serait en mesure de peser plusieurs lettres), des pèse-lettres ; un cure-dent, des cure-dents ; un perce-neige, des perce-neiges ; un garde-meuble, des garde-meubles (sans distinguer s’il s’agit d’homme ou de lieu) ; un abat-jour, des abat-jours, etc.

    L'Académie, dans la dernière édition de son Dictionnaire, acquiesce : « Pique-assiette, nom. (Pl. Pique-assiettes.) Composé de pique, forme conjuguée de piquer, et d'assiette. Importun, qui se fait inviter et nourrir sans vergogne. Jouer les pique-assiettes ». Pas de quoi en faire un plat.


    * Selon le Dictionnaire des expressions vicieuses (1807), « piquer l'assiette, pique assiette, piqueur d'assiette ne sont pas français », entendez : procèdent, dans le registre familier, de la locution classique piquer les tables (où piquer est à prendre au sens de « voler, dérober »), attestée dès 1694 selon Alain Rey.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    D’autres pique-assiette (orthographe traditionnelle).

    D’autres pique-assiettes (orthographe rectifiée, préconisée par l'Académie).

     

    « Depuis quelque(s) tempsÊtre gré »

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