• C'est la meilleure !

    C'est la meilleure !

    « La chefferie de ‘‘Libération’’ m’est profondément hostile ! Ce sont des ex-maoïstes, ex-polpotistes, j’en passe et des meilleures » (propos de Jean-Luc Mélenchon, photo ci-contre).

    (Grégoire Leménager, sur nouvelobs.com, le 1er octobre 2013) 

    (photo Wikipédia sous licence GFDL par Place au peuple)
     

    FlècheCe que j'en pense

     
    Nous sommes le 25 février 1830, au Théâtre-Français, pour la première représentation du premier « drame romantique » de Victor Hugo. Sur scène, don Ruy Gomez, sommé de livrer Hernani au roi d'Espagne Charles Quint, cherche à gagner du temps en passant en revue les portraits de ses illustres ancêtres ; dans la salle, la « bataille d'Hernani », entre jeunes romantiques et tenants du classicisme, est sur le point d'entrer dans l'histoire littéraire.

    Adèle Hugo raconte la scène dans son journal : « Joanny [qui tient le rôle de Ruy Gomez] commence fier et superbe la nomenclature des portraits. Aucun bruit jusqu’aux cinquième et sixième. Au septième commence une sourde rumeur. La rumeur va grossissante. Alors arriva cette houle précurseur du sifflet. Mais l’ennemi avait mal calculé. Il avait compté sur un ou deux portraits de plus, il croyait à une plus longue lignée. »

    C'est que Victor Hugo avait tout prévu. Alors que le public s'impatiente, persuadé qu’il reste encore des tableaux à découvrir, le vieux raseur de Ruy Gomez abrège inopinément son énumération – pour le plus grand soulagement du roi et des spectateurs – au moyen d’une pirouette restée fameuse : « J’en passe et des meilleurs ! » (sous-entendu : des portraits des ancêtres).

    Il faut croire que l'origine de l'expression – passée presque instantanément (1) dans le langage courant avec le sens de « je pourrais en dire bien plus long sur le sujet ; d'autres exemples non moins pertinents existent » – n'est plus connue de nos contemporains, tant il est fréquent de la voir orthographiée au féminin, sans doute sous l'influence du tour populaire C'est la meilleure ! (sous-entendu : histoire, chose).

    De fait, si l'Académie, respectueuse des traditions, s'en tient à la graphie hugolienne, la jeune garde incarnée par Larousse et Robert n'a aucun état d'âme à lui préférer la forme féminisée (et plus romantique ?) J'en passe et des meilleures, accréditant l'idée que le pronom en renvoie à « histoires », à « choses ».... ou plus vraisemblablement à « expressions ». C'est qu'il est fort probable que Victor Hugo ait lui-même emprunté à la langue populaire ledit tour, dont on trouve une variante dans une description de Paris pendant les années 1585-1586, qui fait partie du journal d'Arnold van Buchel : « Toutes les langues démangent de prononcer de jolies expressions comme "par Dieu", "ventre Dieu", "tripe Dieu", "tête Dieu", "vertu Dieu", etc., et j'en passe des meilleures » (Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Île-de-France, 1899).

    À la réflexion, je ne m'explique pas pourquoi nos lexicographes n'ont pas plutôt envisagé le masculin pluriel « éléments », autrement approprié quand il est question d'une énumération. Voilà qui aurait également permis à Hugo de gagner la bataille... du genre.


    (1) On trouve trace de cette allusion teintée d'ironie dès 1834-1835... sous les deux formes : « Dans cette énumération j'en passe, et des meilleurs » (Mémoires de la Société nationale d'agriculture, sciences et arts d'Angers) ; « Encore en ai-je passé, et des meilleures » (Recherches sur l'histoire chirurgicale des anévrismes).

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    J’en passe et des meilleurs
    (selon l'Académie) ou J’en passe et des meilleures (selon Larousse et Robert).

     

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