• Complètement K.-O.

    « J'ai accepté de réduire une partie du voyage [en Inde] qui devait nous mener jusqu'au Madhya Pradesh, à plusieurs heures de voiture de l'aéroport sur des routes chaotiques et dangereuses. »
    (Valérie Trierweiler, photo ci-contre, dans son livre Merci pour ce moment, publié aux éditions Les Arènes)  

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Jackolan1)

      

    FlècheCe que j'en pense

    Chaotiques, vraiment ? Rien n'est moins sûr, tant on devine que l'ex-compagne de François Hollande nage en pleine confusion... paronymique.

    Le chaos − du latin chaos, lui-même emprunté du grec khaos, « espace infini, ténèbres, gouffre » −, c'est d'abord le désordre originel qui précéda la création du monde : « Dieu parle ; et le chaos se dissipe à sa voix » (Voltaire). Par analogie, le substantif désigne également un entassement désordonné de rochers (le chaos de Gavarnie) et, au figuré, toute sorte de confusion, de désordre (un pays en plein chaos). De là les acceptions de l'adjectif dérivé chaotique : « constitué par un amoncellement désordonné de rochers » (un amas chaotique, qui rappelle le chaos primitif), « qui présente un aspect confus », au propre (un paysage chaotique) comme au figuré (une éloquence chaotique, une carrière chaotique).

    Aussi est-on fondé à se demander si notre journaliste ne voulait pas plutôt parler de routes cahoteuses, entendez qui provoquent des cahots (« secousses subies par un véhicule qui roule sur un terrain pierreux ou inégal »), qui sont pleines de cahots (par métonymie, « aspérités de la route », d'où, au figuré, « incidents, difficultés, obstacles »). Vous l'aurez compris : la confusion entre les deux familles sémantiques ne date pas d'hier et perdure au rythme des soubresauts du h intercalaire : « Il appelle quelquefois ces montagnes cahotiques, parce que, dit-il, elles ont été formées dans le temps que la surface de la terre étoit dans une espèce de cahos » (Journal de physique, de chimie, d'histoire naturelle et des arts, 1801) ; « voilà le pauvre chariot de la recherche hésitant, cahotique » (Louis-Ferdinand Céline) ; « Des mains cahotiques pendaient au bout des bras » (Raymond Queneau) ; « Une évolution cahotique du taux d'homicides » (Alain Bauer) ; « après le récit chaoteux de Jean » (Michel Bernard) ; « La descente fut lente et chaoteuse » (Robert Giroux) ; « plus les routes me semblent chaoteuses » (Isabelle Duquesnoy).

    Estimons-nous donc heureux, en fin de compte, d'avoir échappé dans notre affaire à pareilles sorties de route orthographiques.


    Remarque : Cahot s'écrit avec un t final, hérité du verbe cahoter (d'origine obscure). Ses dérivés sont : cahotage et cahotement (le premier, plus rare de nos jours, insiste sur l'action ; le second, sur le résultat de l'action), cahoteux et cahotant (le premier se dit de ce qui provoque des cahots ; le second, de ce qui se déplace en faisant des cahots).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Des routes cahoteuses.

     

    « Le poids des ansCabinet élyséen »

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  • Commentaires

    1
    Lundi 2 Novembre 2015 à 13:34

    Un livre au style chaotique...

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