• Clamer

    Emprunté du latin clamare (« crier, demander à grands cris » et, en latin médiéval, « faire appel à une autorité judiciaire »), lui-même apparenté au grec kalein (« appeler »), clamer est un vieux verbe transitif, qui signifie « manifester son opinion, son sentiment, son humeur, par des cris, par des termes violents » selon la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie.

    Si l'on conçoit aisément que l'on puisse clamer son indignation, son mécontentement, sa douleur, etc., on peut s'interroger sur la légitimité du cliché clamer son innocence : à moins de manifester cette dernière à grands cris, n'est-il pas plus approprié de protester de son innocence ? C'est oublier que le verbe clamer s'est employé de longue date au sens de « déclarer, affirmer, reconnaître publiquement (sous-entendu à haute voix) » (1) : « Cleimet sa culpe » (Chanson de Roland, 1080), « Claime sa coupe et s'en repent » (Partonopeus de Blois, avant 1188) − comprenez il reconnaît publiquement, il confesse sa faute ; nul besoin de crier, en l'espèce, mais bien plutôt de s'exprimer à haute et intelligible voix. De là l'expression clamer son innocence, formée bien plus tardivement sur le même modèle : « Le sieur de Saint-Vallier, qui clame haut son innocence » (Paul Lacroix, 1830), « Voilà un accusé qui a nié tout le temps, qui, en pleine parade d'exécution, clame son innocence » (Georges Clemenceau, 1902). Aussi la définition de l'Académie gagnerait-elle à être complétée par l'acception suivante, empruntée au TLFi : « Déclarer, affirmer avec force et vigueur dans la voix et le ton. »

    Quant au sens étymologique de « crier, s'écrier », attesté dès le XIIIe siècle, il est présenté comme « plus rare en ancien français et très rare au XVIIe siècle, [avant d'être] repris dans la seconde moitié du XIXe siècle » (selon le Dictionnaire historique de la langue française), comme « extrêmement rare avant Alphonse Daudet » (2) (selon le TLFi). Voilà qui appelle un commentaire. Car enfin, la première attestation de clamer dans cette acception, la voici : « Le viel sire [...] clamia tout haut : Seigneur omnipotent / Benissies m'en chier fieus [mon cher fils] » (Romance du sire de Créqui). Et les spécialistes d'en déduire, sans rire, le sens de « crier »... tout haut ! Difficile dans ces conditions, vous en conviendrez, de reprocher à l'expression clamer haut et fort son petit air de pléonasme (3)...
     

    (1) Et aussi au sens de « appeler, nommer » (Il le clama fils de putain), de « poursuivre en justice, porter plainte » et de « revendiquer, réclamer, exiger » (Nul autre n'y peut droit clamer).

    (2) « Alors [...] planait le soprano suraigu de M. Chèbe, qui clamait de sa voix de goéland : "Enfoncez les portes !" » (Alphonse Daudet, 1874).

    (3) L'Académie, au demeurant, n'y trouve rien à redire : « Clamer haut et fort son innocence », lit-on à l'article « haut » de la neuvième édition de son Dictionnaire. Comprenne qui pourra !

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    Remarque
    : Curieusement, le mot est inconnu du Littré alors que le nom associé clameur y figure, avec cette précision : « La clameur suppose toujours un sens et des paroles », ce qui la distingue du cri.

    Clamer


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  • Commentaires

    1
    Antoine
    Jeudi 22 Mars à 13:25

    Bonjour, qu'en est-il de l'expression souvent entendue "clamer haut et fort"? Je crois donc comprendre qu'il s'agit d'un pléonasme?

      • Jeudi 22 Mars à 23:33

        Réponse dans l'article ci-dessus, que je viens de remanier.

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