• On a du mal à se représenter la frustration de celui qui découvre qu'il doit tout à autrui. Tel fut le sort peu enviable du mot fruste.

    Emprunté de l'italien frusto (usé), fruste est à l'origine un terme d'archéologie qui signifie « au relief usé par le temps, le frottement » ; au sens figuré, il désigne, selon Littré, un style (ou une poésie) « qui porte la marque d’une haute antiquité ». Ce n'est qu'au prix d'une évolution sémantique - un regrettable contresens diront les puristes, un cheminement légitime pour ceux qui considèrent les vieilles monnaies et les vieilles pierres comme autant d'objets primitifs et rudimentaires - favorisée par la ressemblance avec le mot rustre, que cet adjectif prend son sens aujourd'hui courant de « grossier » pour qualifier quelqu'un ou quelque chose qui manque de finesse, un style qui n'est pas élaboré, les manières rudes d'une personne qui est mal dégrossie.

    Une statue fruste (= au relief usé par le temps / sens propre).

    Un homme fruste, des manières frustes (= qui manquent de finesse / sens figuré).

    Un malheur n'arrivant jamais seul, à l'extension de sens (autrefois condamnée par l'Académie) est venue s'ajouter la tentation du barbarisme. C'est à tort, en effet, que l'on utilise parfois le vocable frustre (qui n'existe pas, rappelons-le) au lieu de fruste (sans r intercalaire), sous l'attraction cette fois phonétique de ce même rustre qui manque singulièrement d'éducation et du verbe frustrer (« priver »). Il va sans dire que l'on ne frustrera personne à se prémunir contre une telle confusion qui, du reste, ne date pas d'hier (elle remonterait au XVe siècle !).

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    Remarque
    : De même, on se gardera d'écrire fratras pour fatras, « ensemble confus, hétéroclite de choses, d'idées, de paroles, etc. ».

    Fruste

    Le flan fruste d'une pièce de monnaie.
    (Source : culture.gouv.fr)

     


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  • La locution adverbiale en définitive, ellipse de l'ancienne locution juridique en sentence définitive, est aujourd'hui la seule correcte. Elle signifie « après tout, tout bien considéré, finalement, en fin de compte ».

    La forme en définitif (ellipse de en jugement définitif), tombée en désuétude, relève... définitivement du barbarisme.

    Que cherchez-vous, en définitive ? (et non en définitif).

    On dira toutefois : Je pars, c'est définitif (= c'est irrévocable).

     

    Pierre Dac

    « La mort n'est, en définitive, que le résultat d'un défaut d'éducation puisqu'elle est la conséquence d'un manque de savoir vivre. »
    Pierre Dac, Les pensées (1972)
    (source photo agoravox.fr)

     


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  • Le nom féminin digression désigne un développement qui s'éloigne de son sujet (dans un texte, un discours, une conversation).

    Un malheur n'arrivant jamais seul, on se gardera de s'écarter en plus du bon usage, en employant le vocable disgression (avec s intercalaire), qui n'existe pas et constitue donc un barbarisme formé sous l'influence des mots commençant par le préfixe dis- qui marque notamment la division et la séparation (discontinu, dissocier, disqualifier...).

     Il s'est perdu dans de vaines digressions (et non disgressions).

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    Remarque
    : La confusion vient de ce que l'on croit que digression est formé sur le préfixe di- (qui indique un rapport de deux), alors que la logique voudrait qu'il méritât plutôt le support de dis-, eu égard à l’idée véhiculée d’une séparation d’avec le propos principal. Il se trouve que digression est emprunté du latin digressio (« action de s'écarter de son chemin »), lui même formé du préfixe dis-, justement, et d'un dérivé de gradior (« avancer »), après élision du s devant la consonne g. Selon Dupré, « la forme disgression a existé en ancien français (au sens de "détour"), mais le mot a été ensuite rectifié d'après la forme du latin classique digressio ». Au demeurant, seule la forme digression possède une entrée dans le Dictionnaire de Furetière (1690) – comme dans le Dictionnaire de Nicot (1606) et dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie (1694) –, même si disgression figure curieusement sous l'entrée revenir : « On dit après avoir fait quelque disgression... » (la graphie sera rectifiée dans les éditions suivantes). Force m'est toutefois de constater que la forme disgression s'est rencontrée sous d'illustres plumes au XVIIe siècle : « Cet ordre consiste principalement à la disgression sur chaque point, qui a rapport à la fin, pour la montrer toujours » (Pascal).

    Digressions

    Un peu de provocation ?...

     


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  • L'expression par laquelle on exprime sa reconnaissance est savoir gré (à quelqu'un de quelque chose), que l'on rencontre parfois dans les courriers administratifs sous ses formes altérées être gré et avoir gré. La confusion des verbes s'explique sans doute par la similitude des formes serai(s) / saurai(s) [gré], d'une part, avoir / savoir [gré], d'autre part.

    On serait bien inspiré d'éviter ces emplois fautifs du nom gré, qui ne saurait être adjectif.

    Je vous sais gré de m'aider (et non je vous suis gré de m'aider).

    Je vous en sais gré.

    Je vous saurai gré de (futur) ou je vous saurais gré de (conditionnel) de bien vouloir m'accorder une entrevue dans les plus brefs délais [et non je vous serai(s) gré de].

    Précisons encore que gré (du latin gratum, « ce qui est agréable ») est à prendre ici au sens de « reconnaissance, gratitude ». Littéralement, la locution savoir gré signifie donc « savoir, être conscient qu'on a du gré (= de la reconnaissance) pour quelqu'un », ce qui justifie l'invariabilité de ce substantif masculin.

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    Remarque 1 : Étant donné qu'il s'agit d'une formule de politesse, l'emploi du conditionnel est préférable à celui du futur.

    Remarque 2 : En cas d'hésitation, mieux vaut employer la formule Je vous serais reconnaissant de...

    Remarque 3 : Gré est utilisé dans diverses expressions : bon gré mal gré (= volontairement ou non / on se gardera de confondre mal gré avec la préposition malgré), de gré à gré (= à l'amiable), de son plein gré (= volontairement), de gré ou de force et au gré de (= au fil de). Ses dérivés sont nombreux : agréer, maugréer, agrément, désagrément, agréable, désagréable, malgré.

    Remarque 4 : On se gardera de toute confusion avec l'homophone grès (un pot en grès).

    Gré

     


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  • La locution en termes de, où l'on veillera à ce que le mot termes soit toujours au pluriel (même si le complément est au singulier), signifie « dans le langage de (telle corporation ou telle spécialité), dans le jargon de » : en termes de médecine, de jurisprudence, de philosophie, etc.

    Vous entendez là ce que l'on appelle une fugue en termes de musique (et non en terme de musique) ou en termes musicaux.

    Au sens élargi de « en matière de », en termes de est le plus souvent considéré comme un anglicisme (calque de in terms of), proscrit par l'Académie. Aussi remplacera-t-on avantageusement cette expression critiquée par : en matière de, en ce qui concerne, pour ce qui est de, en ce qui a trait à, dans le domaine de, du point de vue de, quant à, etc. Histoire de mettre un terme aux souffrances orthographiques de celle-ci (l'expression)... et de rester en bons termes avec celle-là (l'Académie) !

    L'entreprise a amélioré ses résultats, notamment en ce qui concerne son chiffre d'affaires (de préférence à en termes de chiffre d'affaires).

    La municipalité dispose de nombreux atouts pour le tourisme (de préférence à de nombreux atouts en termes de tourisme).

    Une baisse des effectifs (de préférence à Une baisse en termes d'effectifs).

    C'est une révolution dans le domaine de la médecine (de préférence à en termes de médecine) mais on écrira correctement : En termes de médecine, mal de tête se dit céphalée.

    AstuceOn retiendra que l'expression en termes de (où termes s'écrit au pluriel) ne devrait être employée que lorsqu'il est implicitement question... de termes, justement, de mots, d'expressions, de définitions.

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    Remarque 1 : Le mot terme est utilisé dans diverses expressions, tantôt au singulier (à moyen terme, avant terme, au terme de...), tantôt au pluriel (en ces termes, en d'autres termes, aux termes de, être en bons termes...).

    Au terme de l'année scolaire, il passera son examen (= à la fin de l'année scolaire).

    Aux termes de la loi, il ne peut se rendre à l'étranger (= selon les termes de la loi).

    Remarque 2 : On notera que les locutions en matière de, au sujet de sont invariables : Voici les prévisions en matière de profits.

    En termes de

    Gageons que, dans ce cas,
    le ministre préférera « en matière de formation ».

     


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