• L'expression n'être pas sans ignorer à la place de n'être pas sans savoir fait partie de ces « fausses élégances » qui ont la vie dure : il s'agit d'un contresens.

    On comprend en effet aisément que si ignorer veut dire « ne pas savoir », être sans ignorer signifie « savoir » et n'être pas sans ignorer ne peut avoir d'autre sens que « ignorer ». En l'espèce, la double négation conduit à sous-entendre exactement le contraire de ce que l'on veut signifier (à savoir : « vous ignorez » au lieu de « vous savez sans doute » !).

    Vous n'êtes pas sans savoir que je suis très occupé en ce moment (et non vous n'êtes pas sans ignorer que).

    Vous n'êtes pas convaincu(e) ? Reprenons cette même construction avec un autre verbe : Vous n'êtes pas sans me rappeler quelqu'un (= vous me rappelez quelqu'un). Ce paysage n'est pas sans rappeler la Provence (= ce paysage rappelle la Provence), etc.

    Dans le doute, mieux vaut éviter cette tournure un rien alambiquée et lui préférer : Vous savez pertinemment, certainement, sans doute, très bien que... ou encore Il ne vous a pas échappé que.

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    Remarque : On écrira correctement : Vous n'ignorez pas au sens de « Vous savez » (J'ose espérer que vous n'ignorez pas qui je suis).

    Savoir et Ignorer

    Livre d'Anne Balansard, Editions Belin

     


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  • Si l'usage tend à employer indifféremment les locutions à nouveau et de nouveau, l'Académie, quant à elle, les distingue nettement (tout du moins depuis 1935) : à nouveau signifie « de façon complètement différente, en repartant de zéro », quand de nouveau a le sens de « une fois de plus, derechef », mais de la même façon.

    Deharveng cite cette phrase de Borsu (la Bonne Forme), qui aide à bien comprendre la nuance :

    « Le professeur qui explique de nouveau une théorie donne les mêmes explications que la première fois ; c'est une simple répétition. Celui qui explique à nouveau donne d'autres explications, les dispose dans un autre ordre, s'y prend autrement. »

    Ainsi dira-t-on correctement :

    J'ai raté mon dessin, je vais le faire à nouveau (= d'une façon totalement différente, dans l'espoir qu'il soit plus réussi).

    J'ai raté mon dessin, je vais le faire de nouveau (= de la même façon, donc il sera une fois de plus raté).

    Astuce

    À nouveau = d'une façon différente, sur de nouvelles bases (idée de manière)
    De nouveau = une fois de plus (idée de répétition, de temps).

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    Remarque 1 : Si Grevisse s'est fait docilement l'écho de la recommandation des Immortels dans Le Français correct (1982), il semble que Goosse, dans Le Bon Usage (2008), porte sur la question un regard moins « complaisant » que son illustre prédécesseur :

    « Les grammairiens, arbitrairement, ont attribué un rôle particulier à la seconde locution [à nouveau], lorsqu’elle est apparue au XIXe siècle, alors qu’elle a eu dès le début la même signification que la première locution [de nouveau, attesté depuis le XIIe siècle], comme Littré le reconnaissait déjà. L’usage des auteurs n’a pas suivi cette distinction artificielle. »

    Remarque 2 : Composé de la préposition de, de re et de chef (au sens ancien de « bout, fin ») pour « ayant atteint une seconde fois l'extrémité », l'adverbe derechef, en un seul mot, appartient au registre littéraire (et vieilli). Il est synonyme de de nouveau et non pas de sur-le-champ, aussitôt, immédiatement, comme le croient certains. Quitte à employer un mot un rien désuet, autant le faire avec précision !

    Elle se mit derechef à fouiller dans son sac, sans plus de succès.

    Rien de nouveau

     


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  • Au sens figuré, le verbe rebattre signifie « répéter inutilement et d'une façon ennuyeuse ». Rebattre les oreilles à quelqu'un, c'est donc lui répéter quelque chose à satiété.

    En aucun cas, il ne s'agit de rabattre des oreilles indiscrètes (ni davantage de les rabâcher ou de les rabaisser) comme on peut l'entendre parfois par analogie avec l'expression rabattre le caquet de (ou à) quelqu'un (le faire taire, le remettre à sa place).

    Il n'en finit pas de me rebattre les oreilles avec ses histoires d'autrefois (et non de me rabattre les oreilles).

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    Remarque
    : Au sens propre, rebattre signifie « battre de nouveau » (comme dans rebattre des cartes). Au sens figuré, l'adjectif rebattu prend une connotation péjorative : C'est un sujet rebattu (= sans originalité, à force d'être répété).

     

    Rebattre les oreilles

    Les ânes ont les oreilles rebattues de moqueries sur la longueur de leurs organes...
    (photo wikipedia sous licence GFDL by Dave Crosby)

     


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  • La locution des fois, utilisée pour parfois, relève du langage populaire. On lui préférera : parfois, quelquefois, de temps à autre, etc.

    Je le rencontre parfois à la bibliothèque (plutôt que je le rencontre des fois).

    Il peut encore servir de temps à autre (plutôt que il peut encore servir, des fois).

    Parfois oui, parfois non (plutôt que des fois oui, des fois non).

     

    Des fois

     


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  • On a du mal à se représenter la frustration de celui qui découvre qu'il doit tout à autrui. Tel fut le sort peu enviable du mot fruste.

    Emprunté de l'italien frusto (usé), fruste est à l'origine un terme d'archéologie qui signifie « au relief usé par le temps, le frottement » ; au sens figuré, il désigne, selon Littré, un style (ou une poésie) « qui porte la marque d’une haute antiquité ». Ce n'est qu'au prix d'une évolution sémantique - un regrettable contresens diront les puristes, un cheminement légitime pour ceux qui considèrent les vieilles monnaies et les vieilles pierres comme autant d'objets primitifs et rudimentaires - favorisée par la ressemblance avec le mot rustre, que cet adjectif prend son sens aujourd'hui courant de « grossier » pour qualifier quelqu'un ou quelque chose qui manque de finesse, un style qui n'est pas élaboré, les manières rudes d'une personne qui est mal dégrossie.

    Une statue fruste (= au relief usé par le temps / sens propre).

    Un homme fruste, des manières frustes (= qui manquent de finesse / sens figuré).

    Un malheur n'arrivant jamais seul, à l'extension de sens (autrefois condamnée par l'Académie) est venue s'ajouter la tentation du barbarisme. C'est à tort, en effet, que l'on utilise parfois le vocable frustre (qui n'existe pas, rappelons-le) au lieu de fruste (sans r intercalaire), sous l'attraction cette fois phonétique de ce même rustre qui manque singulièrement d'éducation et du verbe frustrer (« priver »). Il va sans dire que l'on ne frustrera personne à se prémunir contre une telle confusion qui, du reste, ne date pas d'hier (elle remonterait au XVe siècle !).

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    Remarque
    : De même, on se gardera d'écrire fratras pour fatras, « ensemble confus, hétéroclite de choses, d'idées, de paroles, etc. ».

    Fruste

    Le flan fruste d'une pièce de monnaie.
    (Source : culture.gouv.fr)

     


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