• Bien que trouvée sous la plume de bons auteurs (Céline, Gide) dans les imitations de la langue parlée, la tournure pour ne pas que reste populaire (pour pas que paraît carrément vulgaire !). A-t-on jamais entendu dire afin pas qu'il s'ennuie ? ironise Albert Dauzat. Certes non !

    Dans un style soigné, on lui préférera pour que... ne... pas, afin que le verbe (ou l'auxiliaire, s'il s'agit d'un temps composé) soit correctement entouré du couple ne... pas.

    Je l'ai appelé pour qu'il ne se déplace pas inutilement (et non pour ne pas qu'il se déplace inutilement).

    Elle s'est cachée pour qu'on ne la voie pas (et non pour ne pas qu'on la voie).

    Dans le doute, il est toujours possible de recourir à des tournures verbales (pour éviter qu'il ne se déplace inutilement) ou à des locutions synonymes (de crainte qu'il ne se déplace inutilement, de peur qu'on ne la voie, afin qu'on ne la voie pas).

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    Remarque 1 : Après pour que, le verbe se met au subjonctif.

    Remarque 2 : La construction pour ne pas + infinitif est évidemment correcte.

    Elle est partie pour ne pas déranger.

    On se gardera toutefois de la confondre avec la tournure de ne pas + infinitif. Comparez : Il se retint pour ne pas crier (= il se retint de crier) et Il se retint de ne pas crier (qui signifie le contraire).

     

    Pour ne pas que

     


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  • L'adjectif évident signifie « qui s'impose clairement à l'esprit, qui est immédiatement perceptible ».

    Il s'agit là d'une erreur évidente (= manifeste).

    Il est évident que vous êtes épuisé.

    Aussi se gardera-t-on, sur les conseils de l'Académie, de l'employer abusivement au sens de « facile ».

    Ce n'est pas facile, ce n'est pas aisé, ce n'est pas gagné d'avance, c'est difficile (et non Ce n'est pas évident).

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    Remarque : L'emploi du subjonctif après il est évident que ne peut s'envisager que si la locution est à la forme négative ou interrogative.

    Il est évident qu'il viendra mais Il n'est pas évident qu'il vienne (ou qu'il viendra).

    Evident

    Certes, ce n'est pas facile...

     


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  • Gourmand, adjectif et substantif, signifie « qui mange avec avidité et avec excès » et aussi « qui prend plaisir à manger, qui apprécie la bonne chère ». Dans le premier sens, il est synonyme de glouton ; dans le second, il est très proche de gourmet (« personne qui apporte dans les plaisirs de la table une recherche de délicatesse et de raffinement »).

    Cet enfant est très gourmand. C'est un gourmand.

    Par métonymie, gourmand signifie également « qui montre de la gourmandise ».

    Elle a une bouche gourmande, un regard gourmand.

    On se gardera donc d'employer gourmand au sens de « savoureux, délicieux, appétissant », voire « gastronomique », dans les expressions telles que dessert gourmand, chronique gourmande, recette gourmande, cuisine gourmande..., les inanimés ne pouvant pas montrer de gourmandise !

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    Remarque 1 : Dans un moment d'égarement (?), l'Académie écrit pourtant à propos de l'interjection : « Répété, pour marquer une sorte d'adhésion gourmande, de complicité, parfois railleuse ou ironique. Hé, hé, je ne dis pas non. » C'est peu de dire qu'elle nous laisse sur notre faim !

    Remarque 2 : Gourmand signifie également « rameau ne donnant pas de fruits ». Couper les gourmands d'un arbre fruitier.

    Gourmand

    Ce n'est pas la cuisine qui est gourmande, mais ceux qui l'apprécient !

     


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  • La confusion entre les expressions loin de là et tant s'en faut – toutes deux synonymes de « bien au contraire » – a abouti à la formule loin s'en faut, qui est incorrecte.

    On la remplacera avantageusement par loin de là (notez l'accent sur le a).

    Elle n'est pas désagréable, loin de là (et non loin s'en faut).

    La situation ne s'améliore pas, loin de là.

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    Remarque : On notera que la graphie loin sans faux, parfois rencontrée, ajoute le contresens au solécisme. En effet, dans tant s'en faut, faut correspond au verbe falloir dans son sens premier de « manquer », que l'on retrouve dans les expressions peu s'en faut (« peu à manquer », donc « presque ») et il s'en faut de beaucoup.

    Loin s'en faut

     


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  • Dans la langue soignée, on veillera à faire la distinction entre ceci et cela.

    Ceci s'emploie pour annoncer ce qui suit ou pour indiquer ce qui est proche ; cela (sans accent sur le a) sert au contraire à évoquer ce qui précède ou à indiquer ce qui est éloigné. Dans le cas particulier d'une série, ceci renvoie au dernier élément ; cela, au premier.

    Dites-lui ceci de ma part : merci !

    Vous m'apprenez cela, je ne le savais pas.

    Que dites-vous de cela ? (après avoir parlé) mais Que dites-vous de ceci ? (en montrant quelque chose qui est proche).

    Et avec cela, vous prendrez quoi d'autre ? (et non Et avec ceci ? comme dit mon boucher).

    On comprend ainsi que l'expression ceci dit, dans le sens de « quoi qu'il en soit », est incorrecte, puisque faisant référence à quelque chose qui vient d'être dit. On écrira donc :

    Cela dit, je ne suis pas certain de ne pas me tromper (et non ceci dit).

    Astuce
    On retiendra que ceci va être dit, quand cela a été dit.

     

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    Remarque 1 : Malgré la mise en garde de l'Académie, le portail linguistique du Canada, rejoint par Robert, considère toutefois que « dans un autre contexte, ceci dit est attesté dans le sens de "ayant dit ces mots", "sur ce" » :

    Ceci dit, je dois m'en aller (= sur ce, je dois m'en aller).

    Remarque 2 : On retrouve la même distinction entre voici, qui annonce quelque chose de nouveau ou de proche, et voilà (avec un accent sur le a), qui indique ce qui vient d'être dit ou ce qui est éloigné. Idem avec celui-ci / celui-là.

    Voici monsieur Untel. Bienvenue à lui.

    Je vais vous présenter monsieur Untel. Le voilà.

    Remarque 3 : Quand il n'y a pas de raison objective de choisir, c'est cela (ou voilà) qui doit être préféré. Mais tant qu'il est possible de trancher, on maintiendra la distinction ceci / cela, voici / voilà, notamment quand ils s'opposent dans une même phrase.

    Son exposé est fort intéressant, à cela près qu'il comporte quelques imprécisions.

    Remarque 4 : Suivi d'un infinitif (le plus souvent venir), voici marque l'idée d'une action proche.

    Voici venir le printemps (= le printemps approche).

    Voici venu le temps des rires et des chants... (paroles du générique de L'Île aux enfants).

    Remarque 5 : On veillera à employer le pronom relatif approprié dans la construction C'est (de) cela... (voir l'article sur Dont).

    C'est de cela qu'il s'agit ou C'est cela dont il s'agit.

    Remarque 6 : La graphie celà est fautive : cela s'écrit toujours sans accent, tout comme sa forme contractée et populaire ça, pronom démonstratif à ne pas confondre avec l'adverbe de lieu çà que l'on n'emploie plus guère que dans les locutions adverbiales çà et là, deçà delà et en deçà ou comme interjection, pour marquer la surprise, la menace ou l'impatience.

    Ça commence bien mais Ah çà ! Je ne m'y attendais pas !

    Remarque 7 : Voir également les articles Ci et là et À ceci près

    Ceci cela

    Livre de Jean Tardieu, Editions Gallimard

     


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