• Bien mal acquis ne profite jamais

    « Cela renforce dans leurs convictions tous ceux qui, dans la communauté des neurobiologistes, tiennent pour acquis l'hypothèse de la "cascade amyloïde" formulée par Hardy et Higgins en 1992 » (à propos de la maladie d'Alzheimer).
    (Paul Molga, sur lesechos.fr, le 15 septembre 2014)

     

     

    « "Ma Jisheng n'est pas le premier diplomate de haut rang attrapé pour espionnage", écrit le journal [Global Times], semblant tenir pour acquis son arrestation. »
    (Patrick Saint-Paul, sur lefigaro.fr, le 19 septembre 2014)

     

    FlècheCe que j'en pense

    Je sens que je vais encore passer pour un rabat-joie. Car enfin, me fera-t-on remarquer avec juste raison, les motifs de satisfaction ne manquent pas, dans ces affaires : non seulement nos journalistes n'ont pas confondu acquis (qui vient du verbe acquérir) et acquit (qui vient du verbe acquitter), mais ils nous ont prudemment épargné la variante prendre pour acquis, suspectée d'être un calque de l'anglais to take for granted (1).

    Le sans-faute, croyez-le bien, aurait été volontiers accordé... si l'on n'avait pas oublié de faire de même avec acquis, ici employé comme adjectif au sens figuré de « prouvé et admis sans contestation ». Autrement dit, notre expression − construite sur le modèle tenir pour + attribut, qui signifie « considérer comme » (tenir cette histoire pour suspecte, tenir ces individus pour indélicats) − n'est pas à ce point figée que l'on ne puisse faire varier acquis en genre et en nombre. « Tenir une conclusion pour acquise » lis-je ainsi dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie, que je me suis empressé de consulter par... acquit de conscience.

    (1) Ce n'est, semble-t-il, qu'à partir du XXe siècle que l'anglicisme prendre pour acquis est venu concurrencer le tour tenir pour acquis, lequel est attesté au XVIIe siècle chez Agrippa d'Aubigné (« [Il] tient l'acquis pour acquis »), chez Chapelle (« Vous pouvez donc bien, cher marquis, / Me croire et tenir pour acquis / Plus que jamais ne fut personne ») et chez Boissat (« ce qui restera des autres années sera tenu pour acquis au commun Trésor »).
    Grande fut donc ma surprise quand j'ai découvert que le TLFi n'avait enregistré, fort arbitrairement, que la forme prendre pour acquis (acceptée sans réserve à l'entrée « prendre »), qui plus est en s'appuyant sur une citation de Merleau-Ponty (« en prenant pour acquise l'expérience du monde »), lequel ne se privait pourtant pas d'écrire par ailleurs : « Cela veut dire qu'il ne tient rien pour acquis de ce que les hommes ou les savants croient savoir. » Le tour correct apparaît toutefois à l'entrée « serf » − « tout ce qui comptait sur la terre tenait le fait pour acquis » (De Gaulle) − précédé, à l'entrée « anticiper », de la variante donner pour acquis : « [Je] vais gâcher tout mon récit si je donne pour acquis déjà l'état de joie, qu'à peine j'imaginais possible » (Gide).

    Voir également le billet Acquis / Acquit.

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Tous ceux qui tiennent pour acquise cette hypothèse.

    Il semble tenir pour acquise son arrestation.

     

    « Un lièvre écorchéNe pas confondre vitesse et précipitation »

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