• À peine satisfaisant

    « Une recapitalisation de l'ordre de 10 millions d'euros est prévue en fin d'année pour satisfaire les obligations réglementaires » (à propos de la banque en ligne Morning).
    (Gaël Cérez, sur latribune.fr, le 7 juin 2016 )

    FlècheCe que j'en pense


    Il n'est pas rare que l'usager de la langue s'interroge sur la construction du verbe satisfaire : celui-ci doit-il s'employer directement ou indirectement (c'est-à-dire avec une préposition) ?

    Aucune hésitation quand le complément est une personne, le tour satisfaire à quelqu'un − pour « lui accorder réparation » : « C'est maintenant à toi que je viens satisfaire » (Corneille) − étant sorti d'usage. On écrira donc satisfaire quelqu'un au sens de « le contenter (répondre à ses vœux, à ses désirs, fussent-ils amoureux) » ou, plus rarement, « lui payer ce qui lui est dû » : satisfaire un professeur, un client, un créancier, un amant. Quand le complément est une chose, satisfaire se construit directement au sens de « assouvir, combler », en parlant d’un besoin, d’un désir, d'une passion..., mais est suivi de la préposition à dès lors qu'il est question de se conformer à une règle morale, à une obligation, à une exigence (le sens est alors « s'acquitter de [ce qui est exigé], obéir, répondre », avec une personne comme sujet, ou « remplir [une exigence] », à propos d'une chose). Comparez : satisfaire une attente, un caprice, sa faim, sa conscience, le désir d'un partenaire amoureux, mais satisfaire à un ordre, à une loi, à ses devoirs, à ses engagements, à ses obligations militaires, à toutes les conditions requises, aux clauses d'un contrat, aux normes de sécurité, aux exigences du propriétaire, aux critères de sélection.

    Seulement voilà, la règle − reprise en chœur par les ouvrages de référence − a beau paraître claire sur le papier, force est de constater avec Grevisse que les auteurs n'y satisfont guère : « Le complément de satisfaire, d'ordinaire construit directement, prend la préposition à quand il s'agit d'une obligation : satisfaire à ses devoirs, à ses engagements. [Cependant,] l'usage littéraire emploie à dans d'autres occasions », lit-on dans Le Bon Usage. Regardons-y de plus près : « satisfaire à leur avarice » (La Bruyère), « satisfaire à tous mes caprices » (Balzac, Sand), « Ils satisfaisaient à tous ses désirs » (Balzac), « ravi [...] de lui voir un désir et de pouvoir y satisfaire » (Hermant), « satisfaire aux inquiétudes et aux doutes de mes plus scrupuleux correspondants » (Gide), « sept jeunes gens et sept jeunes filles devaient être livrés pour satisfaire [...] aux appétits du Minotaure » (Id.), « pour satisfaire à ses vœux » (Françoise Giroud), « satisfaire aux alarmes de mes confrères » (Françoise Mallet-Joris), « satisfaire aux désirs de gloire et de puissance de sa mère » (Élisabeth Badinter). Si, dans ces exemples, la présence de la préposition paraît en effet contrevenir à ladite règle, son absence, dans d'autres, est parfois tout aussi suspecte : « Henri IV sembla satisfaire son goût, sa politique, et même son devoir, en accordant au parti calviniste le célèbre édit de Nantes » (Voltaire), « sans que l'Assemblée ait satisfait son engagement d'examiner la condition des Juifs » (Robert Badinter).

    Grammairiens et lexicographes eux-mêmes n'auront pas peu contribué à entretenir la confusion. Jugez-en plutôt : « satisfaire à des commandes » (René Georgin), mais « satisfaire les commandes » (Académie) ; « satisfaire à ses besoins naturels » (Alain Rey), mais « satisfaire un besoin naturel » (Robert), « satisfaire leurs besoins naturels » (Académie) ; « satisfaire au désir de quelqu'un » (René Georgin), mais « satisfaire le désir de quelqu'un » (Robert), « satisfaire les désirs de tous » (Académie) ; « satisfaire l'attente de quelqu'un » (Littré, Robert, Larousse), mais « satisfaire, répondre à une attente » (Académie) ; « satisfaire une obligation » (Alain Rey), mais « satisfaire à ses obligations ou engagements » (Académie). Point n'est du reste besoin de s'adresser à la concurrence pour porter la contradiction ; l'Académie s'en charge très bien au sein de son propre Dictionnaire : « satisfaire une exigence » (à l'entrée « couverture »), mais « satisfaire aux exigences du corps » (à l'entrée « exigence ») ; « J'ai satisfait à sa demande » (à l'entrée « demande »), mais « Écouter les demandes, les vœux d'un solliciteur, les satisfaire » (à l'entrée « écouter ») et « satisfaire une grosse demande de mazout » (à l'entrée « demande »). Le TLFi paraît tout aussi en peine de distinguer entre « satisfaire un désir, agir de façon à combler le désir de quelqu'un » et « satisfaire à un désir, combler le désir de quelqu'un ».

    Avançons une interprétation : satisfaire un désir, un besoin, une attente, une demande, c'est les assouvir, les combler et l'accent est mis sur le résultat, sur l'effet de satisfaction produit ; satisfaire à un désir, à un besoin, à une attente, à une demande, c'est répondre, obéir à une exigence réclamée par quelqu'un et l'attention est portée sur l'exécution, sur l'ampleur des moyens déployés pour donner satisfaction, conformément à l'étymologie satis (« suffisamment, autant qu'il faut ») et facere (« faire ») − satisfaire se construisant indirectement en latin. Avouez que la nuance est subtile... Tellement subtile que l'on est fondé à se demander avec Richelet s'il n'est pas des cas où les deux constructions, directe et indirecte, peuvent s'employer indifféremment : satisfaire sa curiosité ou à sa curiosité, satisfaire son ambition ou à son ambition, etc.

    Vous l'aurez compris, le traitement de cette affaire par les spécialistes de la langue est loin d'être satisfaisant. Tout ce que l'on peut affirmer sans trop se tromper, c'est, d'une part, que l'on écrit satisfaire quelqu'un et, d'autre part, que satisfaire à quelque chose prévaut quand il s'agit nettement d'une obligation. Dans tous les autres cas, il semble possible d'employer l'une ou l'autre construction − et le plus souvent sans réelle distinction de sens −, même si celle avec préposition est moins fréquente dans l'usage courant.
    Pas sûr que ces explications soient de nature à répondre à toutes les questions que vous vous posez sur ce sujet, mais il faudra, hélas ! vous en satisfaire.

    Remarque 1 : À la forme pronominale, le verbe satisfaire se construit avec la préposition de : se satisfaire de quelque chose.

    Remarque 2 : Satisfaire se conjugue comme faire : vous satisfaites (et non vous satisfaisez).

     

    Flèche

    Ce qu'il conviendrait de dire


    Satisfaire aux obligations réglementaires.

     

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  • Commentaires

    1
    Gael
    Mardi 11 Juillet à 09:25

    Merci pour la correction. Je veillerai à ne plus reproduire cette erreur.

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